Révision de la loi de finances 2025 adoptée
Réunis à Oyo le 7 octobre, les membres du conseil des ministres ont entériné le projet de loi de finances rectificative 2025, une étape décisive visant à ajuster les comptes de l’État aux nouvelles prévisions économiques et aux priorités nationales.
Le texte fixe désormais les recettes budgétaires à 2 550 milliards 694 millions FCFA, soit l’équivalent de plus de 4,52 milliards de dollars, tandis que les dépenses sont calibrées à 2 198 milliards 694 millions FCFA, laissant apparaître une marge positive notable.
Cette révision intervient alors que le contexte international reste marqué par la volatilité des cours pétroliers, principal ressort des finances publiques, et par des besoins croissants en matière de santé, de scolarisation et d’entretien des infrastructures de proximité routière.
Recettes dopées, discipline sur les dépenses
En séance, la ministre des Finances, Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas, a souligné que « l’ajustement conserve une ligne directrice simple : financer la relance tout en préservant l’équilibre macroéconomique obtenu depuis la reprise post-pandémie » grâce à une gestion prudente des ressources publiques.
Le gouvernement mise sur une meilleure mobilisation des impôts hors pétrole, notamment via la digitalisation des services fiscaux et douaniers, engagée depuis deux ans avec l’appui d’organismes multilatéraux et de partenariats technologiques privés opérant à Pointe-Noire et Brazzaville.
Côté dépenses, la maîtrise passe par la suppression de doublons administratifs, la centralisation des achats publics et l’introduction de budgets-programmes liant crédits et résultats concrets, notamment pour réhabiliter écoles rurales et centres de santé.
Priorités sociales et économiques réaffirmées
Le rectificatif prévoit un renforcement de l’enveloppe consacrée au Programme national de développement local, passant de 95 à 120 milliards FCFA, afin d’accélérer l’accès à l’eau potable, la connexion électrique et la voirie dans les quartiers périphériques des villes.
En matière de santé, 30 milliards FCFA supplémentaires sont alloués à l’initiative Couverture Santé Universelle, notamment pour l’équipement du Centre hospitalier mère-enfant de Ngoyo et l’achat d’ambulances médicalisées destinées aux zones forestières enclavées où le temps d’évacuation reste critique actuellement.
Le secteur éducatif bénéficie, lui, d’un réajustement de 25 milliards FCFA dédié à la formation des enseignants et à la modernisation numérique, avec la livraison prévue de 15 000 tablettes pour les collèges pilotes de Brazzaville, Dolisie et Owando bientôt.
Parallèlement, une enveloppe spécifique de 40 milliards FCFA vise à soutenir les micro-entreprises touchées par la conjoncture, via des lignes de crédit bonifié gérées par les banques locales et accompagnées de modules de formation en gestion comptable et marketing.
Des leviers pour diversifier l’économie congolaise
Pour le macro-économiste Stève Dikoulou, professeur à l’Université Marien-Ngouabi, « l’augmentation prudente des recettes démontre l’engagement du gouvernement à conserver un déficit contenu tout en finançant des priorités sociales, ce qui pourrait rassurer les partenaires techniques et investisseurs long terme ».
D’un point de vue énergétique, la révision s’appuie toujours sur une hypothèse de prix du baril à 70 dollars, légèrement conservatrice selon les analystes, mais jugée « cohérente avec la volatilité observée sur le marché mondial » ces derniers mois encore.
Les dépenses de sécurité restent stables, concentrées sur la modernisation des casernes et l’interconnexion radio des forces de l’ordre, un volet que le ministre Charles Richard Mondjo considère « fondamental pour garantir un climat propice aux investissements et à l’activité citoyenne ».
Au chapitre infrastructures, 60 milliards FCFA additionnels seront fléchés vers la poursuite du corridor RN1 Talangaï-Mindouli, axe jugé stratégique pour fluidifier le transport des produits agricoles entre le Pool, la Cuvette et les marchés de Pointe-Noire ainsi que de Brazzaville.
Étapes parlementaires et calendrier d’application
Les parlementaires seront saisis du texte dès la session ordinaire de novembre pour un vote attendu avant la mi-décembre, calendrier qui permettra de publier la loi rectifiée au Journal officiel avant le début de l’exercice 2025, en toute transparence.
Une fois adoptée, la Direction générale du budget activera son nouveau module informatique Sigfip-2 afin de suivre en temps réel l’exécution, tâche supervisée par l’Inspection générale des finances qui publiera des notes trimestrielles de performance à destination du public.
La Cour des comptes, de son côté, prévoit d’intégrer un volet climat dans son rapport 2026, afin d’évaluer l’impact carbone des projets financés, étape saluée par les ONG environnementales engagées pour une gestion plus durable des fonds.
À l’Union africaine, la commissaire aux affaires économiques a indiqué suivre « avec intérêt » l’expérience congolaise, estimant que l’équilibre entre investissement social et consolidation budgétaire pourrait servir de référence à d’autres économies dépendantes des matières premières du continent dans l’avenir.
Du côté des chefs d’entreprise, le président de la Chambre de commerce de Pointe-Noire, Armand Malonga, se dit confiant : « La visibilité sur les investissements publics renforce la motivation du secteur privé à lancer ses propres projets créateurs d’emplois locaux ».
Avec cette révision, le Congo espère maintenir son taux de croissance autour de 4 %, maîtriser l’inflation et consolider les avancées sociales, tout en préparant sereinement la prochaine programmation budgétaire triennale annoncée pour le premier semestre 2026 par le gouvernement.
