Un Trou chargé d’histoire spirituelle
Perché sur un plateau calcaire à quelques kilomètres de Kinkala, le site dit du « Trou de Dieu » nourrit depuis des générations la ferveur des pèlerins qui y voient un portail entre ciel et terre.
Cet écrin naturel, longtemps discret, s’est offert une nouvelle vocation le 6 novembre, journée nationale de l’arbre, devenant point de départ d’une opération pilote de reboisement portée par les autorités et la société civile.
Un reboisement massif de 2 hectares
Sur deux hectares nettoyés et piquetés, plus de mille jeunes plants ont trouvé racine, de l’acacia tolérant à la sécheresse au limba recherché pour son bois précieux, en passant par des fruitiers censés diversifier l’alimentation locale.
Le service départemental de l’Économie forestière assure le suivi, prévoyant un premier éclaircissage dans trois ans et un bilan de croissance annuel afin de maximiser le taux de survie, estimé à 85 % grâce à l’arrosage communautaire.
Le Baobab de la paix, symbole fort
Moment le plus attendu, la mise en terre d’un jeune baobab baptisé « de la paix » a réuni autorités, notables et élèves, chacun déposant une poignée d’humus comme pour sceller un pacte intergénérationnel de concorde.
« Comme ce baobab, la paix doit s’enraciner profondément et s’étendre largement », a rappelé le préfet Jules Mounkala-Tchoumou, rendant hommage au président Denis Sassou Nguesso pour avoir, selon ses mots, « fait de la paix son credo ».
Mobilisation des forces vives du Pool
Venus de Mayama, Mindouli ou Boko, jeunes, femmes rurales et retraités ont convergé dès l’aube, outils en main, répondant à l’appel conjoint de la préfecture et du Groupe de réflexion et d’action pour un Congo émergent, le Grace.
Sous un soleil déjà vif, les bénévoles ont aligné les poquets, enterré les tuteurs et surtout échangé savoirs : comment gérer l’humidité résiduelle, repousser les termitières ou préparer le compost issu des ménages voisins.
Le rôle moteur du Grace
Fondé en 2012, le Grace multiplie depuis une décennie des campagnes de plantation autour des écoles et des cours d’eau, convaincu que le développement économique s’appuie d’abord sur des écosystèmes sains.
Sa présidente, Bélinda Ayessa, rappelle volontiers que « planter un arbre, c’est planter l’éternité », insistant sur la part de responsabilité individuelle derrière l’impulsion présidentielle qui encourage chaque Congolais à mettre un plant en terre chaque année.
Une action alignée sur la décennie onusienne
La Journée nationale de l’arbre 2025, placée sous le slogan « Un arbre, une forêt, une plantation pour un Congo florissant », s’imbrique dans la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes.
Le ministère de l’Économie forestière prévoit d’ailleurs d’étendre l’initiative à quinze autres sites sacrés ou historiques, estimant que ces lieux attirent naturellement la population et facilitent la sensibilisation continue après la fête officielle.
Enjeux locaux : sols, eau et climat
Dans le Pool, les épisodes de vent sec accentuent l’érosion des plateaux et menacent les nappes phréatiques; les nouveaux bosquets devraient jouer un rôle coupe-vent et filtrant, selon le technicien forestier Armand Mavouanza.
L’ingénieur note qu’un hectare boisé capte jusqu’à 150 tonnes de carbone durant sa croissance, un chiffre précieux pour le Congo qui ambitionne de consolider sa position de « pays-puits » dans les discussions climatiques internationales.
Les attentes des communautés
Autour du Trou de Dieu, plusieurs villages espèrent déjà que la clôture du périmètre et le balisage des sentiers attireront petits commerçants et artisans, créant des revenus parallèles à l’agriculture.
Le chef de Kibouendé, Florent Boungou, envisage même de relancer une pépinière villageoise : « Les plants qui pousseront ici pourront reverdir nos champs dégradés et, pourquoi pas, se vendre lors des pèlerinages ».
Vers un tourisme écologique
Les services de la Culture étudient un circuit reliant le Trou de Dieu aux chutes de Loufoulakari, avec des panneaux bilingues expliquant flore, légendes et gestes verts, une démarche qui complèterait l’offre existante d’écotourisme dans le Pool.
L’Agence congolaise pour le tourisme durable estime qu’une trentaine d’emplois directs pourraient naître de la valorisation du site, principalement dans le guidage, la restauration et l’hébergement chez l’habitant.
Planter pour l’éternité
Alors que les dernières gouttes arrosent les jeunes plants, le prêtre de Kinkala rappelle que la dimension spirituelle du lieu s’accorde pleinement avec la responsabilité environnementale, « deux manières de respecter la création ».
Rendez-vous est pris pour juin prochain : une équipe mixte de scouts locaux et de techniciens forestiers viendra vérifier l’enracinement et, si besoin, replanter les individus manquants, prolongant l’engagement au-delà du rituel annuel.
Appel à un suivi citoyen
Avant de quitter les lieux, le directeur départemental de l’environnement a remis à chaque comité de village un cahier de bord où noter les pluies, les attaques d’insectes ou les feux de brousse, condition indispensable pour bénéficier de nouvelles livraisons de plants.
Cette responsabilisation inquiète peu les habitants, assure la cheffe de l’association féminine Mafouta : « Protéger ces arbres, c’est protéger nos propres enfants ». Des séances de sensibilisation en langue lari sont déjà programmées lors des marchés hebdomadaires.
