Retour attendu de l’évêque de Ouesso
Le brouillard matinal se dissipait à peine, dimanche 26 octobre 2025, lorsque les fidèles de Saint Jean-Baptiste de Talangaï ont aperçu la silhouette familière de Mgr Brice Armand Ibombo. L’enfant du quartier, devenu évêque de Ouesso, revenait pour la première fois célébrer l’eucharistie avec eux.
Nommé par le pape Léon XIV le 28 mai 2025, le prélat avait pris canoniquement possession de son siège le 19 juillet, sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre-Claver de Ouesso, au cours d’une célébration présidée par le nonce apostolique Mgr Javier Herrera Corona.
À peine trois mois plus tard, l’évêque s’est lancé dans une tournée pastorale à travers le pays pour remercier ceux qui ont façonné sa vocation. Talangaï figurait naturellement sur l’itinéraire: c’est ici qu’il avait suivi ses études secondaires au lycée de la Révolution, hébergé par la paroisse.
Une double célébration chargée d’émotion
Dans l’église déjà comble à 6h30, première messe de la journée, la voix de la schola populaire a résonné sous la nef fraîche. Les soutanes blanches des servants, les étoffes multicolores des fidèles et la lumière rose de l’aube composaient un tableau d’une douceur saisissante.
À 11h, les cloches ont de nouveau vibré pour la seconde célébration. Une chorale invitée, Écho du désert, a rejoint la formation locale, mêlant chants liturgiques et mélodies traditionnelles lari. «La gratitude traverse la musique», confiait l’abbé Guy Noël Okamba, coordinateur de Justice et Paix, en ajustant son étole.
Plusieurs évêques avaient tenu à entourer leur confrère : Mgr Urbain Ngassongo, vice-président de la Conférence épiscopale, et Mgr Daniel Franck Nzika, d’Impfondo, ont concélébré. Le curé Norbert Bouka Ossangué et ses vicaires, eux, assuraient l’intendance et l’accueil des centaines de paroissiens.
Message d’unité, de cohésion et de paix
Dans son homélie matinale, Mgr Ibombo est revenu sur la devise choisie lors de son ordination: «Ut unum sint». Il a rappelé que l’Église demeure unique et indivisible, maison commune ouverte «sans distinction de sexe, de race ou d’ethnie», selon ses propres termes salués par de longs applaudissements.
Le prélat a insisté sur la cohésion sociale, valeur chère aux autorités congolaises qui multiplient les programmes de proximité. «La paix n’est pas un slogan, c’est un chantier», a-t-il souligné, encourageant les familles du quartier à dialoguer, à partager le peu qu’elles possèdent et à surveiller la scolarité des jeunes.
En écho, de nombreux fidèles ont témoigné de l’importance de la fraternité dans une ville en pleine mutation démographique. «Talangaï s’agrandit, les défis suivent», confiait Mireille, catéchiste depuis quinze ans, heureuse d’entendre l’évêque rappeler que la paroisse reste un espace où chacun peut se ressourcer.
Soutien aux initiatives en faveur de la jeunesse
Au terme de la liturgie, Mgr Urbain Ngassongo a pris brièvement la parole. Il a salué l’opération «zéro Kuluna», campagne nationale contre le banditisme juvénile, rappelant que les évêques soutiennent toute initiative visant à protéger la jeunesse et à renforcer le partenariat conclu en 2017 avec l’État congolais.
Pour le prélat de Gamboma, la rencontre récente entre la Conférence épiscopale et le chef de l’État illustre une volonté partagée d’œuvrer au bien commun. «Nous avons parlé formation, emploi et civisme», a-t-il précisé, estimant que l’Église doit rester un «allié exigeant mais constructif».
Dans l’assemblée, plusieurs jeunes engagés dans les groupes de prière ont accueilli ces paroles comme un encouragement direct. «Le diocèse parle de nous, le gouvernement aussi; à nous de montrer l’exemple», souriait Junior, 19 ans, qui anime chaque semaine un atelier d’alphabétisation bénévole.
Vers un diocèse rural ouvert à tous
Prenant congé, Mgr Ibombo a remercié longuement le curé pour l’hospitalité et a sollicité des prières «pour une mission ardue». Il a ensuite invité les fidèles à découvrir Ouesso, diocèse rural de la Sangha, «où l’hospitalité est légendaire et la nature splendide».
Cette perspective enthousiasme déjà quelques paroissiens, curieux de parcourir la future route nationale qui reliera plus aisément la capitale au Nord. Une manière pour l’Église de participer à la dynamique d’aménagement du territoire portée par les autorités et de renforcer la solidarité interrégionale.
«Nous irons en car ou en pirogue s’il le faut», plaisantait Léonard, sculpteur sur bois, convaincu que le tourisme religieux peut aussi valoriser les savoir-faire locaux. Mgr Ibombo acquiesçait, rappelant que l’encyclique Laudato si invite à respecter la Création tout en stimulant un développement harmonieux et durable pour tous.
Un accueil chaleureux des paroissiens
Pour clore la journée, un repas fraternel a réuni clergé et fidèles sous les manguiers du presbytère. Rires, photos et récits d’enfance du nouvel évêque ont ponctué ces agapes, reflet d’une convivialité que la paroisse cultive depuis cinquante-quatre ans, malgré l’urbanisation galopante.
Au-delà de l’émotion, beaucoup retiennent l’invitation lancée: aller vers l’autre, que ce soit le voisin du quartier ou le villageois de la Sangha. «C’est ensemble que nous bâtirons le pays», affirme Mgr Ibombo. À Talangaï, la phrase circule déjà comme une devise.
