Au cœur d’une nouvelle vague congolaise
Sous le ciel bruissant de Paris, une voix congolaise fait vibrer les studios et les cafés-concerts. Samantha Love Mercedes, 29 ans, façonne patiemment un répertoire qu’elle décrit comme un « hymne mouvant ». Son objectif est clair : rehausser la visibilité de la musique made in Congo, au-delà des frontières et fière.
Pour cette Brazzavilloise, chaque note raconte un voyage, chaque rime poursuit une quête. « J’ai longtemps cherché les contours de ma voix, aujourd’hui je la laisse courir », confie-t-elle dans un studio du 10ᵉ arrondissement, sourire franc, regard baigné de conviction et nourrit sa détermination à chaque nouvelle session.
Une enfance brazzavilloise bercée de mélodies
Née à Mfilou, quartier populaire de Brazzaville, Samantha grandit dans un foyer où les vinyles de la rumba voisinent avec les cantiques dominicaux. Sa mère, choriste, lui apprend tôt la puissance du chœur ; son père, mélomane discret, l’initie au jazz et au makossa, tout en écoutant les paroles.
Ce bain sonore quotidien forge son oreille et son imaginaire. L’adolescente passe des heures à écrire des poèmes sur les marges de ses cahiers du lycée Nganga-Édouard, transformant ses joies et ses peines en métaphores, déjà attentive à la musicalité du français comme du lingala naissant en elle, si contrastées.
À 18 ans, elle foule la petite scène du Centre culturel français de Brazzaville. Le trac se mêle aux sillons des percussions. « Ce soir-là, j’ai compris que la scène était mon territoire », se souvient-elle, évoquant un déclic comparable à un battement de tambour intérieur, dans chaque rue brazzavilloise.
Une palette musicale plurilingue et audacieuse
Depuis, la femme explore les croisements sonores. Sur un titre, une ligne de basse rumba côtoie un beat trap, tandis qu’un chœur gospel monte en volutes. Elle assume cet éclectisme : « Je refuse les tiroirs. Le Congo est pluriel, ma musique doit l’être aussi », qu’elle transforme en mélodies intérieures.
Plurilingue, elle passe du français au lingala, glisse quelques refrains en anglais puis revient aux proverbes téké. Chaque changement de langue est pensé comme une modulation de couleurs, un dialogue intime avec des publics dont elle connaît la diversité, de Brazzaville à Londres via Abidjan et Paris hors des codes.
Cette signature lui vaut déjà l’intérêt de beatmakers européens qui voient en elle une voix passerelle. Elle collabore ponctuellement avec un collectif berlinois, envoie des stems à un studio d’Accra et peaufine, depuis Paris, un premier EP promis à une sortie numérique cet automne pour le public et encore grandissant.
Des textes comme manifestes identitaires
Au-delà du son, Samantha revendique la force du verbe. Ses chansons, souvent construites comme des poèmes slam, abordent la mémoire afro-descendante, la résilience féminine ou la fierté urbaine. Les refrains deviennent slogans : « Nous sommes nos propres tambours », répète-t-elle sur le titre Ombres lumineuses en concert souvent.
Cette plume militante reste cependant habitée par la pudeur. La chanteuse substitue l’invective à l’image poétique, préférant « décaler le regard plutôt que pointer du doigt ». Le public se reconnaît dans cette approche, comme l’ont montré ses récents showcases organisés par l’Institut français du Congo à Brazzaville.
Pour l’universitaire Clémentine Poupi, spécialiste des esthétiques africaines, « Samantha réhabilite une parole de guérison, à mi-chemin entre prière et revendication ». Dans une tribune du magazine Ngoma, la chercheuse voit chez l’artiste une réactualisation des chants initiatiques koongo, à l’ère numérique et des jeunes voix urbaines congolaises.
Conquérir les scènes diasporiques et mondiales
Basée à Paris depuis deux ans, la chanteuse multiplie les résidences artistiques. En juin, elle a présenté un set mêlant danse contemporaine et vidéopoésie au festival Les Docks de Marseille. À l’automne, elle prévoit une tournée express dans les foyers culturels africains d’Île-de-France et belges également prévue.
Son manager, Patrick Bounzeki, table sur une présence à de grands rendez-vous comme le Womad ou le Visa For Music. « Notre objectif est de donner corps à sa vision dans des espaces où l’Afrique se raconte autrement », explique-t-il, soulignant le rôle de la diaspora congolaise mobilisée.
La stratégie numérique n’est pas en reste : live sessions filmées, défis TikTok et podcasts bilingues accompagnent la sortie prochaine de son EP. L’artiste veut fédérer des communautés transnationales, convaincue que le streaming peut transformer un simple refrain lingala en bande-son globale pour des auditeurs de tous horizons.
Vers un futur syncopé de promesses
Dans l’appartement-studio qu’elle partage à Montreuil, un tableau montre trois colonnes : « écrire », « enregistrer », « transmettre ». Le planning ne laisse guère de répit, mais la chanteuse assure avancer « pas à pas, en gardant l’âme ouverte ». Le regard porte déjà sur 2025 et au-delà des frontières.
En filigrane, Samantha Love Mercedes rappelle l’importance de « rester connectée aux quartiers qui m’ont construite ». Elle promet un concert gratuit à Mfilou dès que son agenda le permettra. Entre enracinement et horizon international, la voix congolaise poursuit sa route, battement après battement, vers une lumière partagée.
