Belém: la voix du Bassin du Congo se fait entendre
At COP30 in Belém, Congo’s delegation led by Minister of Forest Economy Rosalie Matondo championed indigenous peoples and local communities as frontline guardians of tropical forests. The Amazonian host city brièvement réunit leaders of the planet’s three major green lungs under a common concern: climate finance.
Speaking in a hall overlooking the Guamá River, the minister reminded negotiators that the Congo Basin stores about 80 milliards de tonnes of carbon. « Préserver cet héritage planétaire ne doit pas freiner le développement des familles qui en dépendent, » a-t-elle déclaré, décrivant le double défi environnemental et social.
Priorité aux CLPA dans les flux financiers
Rosalie Matondo a plaidé pour des mécanismes financiers transparents, directement orientés vers les communautés autochtones et locales. Selon elle, ces populations, déjà engagées de tradition dans la gestion durable, doivent recevoir un appui équitable afin d’améliorer leurs conditions de vie et renforcer leurs pratiques ancestrales de conservation.
La ministre a rappelé que le consentement libre, informé et préalable est désormais inscrit dans la législation congolaise. Cette garantie, a-t-elle souligné, sécurise les droits fonciers et assure que toute activité forestière industrielle tient compte des besoins sociaux, sanitaires et culturels des villages concernés.
Des réformes juridiques qui changent la donne
Adoptée en 2020, la loi 33-2020 sur la forêt et les aires protégées marque un tournant. Elle encourage l’afforestation, le reboisement, la transformation locale du bois et la création d’autres mesures efficaces de conservation basées sur la zone, connues sous l’acronyme OECM.
Au stand congolais, des techniciens ont présenté un tableau interactif montrant la réduction de la déforestation sur certaines concessions grâce aux plans de gestion participatifs. « Les cartes satellites sont mises à jour chaque trimestre et partagées avec les chefs de secteur », expliquait un ingénieur du Centre d’inventaire des ressources forestières.
Tropical Forests Forever Facility: un levier de taille
La délégation congolaise a salué l’initiative Tropical Forests Forever Facility comme un outil innovant. Le mécanisme rémunère les pays forestiers à chaque tonne de carbone durablement stockée, libérant des fonds destinés à l’éducation, à la santé ou aux microprojets générateurs de revenus dans les villages riverains.
« C’est la première fois qu’un dispositif reconnaît financièrement l’effort de protection plutôt que la perte évitée », a insisté Rosalie Matondo. Elle estime que le Congo, qui protège 23,5 millions d’hectares de forêts, peut mobiliser rapidement ces ressources pour financer l’emploi des jeunes formés aux métiers verts.
La Décennie pour le boisement, initiative congolaise
Aux Nations unies, Brazzaville a porté la résolution A/79/L.64 instituant la Décennie 2027-2036 pour le boisement et le reboisement. Ce texte, adopté par consensus, invite les États à planter massivement et à restaurer les sols dégradés, tout en partageant leurs réussites lors de forums annuels.
Au quotidien, le pays multiplie déjà les campagnes citoyennes. À Oyo, Lycée Victor-Augagneur, 500 élèves ont planté l’an dernier plus de 2 000 acacias avec l’appui de la Banque mondiale et du Fonds d’investissement pour le climat. Des programmes similaires se déploient dans les périphéries de Pointe-Noire et Dolisie.
Coopération sud-sud et Vision Congo vert 2030
Lors de la session consacrée aux partenariats, le Congo a insisté sur la coopération sud-sud, notamment avec l’Indonésie et le Brésil. L’idée est de mutualiser l’expérience de terrain, les normes de certification du bois et les plateformes numériques de suivi satellite, afin d’abaisser les coûts pour chaque État.
Le Plan national de développement 2022-2026 intègre la Vision Congo vert 2030. Ce cadre fixe des objectifs chiffrés: zéro déforestation illégale d’ici 2025, 20 % d’énergie renouvelable dans le mix national et 50 000 hectares de plantations communautaires. Les budgets sont alignés sur ces cibles, a rappelé la ministre.
Des collectivités locales, comme la mairie de Makoua, testent déjà les paiements pour services environnementaux. Chaque ménage qui protège une parcelle reçoit une indemnité mensuelle versée via mobile money. L’expérience, soutenue par le Programme ONU-REDD+, pourrait être élargie aux zones périphériques de la réserve de Conkouati-Douli.
Sur le plan international, le Congo s’engage à renforcer la surveillance du couvert forestier grâce au satellite brésilien Amazônia-1 combiné au segment radar de l’Agence spatiale européenne. Ces partenariats techniques permettent de détecter en moins de 72 heures toute coupe suspecte dans les zones sensibles.
À Belém, les observateurs ont noté la cohérence entre les annonces et les réformes déjà lancées à Brazzaville. « La gouvernance forestière congolaise évolue positivement, les données sont publiques et vérifiées », a confirmé Catherine Costa, analyste au Global Forest Watch, saluant un exemple inspirant pour d’autres pays tropicaux.
Pour les communautés autochtones, ces avancées représentent surtout une reconnaissance sociale. « Nos ancêtres protègent la forêt depuis des siècles; aujourd’hui, on nous écoute enfin », s’est réjoui Marcel Nguimbi, représentant de la plateforme des CLPA du département de la Sangha, en marge de la conférence.
Alors que la COP30 s’achève, le message congolais reste clair: la préservation des forêts tropicales réclame un financement équitable, aligné sur les réalités locales. Brazzaville souhaite transformer ses succès pilotes en politiques nationales et offrir au monde un modèle où environnement et développement avancent main dans la main.
