Un Mbongui dédié aux retraités
Le 23 novembre, dans un quartier animé de Brazzaville, la tournée citoyenne « Mbongui Tour » a installé son cercle de paroles autour d’un thème sensible : la situation des retraités. À l’initiative du président du parti Les Souverainistes, Uphrem Dave Mafoula, anciens fonctionnaires et invités ont rempli la salle.
Des pensions qui se font attendre
Plusieurs intervenants ont évoqué les pensions versées avec de longs décalages. Certains affiliés à la Caisse de retraite des fonctionnaires disent compter jusqu’à cinquante mois d’arriérés, un chiffre qui donne la mesure de l’inquiétude exprimée durant la rencontre.
Les intéressés rappellent qu’un retard de pension entraîne des effets en cascade : factures impayées, soins de santé différés et soutien familial fragilisé. Chacun a insisté sur l’importance de préserver la dignité de ceux qui ont servi l’administration pendant des décennies.
Ventes de parcelles et sacrifices familiaux
Un témoignage a particulièrement marqué le public : celui d’un retraité qui, pour financer ses médicaments, a dû vendre la parcelle familiale. L’anecdote a lancé l’idée d’un « Mbongui des retraités », espace permanent d’écoute et de plaidoyer pour les seniors.
À travers ces exemples concrets, les participants entendent sensibiliser l’opinion à une réalité parfois invisible. Derrière chaque pension non versée, ont-ils rappelé, se trouve une famille dont le pouvoir d’achat et la stabilité émotionnelle se trouvent mis à l’épreuve.
L’appel à la responsabilité collective
Devant l’assemblée, Dave Mafoula a souligné que le traitement réservé aux retraités constitue « un miroir de la conscience nationale ». Selon lui, l’enjeu dépasse les clivages politiques : il s’agit de veiller à ce que les droits acquis soient effectivement honorés.
L’orateur a annoncé son intention de formaliser les doléances sous la forme d’une lettre ouverte à l’attention du chef de l’État, dans l’espoir d’inscrire la question des pensions au cœur de l’agenda public et de bâtir un consensus autour de solutions pérennes.
Propositions pour sécuriser les droits
Parmi les pistes évoquées figure le respect intégral des dispositions légales sur l’autonomisation de la retraite, texte qui rappelle les obligations de financement et les procédures d’indexation. Les retraités demandent aussi une visibilité accrue sur le calendrier des paiements.
Une autre suggestion porte sur la mise en place de mécanismes de suivi associant représentants des pensionnés, techniciens de la Caisse et parlementaires. L’objectif serait d’anticiper les difficultés de trésorerie et de déclencher des mesures correctives avant qu’un retard ne s’installe.
Les établissements à budgets de transfert
Le débat a également mis en lumière la situation des agents partis des mairies, du Centre hospitalier universitaire de Brazzaville ou du Laboratoire national de santé publique. Faute de reversement régulier des cotisations, certains attendent encore leur toute première pension cinq ans après leur départ.
Un ancien employé a confié « éprouver de sérieuses difficultés » pour subvenir aux besoins de sa petite famille. Ces témoignages, appuyés par les chiffres partagés dans la salle, illustrent la nécessité d’une coordination accrue entre Trésor public et structures d’origine.
L’enjeu du complément retraite
Du côté de la Caisse de retraite des fonctionnaires, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer la réinscription de la ligne budgétaire « complément retraite ». Les lois de finances 2023 et 2025 ont privilégié la dette sociale globale, mais les bénéficiaires attendent encore les effets concrets de cette réorientation.
Certains participants estiment qu’une clarification des affectations budgétaires permettrait de sécuriser les arriérés tout en évitant la confusion avec d’autres dettes publiques. L’ouverture d’une information judiciaire à l’égard de gestionnaires cités a également été évoquée, dans un souci de transparence.
Une démarche citoyenne avant tout
Gérôme Ngoma, présent parmi les retraités, salue « l’initiative d’un dialogue qui part de la base vers le sommet ». Selon lui, cette logique participative rappelle le principe d’un gouvernement au service du peuple, en écoutant les préoccupations de ceux qui ont bâti l’administration.
Pour Dave Mafoula, l’action engage avant tout la société civile. « Ici, nous défendons la dignité de nos aînés, pas une étiquette politique », a-t-il martelé. Ce positionnement rassembleur vise à fédérer les bonnes volontés autour d’une cause largement partagée.
Espoir d’un dialogue renforcé
À la clôture de la rencontre, chacun est reparti avec l’idée qu’une solution durable passe par la concertation. Les participants souhaitent que le futur courrier adressé au président facilite un dialogue ouvert entre autorités, caisses et représentants des retraités.
Les anciens salariés formulent aussi le vœu qu’au moins une partie des arriérés soit réglée avant la prochaine échéance présidentielle. Un tel geste, estiment-ils, enverrait un signal de confiance et d’attention aux dizaines de milliers de familles concernées.
En attendant, le Mbongui Tour promet d’autres étapes dans les différents quartiers de Brazzaville et des départements pour recueillir davantage de témoignages. La dynamique pourrait ainsi nourrir un rapport complet sur les défis du système de retraite.
À travers ces échanges, la société congolaise réaffirme son attachement aux valeurs de solidarité intergénérationnelle. Pour beaucoup, la remise à l’honneur des anciens constitue un investissement dans la cohésion nationale et la stabilité sociale.
