Ewo raccordée au réseau national
Le grondement sourd des alternateurs a remplacé le bruit des groupes électrogènes à Ewo, chef-lieu de la Cuvette-Ouest, depuis l’appui sur le bouton symbolique opéré le 25 novembre par le président Denis Sassou Nguesso.
Le poste de desserte flambant neuf injecte désormais, via une ligne haute tension de 60 kilovolts, l’électricité du réseau national dans les foyers, les petites entreprises et les services publics, longtemps tributaires d’un approvisionnement coûteux et irrégulier.
Dans la foule massée autour des pylônes étincelants, des jeunes brandissaient des téléphones chargés pour immortaliser la scène ; « c’est la fin des délestages nocturnes », s’enthousiasme Josiane Ngatakoua, infirmière à l’hôpital de district.
La route Boundji–Ewo ouvre la voie
Couplée à la mise sous tension, l’inauguration du tronçon Boundji–Ewo scelle l’aboutissement d’un chantier routier lancé il y a plus de dix ans et relancé en 2022 après une pause financière qui avait laissé la chaussée inachevée sur seize kilomètres.
C’est la société chinoise Stecol Corporation qui a repris les travaux, colmatant les ornières, posant le dernier revêtement et sécurisant les accotements pour faciliter le passage des poids lourds acheminant manioc, cacao et matériel médical depuis Boundji.
« La route, c’est la vie », rappelle le préfet Baron Frédéric Bozock, évoquant la baisse immédiate du coût du transport entre les deux localités, désormais parcourues en quarante-cinq minutes contre plus de deux heures en saison des pluies.
Les véhicules officiels ont symboliquement franchi le dernier pont au son des tam-tams, tandis que des producteurs alignaient des tubercules le long de l’asphalte pour saluer « le retour du marché » après des années d’isolement.
Un souffle économique attendu
Avec l’électricité stabilisée, les moulins à maïs, ateliers de soudure et congélateurs de poisson peuvent désormais tourner sans interruption, réduisant les pertes post-récolte et créant selon la chambre de commerce une cinquantaine d’emplois directs sur les six prochains mois.
Les autorités locales annoncent également la mise en place d’un incubateur numérique alimenté par le nouveau poste, initiative visant à retenir les jeunes diplômés et à assurer la dématérialisation progressive des démarches administratives dans le département.
Du côté des ménages, la facture moyenne d’électricité pourrait diminuer de 30 %, la Société nationale d’électricité prévoyant un tarif rural subventionné, mesure saluée par les organisations de consommateurs lors d’une réunion préparatoire au lancement commercial.
Les projections budgétaires font état d’une augmentation de 12 % des recettes locales grâce aux taxes sur la vente de produits frigorifiés et au dynamisme attendu des marchés hebdomadaires qui attirent déjà des commerçants venus de Makoua et d’Owando.
Une démarche inscrite dans la stratégie nationale
Le ministre de l’Aménagement du territoire Jean-Jacques Bouya a rappelé que la municipalisation accélérée, lancée en 2011, reste le cadre de référence pour l’extension des infrastructures essentielles, avec un accent particulier mis sur les départements longtemps restés à l’écart des grands axes.
« Nos réseaux routier et électrique sont en construction continue », a-t-il souligné devant les techniciens, insistant sur la maintenance préventive pour éviter l’« éternel recommencement » des chantiers, message appuyé par un engagement budgétaire de l’État pour l’entretien annuel.
Le préfet Bozock a, de son côté, plaidé pour l’extension du réseau jusqu’aux villages riverains de la Léfini, proposant la création de petites antennes solaires hybrides afin de sécuriser l’alimentation des écoles et des centres de santé périphériques.
Rituels et adhésion populaire
Avant l’instant protocolaire, les notables de la Cuvette-Ouest ont versé du vin de palme au pied des pylônes, invoquant la protection des ancêtres sur les infrastructures, geste qui, selon l’anthropologue Sylvie Bongolo, « favorise l’appropriation communautaire des ouvrages publics ».
Dans les villages traversés, des panneaux peints à la main proclament « Bonne route, bonne lumière » ; un slogan repris par les élèves vêtus de chemises bleues qui ont exécuté un chant en langue mbochi pour souhaiter longue vie au poste électrique.
À l’issue de la cérémonie, un lot de lampadaires solaires a été remis aux mairies pour sécuriser les carrefours stratégiques, tandis que la Société nationale d’électricité a ouvert un guichet mobile d’abonnement, déjà pris d’assaut par les commerçants du marché d’Ewo.
Prochaine étape annoncée par le ministère : la connexion de Mbomo d’ici fin 2026, afin de boucler la desserte de tout le département et de renforcer le corridor énergétique reliant la Cuvette-Ouest aux provinces voisines et au réseau national de transport.
Formation et développement durable
L’arrivée de l’électricité a permis l’installation immédiate de dix stations de recharge pour tablettes scolaires distribuées dans les collèges d’Ewo, facilitant la mise en œuvre du programme d’enseignement numérique porté par le ministère de l’Éducation et appuyé par la Banque mondiale.
Par ailleurs, un atelier de sensibilisation au recyclage des batteries et à l’utilisation rationnelle de l’énergie a réuni enseignants, chefs de quartiers et associations féminines, l’objectif étant, selon la directrice départementale de l’Environnement, « d’éviter que la nouvelle lumière ne devienne un gaspillage ».
Une bourse d’études techniques sera lancée en 2024 pour former des électrotechniciens locaux, gage d’autonomie et de maintien des installations.
