Un élan concerté contre le chômage jeune à Pointe-Noire
A Mongo Mpoukou, quartier effervescent de l’arrondissement 5 de Pointe-Noire, les comités de quartier préparent déjà tables, bâches et haut-parleurs. Le 15 janvier 2026, ils accueilleront officiellement un programme porté par la Fondation Pro Social Inter États pour dynamiser l’emploi jeune.
Jusqu’en décembre 2031, l’initiative entend recenser, former et insérer 4 000 jeunes originaires de Pointe-Noire et du Kouilou, deux départements où le taux de chômage des 18-35 ans flirte selon les acteurs locaux avec un tiers de la population active.
« Nous voulons transformer la vigueur de nos jeunes en une force productive », résume Orcel Bayonga-Mbondza, représentant résident de la fondation, en marge d’une séance de travail à la mairie de l’arrondissement. Son credo : offrir des perspectives pérennes plutôt qu’une aide ponctuelle.
Des formations ciblées sur les besoins du marché local
Le programme combine apprentissages techniques et compétences supports. Dans les ateliers prêtés par des entreprises partenaires, les jeunes s’initieront à la mécanique, à la soudure, à la plomberie ou encore à la menuiserie, des branches constamment sollicitées sur les chantiers pétroliers et urbains.
Parallèlement, un module de gestion, de comptabilité et de droit du travail renforcera l’autonomie future des apprenants. « Un bon soudeur qui comprend la facturation et les clauses d’un contrat survit mieux aux aléas », insiste Gisèle Dikouélé, cheffe de projet formation.
Chaque cohorte suivra douze mois de cours alternant théorie et pratique. Les premières évaluations, prévues fin 2027, permettront d’ajuster le catalogue en fonction des besoins recensés auprès des chambres consulaires et des mairies, assurent les organisateurs.
Un accompagnement financier pour les micro-entreprises
À l’issue de la formation, les porteurs de projets seront aiguillés vers un fonds rotatif alimenté par la FPSI et des banques locales. Montant moyen annoncé : 3 millions de francs CFA par micro-entreprise, remboursables sur cinq ans avec un taux jugé préférentiel.
Le dispositif financier s’accompagne d’un suivi mensuel assuré par des mentors issus du secteur privé. Ces coaches aideront à élaborer plans de trésorerie, stratégies marketing et démarches fiscales afin de maximiser la pérennité des nouvelles structures.
Une clause de partenariat local impose enfin qu’au moins 60 % des fournitures et prestations soient commandées dans la région, créant ainsi un cercle vertueux entre jeunes entrepreneurs et PME installées à Pointe-Noire, Loango ou Hinda.
Une stratégie en phase avec la vision présidentielle
Le projet résonne avec la feuille de route gouvernementale inscrite dans le Plan national de développement 2022-2026, qui place l’employabilité des jeunes au cœur de l’émergence économique. Les autorités locales saluent donc une initiative privée qui vient compléter les programmes publics existants.
Pour la mairie de Pointe-Noire, ce partenariat public-privé simplifie également la mobilisation d’infrastructures municipales rarement utilisées en journée, comme les maisons de quartier ou les centres culturels. « Nous mettons nos locaux à disposition et la fondation apporte son expertise », rappelle le maire intérimaire, Armand Makouta.
Le ministère de la Jeunesse suit le dossier de près. Un protocole d’accord, à finaliser avant fin 2025, devrait préciser les mécanismes de certification des formations et les critères d’éligibilité au fonds d’amorçage, afin de garantir transparence et équité.
Témoignages et attentes des communautés locales
Dans la ruelle sableuse menant à la place de Mongo Mpoukou, Yvon, 24 ans, manœuvre occasionnel sur les parkings du port. « J’ai un CAP, mais sans réseau, c’est dur. Si le programme me donne des machines ou des contacts, je fonce », confie-t-il.
Les associations de femmes attendent aussi des retombées. Nadège Loubota, présidente d’un groupement d’épargne solidaire, souhaite que ses adhérentes profitent des cours de gestion. « Le chômage ne touche pas que les garçons ; nombre de jeunes mères rêvent d’ouvrir une boutique de couture ou de restauration », dit-elle.
Côté patronat, l’Union des industriels du Kouilou y voit un vivier de main-d’œuvre qualifiée. Son secrétaire exécutif, Jean-Marc Ibovi, estime que « former localement et rapidement coûte moins cher qu’importer des spécialistes étrangers ». Il assure que plusieurs entreprises signeront des conventions d’accueil d’apprentis.
Calendrier et prochaines étapes jusqu’en 2031
Après la cérémonie d’ouverture du 15 janvier 2026, la phase de recensement ciblera d’abord les quartiers périphériques de Pointe-Noire, avant de s’étendre aux zones rurales du Kouilou. Les inscriptions seront gratuites et validées par les autorités locales pour éviter toute fraude.
D’ici mi-2027, les premières promotions devraient achever leur formation et présenter leurs plans d’affaires. L’année 2028 sera celle du suivi rapproché, puis 2029-2031 consacreront l’évaluation d’impact, la duplication éventuelle du modèle et son extension à d’autres départements.
Orcel Bayonga-Mbondza espère que 70 % des bénéficiaires seront insérés durablement au terme du programme. « Chaque jeune qui gagne sa vie devient un contribuable, un consommateur et parfois un employeur ; c’est toute la collectivité qui y gagne », conclut-il, soulignant l’ambition inclusive du projet.
La Fondation rappelle également que l’entrepreneuriat soutenu devra respecter des critères environnementaux simples : gestion des déchets, sobriété énergétique et usage raisonné de l’eau. Cette exigence anticipe les normes futures et prépare les jeunes à un marché où la responsabilité verte devient la règle.
