Le bois congolais vise l’Europe
At Brazzaville last 27 November, the Minister of Forest Economy Rosalie Matondo confirmed the ambition of the Republic of Congo to faire rayonner son bois sur les étals européens. This message, délivré devant les délégués de l’Union européenne, marque une nouvelle étape du dialogue transparent instauré depuis treize ans.
Issue de la vingt-deuxième session du Comité conjoint de mise en œuvre de l’Accord APV/FLEGT, cette annonce survient à la veille de l’entrée en vigueur du Règlement européen sur la déforestation, prévue fin 2025, un calendrier qui donne au secteur congolais deux ans pour consolider ses garanties de légalité.
APV/FLEGT : treize ans d’un partenariat pilote
Signé en 2010 et opérationnel depuis 2013, l’APV/FLEGT fait du Congo l’un des pionniers africains du commerce légal du bois. Le dispositif repose sur un Système de vérification de la légalité capable de tracer chaque grume, depuis la forêt jusqu’au port d’embarquement.
Rosalie Matondo rappelle souvent que « chaque conteneur expédié représente aussi une promesse de gestion durable ». Pour l’Union européenne, cette fiabilité est indispensable afin d’écarter les produits à risque de déforestation et de rassurer des consommateurs de plus en plus attentifs à l’origine des meubles, des panneaux ou des parquets.
Règlement européen anti-déforestation : cap 2025
Adopté en juin 2023, le nouveau règlement européen interdit l’entrée sur le marché communautaire de produits issus d’aires déforestées après décembre 2020. Le compte à rebours est lancé : à partir du 30 décembre 2025, chaque livraison devra prouver son caractère « zéro déforestation ».
Pour Brazzaville, cette échéance n’est pas vue comme une contrainte, mais comme un accélérateur de modernisation. « Nous voulons que nos entreprises soient prêtes, car le bois congolais possède déjà des atouts concurrentiels », souligne la ministre, confiante dans la capacité des industriels locaux à digitaliser leurs chaînes de traçabilité.
Plan d’action 2024-2028 : une feuille de route précise
Les délégués ont d’abord passé en revue le Plan d’action 2024-2028. Calendrier précis, cibles chiffrées et financement participatif : le document décrit la formation de 500 agents de contrôle, l’installation de bornes GPS sur les engins forestiers et la délivrance progressive de certificats de légalité électroniques.
L’ambassadrice de l’Union européenne Anne Marchal salue « une feuille de route claire qui place le Congo sur une trajectoire paisible vers 2025 ». Selon elle, l’enjeu principal reste désormais la finalisation des derniers décrets d’application du Code forestier adopté en 2020 pour crédibiliser le cadre juridique.
Entreprises forestières : diversifier les débouchés
Les professionnels présents à la réunion reconnaissent que l’accès à de nouveaux débouchés est vital. La fermeture partielle des marchés asiatiques et moyen-orientaux, conjuguée à la baisse mondiale de la demande en papier, a érodé les marges. Les opérateurs misent donc sur l’Europe pour maintenir l’emploi dans les zones rurales.
À Pokola comme à Sibiti, plusieurs scieries testent déjà des certifications additionnelles. « Nous valorisons des essences méconnues comme le bosse clair ou le tali », détaille Joseph Okouala, dirigeant d’une concession mixte, convaincu que cette diversification séduira le segment européen du meuble haut de gamme.
Tracer, certifier, exporter : les prochaines étapes
Dans le communiqué conjoint, le Comité annonce l’intégration des nouvelles exigences de la Convention CITES dans le système de vérification national. Elles concernent notamment l’afromosia et le wengé, deux espèces emblématiques récemment listées. Leur suivi renforcé devrait rassurer les importateurs et protéger durablement la biodiversité congolaise.
La prochaine session du Comité est programmée pour juin 2024 à Pointe-Noire. D’ici là, un groupe technique réunira représentants étatiques, exploitants et ONG afin d’évaluer la première vague de certificats de légalité. Les résultats guideront la montée en puissance des exportations test attendues au second semestre.
Les autorités tablent sur un volume pilote de vingt mille mètres cubes, concentré sur les sciages et contreplaqués les plus demandés. L’idée est de roder les procédures douanières et d’offrir aux acheteurs européens un aperçu concret des capacités logistiques du port de Pointe-Noire après ses récents travaux d’extension.
Au-delà du commerce, le gouvernement insiste sur les retombées sociales. La montée en gamme devrait soutenir les programmes de formation en sylviculture et générer des revenus supplémentaires pour les communautés riveraines, via la taxe de développement local. Ces fonds financeront des écoles primaires et des dispensaires dans les districts forestiers.
Les ONG locales, invitées comme observateurs, saluent ce mécanisme mais appellent à la transparence. « La traçabilité doit aller de la parcelle jusqu’aux recettes fiscales », affirme Landry Mavoungou, coordinateur d’un réseau de suivi indépendant. Le ministère assure que les données seront publiées sur un portail public actualisé trimestriellement.
Si les jalons sont tenus, la République du Congo pourrait devenir l’un des rares fournisseurs africains à répondre simultanément aux normes FLEGT et « zéro déforestation ». Un positionnement stratégique qui renforcerait la compétitivité du port de Pointe-Noire et l’attractivité de la filière bois sur la scène internationale.
