Brazzaville se prépare au Forum Brazza Cyber Security
Du 26 au 27 novembre 2025, Brazzaville se transformera en capitale africaine de la cybersécurité avec la troisième édition du Forum Brazza Cyber Security, pilotée par l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information. L’événement ambitionne de conjuguer réflexion stratégique et démonstrations technologiques.
Pour nombre d’analystes, ce rendez-vous placé sous le thème « Innovation et souveraineté cyber : bâtir des solutions africaines pour des défis africains » survient à un moment charnière, où le continent enregistre une hausse soutenue des tentatives d’intrusion et des fraudes numériques, parfois coûteuses pour les économies.
Ouvrant les travaux, le ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Léon Juste Ibombo, rappelle que « la sécurité numérique n’est plus seulement technique ; elle touche désormais la souveraineté et la dignité continentales ». Selon lui, l’Afrique doit produire, maîtriser et exporter ses propres briques technologiques.
Innovation et souveraineté cyber au cœur des débats
L’Institut national de sécurité des systèmes d’information, bras technique de l’État, coordonne les panels tandis que la startup congolaise Skytech-Congo, initiatrice du forum depuis 2021, assure la logistique. Une manière de montrer qu’un partenariat public-privé peut rapidement prendre forme autour d’objectifs communs de défense numérique.
Les organisateurs attendent experts, magistrats, forces publiques, centres de recherche, bailleurs ainsi qu’un large contingent de startups venues rivaliser d’ingéniosité. La diversité des profils, expliquent-ils, garantit des échanges concrets, allant de la cryptographie souveraine à la protection des données de santé, particulièrement sensibles.
Au registre de la parité, l’initiative Kongo Cyber Women mettra en lumière des entrepreneuses qui conçoivent pare-feu, plateformes de sensibilisation et programmes de formation. « Notre rôle est de prouver que la cybersécurité n’est pas réservée aux informaticiens masculins », confie Nadège Makosso, développeuse basée à Pointe-Noire.
Le forum servira aussi de caisse de résonance aux progrès déjà accomplis au Congo, notamment l’opérationnalisation de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information, la construction du Data Center national et la mise sur pied du Centre africain de recherche en intelligence artificielle, soutenus par le président Denis Sassou Nguesso.
Un écosystème congolais mobilisé
Ces chantiers structurants visent à renforcer la résilience des infrastructures critiques, à stocker localement les données stratégiques et à former une nouvelle génération d’ingénieurs africains. Le ministre Ibombo insiste sur l’enjeu de « garder le contrôle sur la ressource informationnelle », devenue comparable au pétrole du siècle passé.
Sur le volet partenarial, l’Alliance Smart Africa, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, Genew Technology ou encore École 21 ont confirmé leur participation. Chacun présentera financements, outils méthodologiques ou programmes d’accélération préparés pour accompagner les entrepreneurs du bassin du Congo et, plus largement, d’Afrique centrale.
Les ateliers techniques aborderont la détection proactive des attaques, la gouvernance des identités numériques et la souveraineté des chaînes d’approvisionnement matérielles. Des cas pratiques, tirés d’intrusions repérées au sein de banques régionales, permettront de confronter cadres juridiques, procédures opérationnelles et réalités de terrain.
Une attention particulière sera portée aux administrations publiques, souvent ciblées par des logiciels de rançon. Les directeurs informatiques de plusieurs ministères partageront le retour d’expérience du déploiement d’une messagerie gouvernementale chiffrée, projet pilote présenté l’an dernier lors du sommet numérique d’Oyo.
Clou du programme, les Brazza Cyber Security Awards primeront les meilleures innovations. Parmi les critères retenus : impact social, robustesse technique et potentiel d’exportation. Pour les lauréats, la récompense va au-delà du trophée symbolique, puisque des fonds d’amorçage et un accompagnement juridique seront proposés.
Une ambition régionale durable
En coulisses, investisseurs locaux et fonds de capital-risque étrangers multiplient déjà les prises de rendez-vous. Plusieurs d’entre eux estiment que la cybersécurité africaine représentera un marché de huit milliards de dollars d’ici 2030, porté par la généralisation du mobile-money et des administrations en ligne.
Sur le front académique, l’université Marien-Ngouabi présentera un master en audit et réponse numérique, conçu avec l’ANSSI. Les premiers étudiants, une trentaine, suivront trois mois de stages encadrés par la gendarmerie nationale pour apprendre à collecter, préserver et analyser les preuves électroniques sans les altérer.
Les magistrats attendus prendront part à une session dédiée au cyberdroit. L’objectif est d’harmoniser les procédures pénales dans la sous-région : conservation des journaux de connexion, coopération transfrontalière et indemnisation des victimes. Plusieurs procureurs saluent déjà un « dialogue rare entre juristes et ingénieurs ».
À la fin des deux jours, un livre blanc proposera treize recommandations, dont la création d’un indice de confiance numérique régional et l’extension du réseau de points d’échange internet pour réduire la latence. Le document sera transmis aux ministères compétents et aux partenaires techniques.
Entre réflexions, démonstrations et signatures de partenariats, le Forum Brazza Cyber Security 2025 s’annonce comme un jalon décisif vers une Afrique centrale capable de défendre ses actifs stratégiques. « La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se bâtit pas à pas », résume un expert sénégalais invité.
Les regards se tourneront donc vers Brazzaville fin novembre pour mesurer la capacité collective à transformer déclarations et prototypes en solutions opérationnelles, susceptibles de hisser la sous-région parmi les pôles mondiaux de la cybersécurité responsable.
