Un site stratégique à Bambou Mingali
Bambou Mingali, hameau verdoyant d’Ignié, est devenu l’épicentre d’un projet inédit. Depuis la visite du ministre Paul Valentin Ngobo, la campagne bruisse d’une même question : jusqu’où ira le nouveau pôle avicole annoncé.
Implanté sur plus de 200 hectares, le site rassemble un couvoir haut volume, deux fermes nommées Bambou 1 et Bambou 2, ainsi qu’un abattoir capable de traiter 10 000 volailles quotidiennes, soit l’équivalent des besoins journaliers de plusieurs supermarchés brazzavillois.
Pour le ministre, cette concentration d’outils industriels simplifie la logistique et réduit les coûts. « Nous voulons rapprocher l’éleveur du marché », résume-t-il devant un parterre d’opérateurs séduits.
Les autorités locales, menées par le préfet d’Ignié, promettent d’améliorer la route départementale reliant Bambou Mingali à la nationale 1, afin d’écourter le transport des aliments et des volailles.
Capacité industrielle et autonomie nationale
Jusqu’ici, la majorité des poussins de chair arrivaient d’Europe ou d’Asie, grevant les devises et allongeant les délais de livraison. Le couvoir de Bambou Mingali change la donne en garantissant l’éclosion locale de 600 000 œufs par mois.
Chaque cycle d’élevage, d’une durée de 45 jours, pourra démarrer avec 120 000 sujets, contre 20 000 auparavant. Selon les techniciens du ministère, cette progression multiplique par six le potentiel annuel de production de poulets prêts à consommer.
La modernité de l’abattoir, équipé de chaînes automatiques, répond aux normes sanitaires régionales. Des vétérinaires resteront sur place pour inspecter chaque lot avant commercialisation, évitant les ruptures d’approvisionnement observées lors des dernières épidémies aviaires.
Pour les distributeurs, l’intérêt est évident : un poulet congolais parcourra moins de 80 kilomètres avant d’atteindre les étals de Brazzaville, contre plusieurs milliers par avion lorsqu’il était importé congelé.
À moyen terme, les responsables évoquent la possibilité d’exporter les excédents vers la République centrafricaine et le Gabon. Des discussions préliminaires ont été engagées avec la Cémac pour harmoniser les certifications vétérinaires et faciliter la circulation des cargaisons réfrigérées.
Un modèle intégré pour sécuriser les investissements
Le dispositif imaginé par le gouvernement veut rassurer les porteurs de projets. Les éleveurs sans capitaux lourds pourront louer des bâtiments aux normes, acheter les poussins sur place et bénéficier d’un abattoir mutualisé, limitant ainsi leurs frais fixes.
« Plus il y aura d’acteurs, plus le prix final baissera », assure un technicien rencontré sur le chantier. L’approche s’inspire des zones agro-industrielles développées ces dernières années dans la sous-région.
Le ministère prévoit aussi un fonds de garantie spécifique pour la filière, afin de faciliter l’accès au crédit. Les banques locales, souvent frileuses envers l’élevage, disposeront ainsi d’une couverture partielle des risques liés aux fluctuations du marché.
Emplois et débouchés pour le département du Djoué Lefini
D’après la direction départementale du travail, 250 emplois directs seront créés dès la première année, notamment pour la manutention, l’alimentation des animaux et la maintenance des équipements. Les contrats viseront prioritairement les jeunes d’Ignié et des villages voisins.
Le maïs, ingrédient principal de l’aliment volaille, proviendra des plaines alentour. Les producteurs locaux y voient déjà une chance d’écouler leurs excédents. “Au lieu de laisser nos récoltes se perdre, nous aurons un acheteur régulier”, confie un cultivateur de Mbouambé.
Les restaurants scolaires et les cantines d’entreprise figurent parmi les futurs clients. Le ministère de l’Éducation a confirmé son intérêt pour des produits d’origine contrôlée, capables de soutenir le programme national de repas équilibrés lancé cette année.
En aval, la valorisation des plumes et des sous-produits carnés pourrait attirer des PME spécialisées, créant un écosystème complet autour de Bambou Mingali. Les autorités misent sur cet effet boule de neige pour ancrer durablement la filière.
Les prochaines étapes d’une filière en devenir
L’agenda gouvernemental prévoit l’installation d’une usine d’aliments composés d’ici deux ans. Produire localement les concentrés protéiques réduira encore la dépendance extérieure et stabilisera les coûts de production pour tous les élevages affiliés au pôle.
Un centre de formation pratique, soutenu par l’Institut supérieur d’agronomie, ouvrira en parallèle. Il dispensera des modules sur la biosécurité, la nutrition animale et la gestion commerciale, afin de professionnaliser l’ensemble de la chaîne.
Les autorités souhaitent également développer des contrats d’achat à prix plancher pour sécuriser les revenus des petits éleveurs. Ce mécanisme, déjà testé dans la filière manioc, doit garantir un volume régulier aux industriels sans pénaliser les marges.
Paul Valentin Ngobo, optimiste, souligne que le projet s’inscrit dans la vision présidentielle de substitution aux importations. « Nous voulons transformer chaque franc dépensé à l’étranger en emploi ici », rappelle-t-il lors d’un point presse.
Si les objectifs sont tenus, le Congo pourrait couvrir 70 % de sa consommation de poulet de chair dès 2026, selon les projections officielles. Les ménages verraient ainsi le coût du kilo reculer, tout en bénéficiant d’un produit plus frais.
En attendant, les équipes du ministère mèneront un suivi mensuel des indicateurs : mortalité en élevage, prix moyens en bout de chaîne et taux de satisfaction des consommateurs. Ces données guideront les ajustements budgétaires et techniques du pôle avicole.
