Le discours qui sonde passé et avenir
Le Palais des congrès de Brazzaville a retenu son souffle le 28 novembre lorsque le président Denis Sassou N’Guesso a livré son traditionnel discours sur l’état de la nation, face aux deux chambres réunies. Pendant plus d’une heure, le chef de l’État a déroulé soixante-sept ans d’histoire nationale.
Devant un hémicycle attentif, il a salué les succès politiques, économiques et sociaux engrangés depuis 1958, tout en reconnaissant les « épisodes successifs de violence » qui ont souvent freiné l’élan collectif. Le message, grave sans être alarmiste, a posé un diagnostic lucide sur le passé.
Un héritage de 67 ans
Rappelant la proclamation de la République, l’orateur a dressé la liste des soubresauts qui ont jalonné la construction nationale : insurrections de 1959, crises des années soixante, convulsions post-conférence de 1991 puis conflits armés des années quatre-vingt-dix.
« Nous avons vécu trop de drames. Assez ! » a-t-il martelé, soulignant l’urgence de transmettre cette mémoire aux nouvelles générations pour qu’aucune page ne soit occultée ou déformée. La formule a résonné comme un avertissement et une invitation à bâtir un avenir apaisé.
La mémoire collective comme boussole
Sous le dôme boisé de l’hémicycle, le président a longuement cité la Conférence nationale souveraine de 1991. Selon lui, ces assises, pourtant promises à la concorde, avaient laissé surgir « une furie verbale » qui déborda les idéaux du vivre-ensemble et ouvrit la porte à de nouveaux antagonismes.
Il a rappelé son propre avertissement d’alors : un système pluraliste n’engendre pas automatiquement la vertu, seule la responsabilité citoyenne le peut. Cette citation de 1991, replacée dans le contexte actuel, entend nourrir le débat sur la gouvernance démocratique sans rouvrir les blessures.
« Nous avons toujours ambitionné de faire de notre pays un havre de paix », a poursuivi Denis Sassou N’Guesso, insistant sur la cohésion comme condition première du progrès. Ce leitmotiv fait écho aux attentes populaires, particulièrement chez la jeunesse qui aspire au calme propice à l’emploi et à la création.
Des projets de société pour transformer le pays
Le président a ensuite décliné ses programmes successifs : La Nouvelle Espérance, Le Chemin d’avenir et La Marche vers le développement. Conçus dans la continuité, ils visent l’industrialisation, la modernisation des infrastructures et la diversification de l’économie, toujours sous le sceau de la stabilité.
Devant les parlementaires, il a insisté sur la nécessité de maintenir le cap des réformes budgétaires tout en protégeant le pouvoir d’achat. Le récent accord conclu avec les partenaires financiers internationaux, assure-t-il, offre une marge pour consolider les programmes sociaux et dynamiser les petites et moyennes entreprises.
Sécurité et cohésion au cœur de l’avenir
Abordant la question sécuritaire, il est revenu sur l’opération menée contre les violences urbaines qui ont choqué le pays ces derniers mois. Le traumatisme, dit-il, exige une réponse ferme : les patrouilles seront renforcées « jusqu’à la capture du dernier bandit ». Les applaudissements ont été nourris.
Pour les habitants de Brazzaville et Pointe-Noire, la mesure se traduit déjà par une présence policière accrue aux abords des marchés et des établissements scolaires. « On respire mieux », confie Mireille, commerçante à Moungali. Les élus locaux saluent un climat redevenu favorable aux activités quotidiennes.
Dans la même veine, le chef de l’État a rappelé que la consolidation de la paix passe aussi par l’inclusion sociale, l’emploi des jeunes et la protection de l’environnement. Il a appelé à un engagement collectif pour transformer la croissance en progrès partagé, notamment dans les quartiers périphériques.
Un agenda économique, culturel et vert
Sur le front économique, le chef de l’État a mis l’accent sur l’agro-industrie et le numérique, secteurs jugés capables d’absorber l’emploi jeune et de réduire les importations. Il a annoncé la finalisation prochaine de zones économiques spéciales dédiées à la transformation locale des matières premières.
La dimension culturelle n’a pas été oubliée. Brazzaville, capitale de la musique, ambitionne d’organiser en 2024 un festival panafricain revisité qui mettra en avant les talents locaux et renforcera l’attractivité touristique. Des partenariats public-privé sont à l’étude pour réhabiliter salles et infrastructures scéniques.
Au chapitre environnemental, le Congo réaffirme sa contribution à l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale et se présente comme « poumon vert » de la planète. Le discours a souligné la hausse des financements verts, destinés à soutenir les communautés riveraines et promouvoir les énergies renouvelables.
Un suivi continental est d’ailleurs attendu lors du prochain sommet climat, où Brazzaville défendra l’idée d’une valorisation financière des services écologiques rendus par son massif forestier. Cette démarche s’inscrit dans la feuille de route gouvernementale visant à allier croissance, préservation et responsabilité internationale.
Vers un consensus national renouvelé
En refermant sa copie, Denis Sassou N’Guesso a invité parlementaires et citoyens à « marcher d’un même pas » pour consolider les acquis et relever les défis. Entre mémoire assumée, volontarisme économique et priorité sécuritaire, le discours dessine une trajectoire qu’il présente comme celle du consensus national.
