Un appel historique au Parlement
Dans un Parlement réuni en Congrès, le président Denis Sassou N’Guesso a livré un message centré sur la jeunesse, appelant les Congolais de moins de 35 ans à « croire en leur propre talent » et à choisir l’auto-emploi comme moteur du développement national durable.
Proclamant 2024 « année de la jeunesse », le chef de l’État veut, selon ses mots, « renforcer la prise de conscience collective » autour de l’éducation, de la formation et de l’accès à l’emploi, trois défis qu’il juge indissociables du futur économique, social et culturel congolais.
Mais au-delà des déclarations, l’exécutif mise sur des dispositifs concrets pour transformer l’enthousiasme des jeunes porteurs d’idées en véritables activités productives, notamment grâce au Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement et au Fonds national d’appui à l’employabilité et à l’apprentissage, destinés à cette ambition gouvernementale.
Une ambition présidentielle clairement affichée
Lors de son allocution, le président a souligné que l’entrepreneuriat doit cesser d’être perçu comme un simple recours face au chômage pour devenir un choix assumé, créateur de valeur, d’emplois et de dignité pour celles et ceux qui osent franchir le pas dès aujourd’hui.
« L’auto-emploi représente l’horizon où chacun peut déployer son potentiel et contribuer à l’essor national », a-t-il affirmé, rappelant que l’État continuera d’accompagner les initiatives privées, tout en encourageant les collectivités et les partenaires à multiplier les cadres d’appui autour du conseil financier et logistique.
La vision s’appuie également sur les objectifs de développement durable, en particulier l’ODD 8 qui promeut un travail décent pour tous, un angle que le gouvernement souhaite davantage intégrer dans les politiques publiques et les programmes de soutien dédiés à la jeunesse à chaque étape.
Année de la jeunesse, un signal fort
La proclamation de 2024 comme année de la jeunesse se veut un accélérateur d’initiatives, en donnant plus de visibilité aux projets portés par des jeunes créateurs d’entreprises, d’associations ou de coopératives, et en fédérant administrations, écoles, bailleurs et secteur privé autour d’un agenda commun national.
Selon la présidence, des forums, des concours d’innovation et des campagnes d’information orientées vers les lycées et universités ponctueront l’année afin de stimuler l’esprit d’entreprise et d’éclairer les différentes étapes menant de l’idée à la formalisation d’une activité économique durable partout au Congo tout entier.
Cette mobilisation devrait également faciliter l’accès à l’information sur les mesures d’allègement fiscal déjà prévues pour les jeunes sociétés, un aspect fréquemment cité par les porteurs de projet comme un frein lorsqu’il demeure mal connu ou pas suffisamment vulgarisé dans les quartiers et zones rurales.
Fonction publique : 10 000 postes mais un virage attendu
Pour 2025, le chef de l’État a confirmé l’ouverture de 10 000 postes dans la fonction publique, une annonce saluée par les syndicats étudiants qui y voient une bouffée d’oxygène, sans pour autant occulter la réalité budgétaire et la nécessité de diversifier les opportunités professionnelles nationales.
« La fonction publique ne peut plus être l’unique réponse au chômage des jeunes », a-insisté Denis Sassou N’Guesso, invitant les diplômés à regarder au-delà des concours administratifs et à construire eux-mêmes des niches d’activité dans l’agriculture, les services ou le numérique, en toute confiance collective.
Cette orientation reflète l’évolution du marché du travail, où l’innovation et la flexibilité gagnent en importance, et où les micromarchés locaux peuvent désormais être connectés à de plus vastes circuits grâce au mobile money et aux plateformes digitales en plein essor au Congo urbain notamment.
Figa et Fonea, des leviers déjà opérationnels
Le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement, mieux connu sous l’acronyme Figa, a déjà formé 2 416 jeunes porteurs de projets dans 35 filières, dont 1 542 hommes et 874 femmes, chiffres mis en avant pour illustrer l’impact concret du dispositif sur le terrain depuis son lancement.
Parallèlement, 338 jeunes artisans ont bénéficié d’un accompagnement à la formalisation de leur activité, signe que l’appui ne se limite pas au montage d’un dossier mais se prolonge jusqu’à l’obtention des documents juridiques, bancaires et fiscaux indispensables au passage vers l’économie formelle, en toute sécurité.
Le Fonea, de son côté, continue d’offrir des formations qualifiantes en maçonnerie, plomberie, travail du bois et restauration, métiers très demandés dans les villes comme dans les zones en expansion, offrant aux bénéficiaires des compétences immédiatement valorisables sur les chantiers et dans les commerces locaux.
Jeunes entrepreneurs : attentes et espoirs
Dans les couloirs de l’université Marien-Ngouabi, plusieurs étudiants interrogés saluent la feuille de route gouvernementale et disent attendre désormais une simplification accrue des procédures administratives, souvent jugées longues, afin de réduire le délai entre la création de l’idée et l’obtention d’un premier financement indispensable rapidement.
Le ministère en charge des PME assure travailler sur un guichet numérique unique, tandis que les responsables du Figa estiment que l’ancrage territorial de leurs antennes à Brazzaville et Pointe-Noire constitue déjà un atout pour rapprocher les services des jeunes de tous les quartiers urbains.
Sur le terrain, l’enjeu reste donc de conjuguer formation, financement et accompagnement pour transformer l’élan présidentiel en succès tangibles, capables de générer des emplois durables et de dessiner une économie plus inclusive où la jeunesse joue pleinement son rôle de locomotive dans chaque département congolais.
