Un double ruban inaugural très attendu
Deux rubans coupés, deux régions soulagées. Le Président Denis Sassou-Nguesso s’est rendu, du 21 au 24 novembre, à Sibiti puis à Ouesso pour ouvrir les portes des hôpitaux généraux promis dans le cadre du Programme santé pour tous lancé en 2016.
Ces inaugurations marquent une étape majeure dans l’engagement présidentiel visant à doter chaque chef-lieu de département d’un établissement hospitalier conforme aux standards de l’Organisation mondiale de la santé, afin de rapprocher les soins spécialisés des familles.
Acclamé dans les rues poussiéreuses de Sibiti, le cortège officiel avançait au rythme des tam-tams. Sur les banderoles, on lisait « Merci Chef ! ». Les habitants, parfois venus de villages reculés, voyaient alors se concrétiser un espoir longtemps entretenu.
Trois jours plus tard, la capitale de la Sangha réservait un accueil tout aussi vibrant. Ouesso, point d’échanges avec le Cameroun voisin, dispose désormais d’un hôpital de référence susceptible de contenir les évacuations vers Brazzaville, coûteuses pour les ménages.
Des équipements alignés sur les normes de l’OMS
Édifiés sur cinq hectares chacun, les deux complexes affichent la même capacité de 235 lits, un chiffre calibré pour absorber la demande régionale sans saturer les plateaux techniques.
À Sibiti, quatre blocs opératoires et trois salles d’accouchement sont disposés autour d’une salle de césarienne sécurisée, le tout connecté directement à une banque de sang moderne et à une unité de néphrologie dotée de huit générateurs d’hémodialyse.
Ouesso réplique la même architecture, en y ajoutant un incinérateur électrique à haute température et un atelier de couture destiné au linge hospitalier, gages d’hygiène et d’autonomie logistique.
Les groupes électrogènes de 500 kVA installés à Sibiti, couplés à deux forages, sécurisent l’alimentation en eau et en électricité, une préoccupation souvent exprimée par les personnels soignants lors des visites préparatoires.
« Il fallait rompre avec le bricolage ; désormais, nous pouvons mener des chirurgies lourdes sans craindre les coupures », se réjouit le docteur Aimé Ndinga, membre de la première équipe médicale affectée sur place.
Formation et emplois locaux à la clé
Au lancement, 193 agents médicaux et non médicaux prennent leur service à Sibiti. À Ouesso, 141 professionnels, dont des ingénieurs biomédicaux formés à Brazzaville, complètent l’effectif. Une campagne de recrutement complémentaire reste ouverte pour les spécialités de radiologie et de kinésithérapie.
Le ministre de la Santé Gilbert Mokoki insiste sur le « transfert de compétences vers les régions ». Selon lui, chaque hôpital servira également de centre de stage pour les élèves infirmiers des instituts publics basés à Dolisie, Impfondo et Owando.
Dans les quartiers voisins, Mireille, vendeuse de légumes, anticipe un nouveau débouché : « Les familles accompagnant les malades auront besoin de repas rapides. J’ai déjà commandé un second réchaud ».
Au-delà des emplois directs, les prestataires régionaux de maintenance, de nettoyage ou de transport scolaire devraient profiter de contrats pluriannuels inscrits dans le budget de fonctionnement adopté par le conseil des ministres du 15 octobre.
Routes et électricité, leviers du désenclavement
Profitant de son déplacement, le Chef de l’État a mis sous tension la nouvelle ligne électrique reliant Boundji à Ewo. L’infrastructure, interconnectée au réseau national, garantit une desserte continue des zones rurales de la Cuvette-Ouest.
La route bitumée Boundji-Ewo, longue de 76 kilomètres, ouvre un corridor stratégique entre l’axe Ouesso-Brazzaville et les marchés frontaliers gabonais. Les transporteurs estiment que le temps de trajet vers Oyo sera raccourci de deux heures.
Cette pénétrante routière facilitera également l’approvisionnement des hôpitaux en oxygène et médicaments. « À terme, nous pourrons mutualiser les stocks entre Sibiti, Ewo et Owando », prévoit Émile Ouosso, ministre de l’Équipement et de l’Entretien routier.
Un maillage sanitaire national qui s’étoffe
Depuis 2016, six hôpitaux généraux ont déjà été remis aux populations, de Pointe-Noire à Owando. Avec Sibiti et Ouesso, la couverture atteint la moitié des douze départements.
Le ministre d’État Jean-Jacques Bouya a confirmé l’achèvement, en 2026, des chantiers d’Impfondo et de Kinkala. Les appels d’offres pour Madingou et Djambala sont, eux, en cours d’analyse technique.
Selon la Direction des infrastructures sanitaires, chaque nouvel hôpital fait économiser en moyenne 230 évacuations sanitaires lointaines par an, soit autant de dépenses réorientées vers le renforcement des plateaux techniques locaux.
Pour le président du conseil départemental de la Lékoumou, Jean-Christophe Tchikaya, l’enjeu est aussi social : « Une femme qui accouche sous lumière blanchie doit sentir que l’État est à ses côtés ». Les applaudissements ayant suivi sa phrase résument l’état d’esprit observé sur le terrain.
Les prochaines livraisons, associées au déploiement progressif de la CMU, devraient consolider un système de santé tourné vers la prévention et la prise en charge rapide des pathologies chroniques, ambition affichée dans le Plan national de développement 2022-2026.
Dans les deux localités, les associations de jeunes envisagent déjà des campagnes de don de sang et la création de jardins médicinaux pour soutenir les pharmacies hospitalières, preuve que la santé devient, peu à peu, une affaire communautaire.
