Port de Yoro : un pivot pour l’approvisionnement de Brazzaville
Le port fluvial de Yoro, situé dans le 6e arrondissement Talangaï, assure depuis des décennies l’arrivée du bois de chauffe et d’une part essentielle des marchandises destinées à Brazzaville. Sa position, en aval du Pool Malebo, en fait aussi un pivot pour les échanges régionaux.
La déclaration d’utilité publique en rappel
Le projet de modernisation s’inscrit dans le Programme régional d’amélioration des corridors de transport en Afrique centrale, le PRACAC. Dans ce cadre, l’État a déclaré le site d’utilité publique en juin 2023, ouvrant la voie aux acquisitions foncières.
Deux ans plus tard, le ministre d’État en charge des Affaires foncières, Pierre Mabiala, a rappelé que le calendrier respecte le délai légal de deux ans prévu entre la déclaration d’utilité publique et la prise d’arrêtés d’expropriation, gage selon lui de sécurité juridique pour les riverains.
Une expropriation encadrée par la loi
L’opération concerne environ quinze hectares répartis sur les quartiers Mpila-Yoro et Dragage. Quatre cent vingt personnes sont officiellement touchées : 419 ont opté pour une indemnisation financière, tandis qu’une seule a requis une compensation en nature, conformément aux dispositions du Code congolais de l’urbanisme.
Les parcelles ont été évaluées selon la grille tarifaire jointe à la loi de finances, prenant en compte la superficie, la qualité des constructions et l’emplacement. Cette méthode, a insisté le ministre, doit éviter les disparités et garantir une égalité de traitement entre tous les propriétaires.
Des indemnisations progressives et contrôlées
Le versement des compensations a débuté le 27 novembre 2025 à l’agence centrale de la Banque postale du Congo, au rond-point de la Grande Poste. Chaque jour, vingt à vingt-cinq bénéficiaires sont reçus sur convocation, un rythme jugé prudent pour prévenir les erreurs et la fraude.
Les expropriés doivent présenter pièce d’identité et documents de propriété avant la signature du reçu de paiement. « La transparence est notre priorité, aucun riverain ne sera lésé », a martelé Pierre Mabiala, qui entend publier régulièrement la liste des personnes déjà indemnisées pour lever tout soupçon.
Selon plusieurs habitants, la rapidité du traitement constitue un soulagement. Quelques-uns redoutaient des attentes prolongées, mais les premiers retraités affirment avoir perçu la somme fixée sans retenue. Les guichets s’ouvrent à huit heures et ferment dès que le quota quotidien est atteint, par souci d’équilibre budgétaire.
Des bénéfices attendus pour Talangaï et la capitale
Le futur port réaménagé comportera de nouveaux quais, des entrepôts modernisés et un terminal de suivi des cargaisons. Les ingénieurs du PRACAC estiment que la capacité de traitement pourrait doubler, passant de trois à six barges simultanées, réduisant ainsi les coûts logistiques pour les commerçants.
À l’échelle de la ville, le gouvernement table sur une baisse des prix de transport fluvial et un meilleur approvisionnement des marchés, particulièrement en période de hautes eaux où la route nationale est sous pression. Le chantier, lui, doit générer plusieurs centaines d’emplois temporaires et pérennes.
Pour Talangaï, arrondissement densément peuplé, les autorités espèrent un désenclavement progressif. L’amélioration des voiries d’accès au port figure dans le cahier des charges et pourrait faciliter la mobilité quotidienne des habitants, en lien avec les futures « Tours Jumelles », autre pièce maîtresse du projet urbain.
Suivi citoyen et garanties futures
Si la majorité des riverains salue la clarté du processus, certains leaders communautaires insistent sur la création d’un comité local de suivi pour traiter les éventuels litiges. « Nous voulons une ligne directe avec le maître d’ouvrage, afin de signaler vite toute anomalie », explique Jean-Marcel Loudila, habitant de Mpila.
Le ministère répond qu’un mécanisme de plainte est déjà prévu, adossé au guichet unique des grands travaux. Les requêtes devront être examinées sous quinze jours ouvrés. « La modernisation doit rester inclusive, sinon elle perd son sens », assure une source technique, évoquant la possibilité d’aménager des marchés relais.
Autre revendication récurrente : le relogement des familles vulnérables. Le gouvernement affirme avoir identifié plusieurs parcelles dans la périphérie nord, équipées en eau et en électricité. Toutefois, l’offre ne concerne que les cas extrêmes, la majorité des expropriés ayant exprimé le souhait de se réinstaller librement.
Les ONG locales, qui suivent les chantiers d’infrastructures depuis la construction de la corniche, recommandent enfin un rapport trimestriel public sur l’avancement des travaux, l’exécution budgétaire et le suivi environnemental. Elles estiment qu’un tel document renforcerait la confiance et permettrait aux ménages de mieux planifier leur avenir.
Pour l’heure, l’opération d’indemnisation se déroule sans heurts notables, et le calendrier général reste maintenu. Les premiers coups de pelle pour l’extension des quais sont annoncés pour le premier trimestre 2026. D’ici là, chaque versement d’indemnité sera scruté comme la meilleure garantie d’une transition réussie.
Le dossier Yoro illustre la volonté gouvernementale de concilier développement d’équipements structurants et respect des droits fonciers. Si cet équilibre est tenu jusqu’au bout, le port modernisé pourrait devenir un exemple de projet public accepté et porté par les populations, prémisse d’un nouveau visage pour Brazzaville.
