Coulisses d’un géant logistique ouvertes aux scolaires
À 7 heures tapantes, le portail du vaste atelier technique d’Africa Global Logistics à Pointe-Noire s’est ouvert sur un bruit métallique familier aux mécaniciens. Cinquante-quatre lycéens, badges fraîchement imprimés au cou, ont franchi le seuil, curieux de découvrir l’envers d’une chaîne de maintenance industrielle.
Ils sont issus de neuf établissements techniques et professionnels, du lycée Don Bosco au centre d’enseignement de Ngoyo, réunis par une Journée Portes Ouvertes imaginée pour rapprocher la théorie des salles de classe du terrain où s’affûtent compétences et gestes métiers.
L’initiative, soutenue par la direction générale d’AGL Congo, s’inscrit dans un programme plus large dédiant des ressources aux jeunes talents locaux, qu’il s’agisse de stages, d’alternance ou de bourses ciblées sur les filières industrielles en plein essor.
Sensibilisation HSE : la sécurité avant tout
Avant de toucher la moindre clé à molette, les visiteurs ont suivi une induction Hygiène-Sécurité-Environnement conduite par le responsable HSE du site, Jean-Marc Mabiala. Casques vissés, chaussures coquées et gilets fluorescents sont devenus la tenue réglementaire le temps de l’expérience.
« Ici, la sécurité est la première pièce de nos machines », a-t-il rappelé, dessinant sur un tableau blanc une pyramide des risques. Chaque groupe a ensuite signé la charte visiteurs, manière concrète d’ancrer la culture prévention chère au secteur logistique.
Découverte interactive des machines et des métiers
Guidés par des techniciens polyvalents, les lycéens ont découvert le bloc moteur d’une grue mobile, les bancs d’essai hydraulique et la salle de supervision numérique où s’affichent en temps réel la température des ponts roulants et les cycles d’entretien prévisionnel.
Les explications allaient au-delà des chiffres. Sur un palan démonté, un formateur montrait l’usure du câble, comparant la théorie des matériaux lue la veille en classe avec la pièce corrodée sous leurs yeux, provoquant un silence motivé.
« Voir en vrai le circuit hydraulique m’a fait comprendre pourquoi la pression se calcule en pascal », confie Ange, élève de terminale MEI, le regard encore fixé sur le manomètre clignotant au tableau de contrôle.
Enseignants conquis par la passerelle école-entreprise
Les enseignants, invités à accompagner leurs classes, examinaient également les fiches techniques. Bertin Constant Bouya, responsable de la délégation du lycée Don Bosco, saluait « une passerelle essentielle pour conforter l’apprentissage par projet que nous développons depuis trois ans ».
Dans le couloir menant à l’atelier carrosserie, Marie-Claire Mabounda, professeure de sciences de l’ingénieur, évoquait déjà la possibilité de confier des mini-projets de diagnostic à distance en partenariat avec le service maintenance. La direction technique d’AGL a noté l’idée avec intérêt.
Pour de nombreux pédagogues, le frein principal réside dans l’accès au matériel de dernière génération. L’ouverture régulière du site pourrait, selon eux, combler ce manque et nourrir une filière technique nationale dont l’économie congolaise a grand besoin.
Questions directes aux experts d’AGL Congo
Chaque groupe disposait d’un créneau de questions-réponses. Certains élèves s’interrogeaient sur les parcours requis pour devenir électromécanicien, d’autres sur les perspectives d’évolution au sein d’AGL, présent dans plusieurs pays africains et reconnu pour ses programmes de mobilité interne.
« Le savoir-faire n’exclut pas le savoir-être », a insisté Yann Picard, directeur technique et matériel. Il a rappelé que les recrutements privilégient les profils consciencieux, capables de respecter protocoles HSE et exigences qualité, gages de compétitivité pour la plateforme portuaire.
Les élèves ont aussi découvert les métiers annexes : ordonnancement des pièces, gestion de stock ou programmation des systèmes embarqués. Autant de débouchés parfois méconnus mais indispensables au bon fonctionnement de la logistique portuaire et à la création de valeur.
Place aux futures techniciennes congolaises
Parmi les visiteurs, un tiers étaient des jeunes filles, proportion inédite saluée par les équipes. AGL a d’ailleurs signé la charte nationale pour l’inclusion féminine dans l’industrie et propose des bourses spécifiques aux étudiantes en électrotechnique.
Sandrine Mavoungou, 17 ans, reconnaît qu’elle hésitait à s’orienter vers la mécanique : « Ici je vois des femmes au pupitre de contrôle, ça me rassure ». Son sourire résume l’impact de la journée sur la confiance des participantes.
Vers des emplois locaux et durables
Pointe-Noire concentre la majorité des activités pétrolières et logistiques du pays; l’entretien des équipements lourds reste donc stratégique. En facilitant la montée en compétence des jeunes, AGL participe à l’ancrage local des savoirs et à la réduction de la dépendance aux experts étrangers.
Plusieurs anciens stagiaires, aujourd’hui techniciens confirmés, sont venus témoigner. Jules Ndinga, recruté en 2019, se souvenait de son propre passage en terminale : « Je repars chaque soir fier de contribuer au développement de mon port et de mon pays ».
AGL consolide son engagement en 2025
L’entreprise a déjà programmé deux autres sessions d’immersion début 2025, l’une dédiée aux filières électriques, l’autre aux systèmes numériques. Parallèlement, un concours de mini-robots à énergie solaire, co-organisé avec le rectorat, récompensera les meilleures innovations scolaires.
En conclusion de la journée, les visiteurs sont repartis avec un kit pédagogique et un bon pour visiter, l’an prochain, le terminal portuaire géré par AGL. Une manière de prolonger l’aventure et de maintenir la flamme vocationale allumée.
