L’atelier de Brazzaville relance la dynamique
Sous la chaleur moite de fin novembre, l’hôtel Ledger Plaza a fait salle comble pour l’atelier de lancement du nouveau dispositif de suivi des droits de l’enfant. Autour des tables rondes, ministères, ONG et agences onusiennes ont échangé durant huit heures.
Le représentant adjoint de l’Unicef au Congo, James Mugaju, a ouvert les travaux par un message clair : « La coordination est la clef si nous voulons transformer les recommandations de Genève en réalités tangibles dans les quartiers ». L’assemblée a applaudi ce rappel pragmatique.
Un diagnostic partagé sur les vulnérabilités
Au Congo-Brazzaville, près d’un enfant sur deux vit une situation de vulnérabilité selon les derniers rapports conjoints du ministère des Affaires sociales et de l’Unicef. Le paludisme, la malnutrition et l’inégale répartition des écoles pèsent particulièrement sur les milieux ruraux et périurbains.
En décembre 2024, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a visité Brazzaville et Pointe-Noire avant de formuler des recommandations, qualifiées d’« opportunités stratégiques » par James Mugaju. Les experts ont mis l’accent sur la protection contre la violence, la justice juvénile et la santé reproductive.
Le défi d’un budget social lisible
La question budgétaire a dominé les débats. Plusieurs directeurs de programmes ont rappelé que seuls 4,2 % du budget national sont directement identifiables comme dépenses « enfance ». L’absence de lignes dédiées complique le suivi, notamment dans les districts où les ressources sont mutualisées avec d’autres priorités sociales.
Aimé Blaise Mitoumbi, directeur général du partenariat au développement, a reconnu des retards d’exécution affectant les cantines scolaires et la gratuité ciblée des soins pédiatriques. « Nous devons montrer où chaque franc est investi pour l’enfant », a-t-il déclaré, annonçant l’expérimentation d’un traçage budgétaire informatique.
Vers une coordination intersectorielle efficace
La coordination intersectorielle, longtemps évoquée sans base formelle, va désormais s’appuyer sur un groupe technique logé au ministère des Affaires sociales. Chaque ministère délègue un point focal, chargé de produire des rapports trimestriels et de centraliser les données sur la scolarisation, la santé et la protection judiciaire.
Christian Roch Mabiala, directeur général des affaires sociales, a salué cette avancée : « Les doublons administratifs seront réduits, et nous pourrons réagir plus vite face à une épidémie ou à un cas d’abus ». Il estime à douze mois le délai pour mesurer les premiers impacts.
Le nouveau mécanisme prévoit également une plateforme numérique, développée avec l’appui de l’Agence congolaise pour l’information, afin de visualiser les indicateurs en temps réel. Les ONG locales disposeront d’un accès sécurisé pour signaler, sous 48 heures, tout incident impliquant un mineur.
La voix des enfants et des communautés
Plusieurs adolescents membres du Parlement des enfants ont participé à l’atelier. En ateliers parallèles, ils ont rappelé l’importance de parler directement avec les jeunes sur la violence scolaire ou les grossesses précoces. « Nous avons des idées, pas seulement des besoins », a lancé la jeune députée Élise Makaya.
Les chefs traditionnels de la périphérie nord de Brazzaville ont, eux aussi, plaidé pour que les campagnes de sensibilisation soient traduites en langues locales. L’Unicef a pris note et prévoit de soutenir la production de spots radio en lingala et en kituba dès le premier trimestre 2025.
Priorités 2025 : cap sur les engagements internationaux
Sur la scène internationale, le Congo a déjà soumis son sixième rapport périodique à Genève. Les autorités visent désormais la présentation d’un plan d’action chiffré avant la fin 2025, afin de montrer les avancées et de préparer la prochaine revue prévue en 2028.
La Direction générale du budget travaille, avec le soutien de la Banque mondiale, à un module spécifique consacré aux dépenses pour l’enfance dans la plateforme e-Solde. Cette innovation devrait faciliter la ventilation par district et par sexe, un point jugé essentiel par les statisticiens.
Pour renforcer la capacité locale, trente-cinq agents sociaux et six magistrats recevront dès janvier une formation commune sur l’écoute de l’enfant. Le Centre national de formation judiciaire abritera ces sessions, financées par le partenariat bilatéral avec la France et la Coopération suisse.
Les partenaires techniques en première ligne
L’Unicef, l’OMS et le Programme alimentaire mondial ont confirmé la mise en place d’une équipe conjointe chargée de suivre les indicateurs nutritionnels dans dix districts pilotes. Ce suivi sera couplé à la distribution d’aliments fortifiés pour les enfants de moins de cinq ans.
La délégation de l’Union européenne, partenaire historique du secteur éducation, a salué l’orientation du projet vers des résultats mesurables. Son chef de coopération, Massimo Diana, a indiqué que des appuis budgétaires pourraient être envisagés si la transparence des données est garantie.
Un agenda de travail très attendu
Un calendrier de travail, couvrant les douze prochains mois, sera finalisé avant la mi-décembre. Il fixera des échéances claires pour la collecte de données, la mise à jour de la plateforme numérique et la présentation d’un premier rapport public sur l’état des droits de l’enfant.
À la sortie, les participants ont affiché un optimisme prudent. Tous s’accordent : si la coordination promise est respectée, le Congo pourrait franchir un pas décisif pour que chaque enfant, de Moungali à Oyo, puisse grandir protégé, soigné et éduqué.
