Cap sur le financement des petites entreprises
Obtenir un crédit d’investissement demeure souvent un parcours d’obstacles pour les petites entreprises congolaises. La signature, la semaine dernière, d’une facilité de 14,5 milliards de francs CFA entre la Société financière internationale et Bank of Africa-Congo change la donne, promettent les partenaires.
Cette enveloppe, équivalente à 21 millions d’euros, est entièrement destinée aux PME nationales, souvent jugées trop risquées par les grands réseaux bancaires. L’opération, saluée par les autorités économiques, s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de diversification, pilier du Plan national de développement 2022-2026.
Un accord inédit SFI-Bank of Africa
La filiale du groupe Banque mondiale intervient rarement en direct dans le financement de détail. « Nous voulions un relais présent dans tout le pays », explique un responsable de la SFI, convaincu que les douze agences de Bank of Africa pourront identifier rapidement les dossiers prometteurs.
Chez la banque partenaire, on souligne le caractère pionnier de la ligne. « C’est un mandat clair pour soutenir la croissance locale », explique un cadre. Les prêts, plafonnés à 50 millions de francs CFA par entreprise, couvriront l’achat d’équipements, le besoin en fonds de roulement et l’innovation.
L’accord prévoit également un volet d’assistance technique financé par la SFI. Des consultants accompagneront les entrepreneurs dans la construction de plans d’affaires, l’établissement de comptes fiables et la gestion des risques. L’objectif est d’améliorer le taux de remboursement tout en professionnalisant les structures bénéficiaires.
Des PME prêtes à accélérer
Ili-the Ongania, fondateur du Système d’observation et de reconnaissance aéroterrestre et maritime, suit le dossier avec attention. « Dans notre activité, le matériel représente 80 % des coûts. Un drone supplémentaire peut immédiatement élargir notre offre de cartographie », observe ce patron basé à Brazzaville.
Faute de garanties suffisantes, SORAM n’avait jusqu’ici obtenu que des crédits de courte durée, souvent inadaptés à l’achat d’équipements lourds. « Le financement à deux ans que propose la banque, même modeste, offre un véritable levier », se réjouit-il, évoquant déjà l’ouverture d’une antenne à Pointe-Noire.
La start-up agroalimentaire Glacy Congo partage cet enthousiasme. Spécialisée dans la transformation de mangues et d’ananas en sorbets, elle pâtit de coupures d’électricité chroniques. « Le prêt doit nous aider à installer des panneaux solaires et sécuriser la chaîne du froid », confie sa promotrice Christine Matondo.
Un focus sur l’entrepreneuriat féminin
Au moins 10 % de l’enveloppe est réservée aux entreprises dirigées par des femmes, une première au Congo selon Bank of Africa. La graphiste Francine Nzamba, à la tête de FN2 Plus, estime que cette clause « répond enfin au désir de visibilité des femmes cheffes d’entreprise ».
Le ministère en charge de la Promotion de la femme voit dans cette disposition un accélérateur d’inclusion. « L’accès au capital reste l’un des verrous majeurs », rappelle une conseillère. Avec 30 % d’entreprises formelles tenues par des femmes, le pays dispose d’un gisement entrepreneurial encore sous-exploité.
Pour anticiper la demande, Bank of Africa annonce la création de guichets dédiés, dotés de conseillers formés aux spécificités des activités artisanales, culturelles ou agricoles majoritairement portées par les femmes. Les premiers dossiers pourraient être débloqués dès la fin du trimestre, assure la direction.
Des taux jugés attractifs
Fixé autour de 10 %, le coût du crédit reste supérieur à celui observé dans certains marchés voisins, mais les intéressés se disent satisfaits. « Nous empruntions parfois à plus de 15 % auprès d’établissements de microfinance », rappelle un restaurateur de Talangaï ayant déposé son dossier.
La durée de remboursement de vingt-quatre mois a été définie pour coller au cycle d’exploitation des petites unités. La banque se dit toutefois ouverte à des rallonges sur présentation de factures ou de contrats fermes. La haute direction de la SFI suivra les indicateurs de performance trimestriels.
Le Comité de stabilité financière de la Banque centrale a donné son feu vert, estimant que le risque systémique restait maîtrisé. Les prêts seront comptabilisés hors plafond sectoriel grâce à une garantie partielle de la SFI, ce qui limite l’impact sur le ratio de solvabilité de la banque.
Un impact attendu sur la diversification économique
En 2022, les PME représentaient 40 % du PIB mais seulement 17 % des crédits bancaires, selon le Conseil national du patronat. En comblant une partie de ce déficit, l’initiative doit soutenir la création d’emplois locaux, réduire l’informel et stimuler l’innovation, soulignent les économistes consultés.
Les parties prenantes se fixent un horizon de deux ans pour évaluer l’effet multiplicateur du dispositif. Si les résultats sont probants, un second guichet pourrait être envisagé. Une perspective qui fait déjà espérer un cercle vertueux pour le tissu entrepreneurial congolais.
Un suivi numérique des prêts sera mis en place via une application mobile, développée par une start-up congolaise, permettant aux bénéficiaires de transmettre leurs états financiers en temps réel. Cette innovation devrait réduire le délai d’analyse et renforcer la transparence, insiste la cellule projet.
En marge de l’accord, la Chambre de commerce prépare une série d’ateliers gratuits sur la fiscalité simplifiée, le marketing digital et la propriété industrielle. « L’accès au crédit est une étape, mais il faut aussi savoir vendre et protéger son produit », rappelle le formateur Arnaud Mabiala.
