Une menace toujours actuelle
Chaque 1er décembre, la Journée mondiale de lutte contre le sida réunit gouvernements, associations et citoyens autour d’un même rappel : le virus ne disparaît pas parce que l’actualité change. La prévention, le dépistage et le traitement restent indispensables partout, y compris au Congo.
Les chiffres mondiaux publiés en 2024 demeurent parlants : 40,8 millions de personnes vivent avec le VIH et 1,3 million de nouvelles infections ont été recensées. Si les décès reculent, le rythme du progrès ralentit, signe que la vigilance collective s’effrite.
Des avancées remarquables sous traitement
Grâce aux thérapies antirétrovirales, le VIH n’est plus fatal lorsque le traitement est débuté à temps et poursuivi sans rupture. Les Nations unies rappellent que trois personnes sur quatre sous traitement atteignent aujourd’hui une charge virale indétectable, donc non transmissible.
Ce succès illustre la force de la science mais aussi la nécessité de financements durables. Après la pandémie de Covid-19, plusieurs bailleurs ont réorienté leurs budgets, compliquant l’approvisionnement en médicaments pour certains pays à revenu intermédiaire, catégorie à laquelle appartient le Congo.
Les défis spécifiques congolais
Avec une prévalence estimée à 3,2 % chez les adultes de 15 à 49 ans, la République du Congo fait face à l’une des épidémies les plus généralisées d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le virus touche toutes les couches sociales, même si l’exposition reste inégalement répartie.
Les données 2023 du Conseil national de lutte contre le VIH indiquent que 44 % des nouvelles infections surviennent parmi les populations clés et leurs partenaires. Par ailleurs, les adolescentes et jeunes femmes de 15 à 24 ans ont un risque deux fois plus élevé que leurs pairs masculins.
Au-delà de l’aspect médical, la stigmatisation persiste. Certains patients renoncent au dépistage par peur d’être discriminés, d’autres cachent leur statut et interrompent la thérapie. Ces ruptures favorisent les résistances médicamenteuses et alimentent la circulation du virus dans les familles et les quartiers.
Les experts alertent également sur l’insuffisance du dépistage précoce chez les enfants nés de mères séropositives, faute de tests adaptés à l’âge et de personnel formé.
Stratégies nationales en action
Pour inverser la tendance, le cadre stratégique national 2023-2027 met l’accent sur le triptyque dépistage, traitement, prévention. Il s’articule avec le Plan national de développement sanitaire 2022-2026 et s’aligne sur les Objectifs de développement durable 3, 4 et 5.
Le ministère de la Santé souligne qu’en 2023, 93 % des personnes dépistées positives – soit 38 098 citoyens – ont reçu une thérapie antirétrovirale. Le ratio s’approche des cibles internationales 95-95-95, signe que l’accès au traitement progresse malgré les contraintes budgétaires.
Briser la stigmatisation pour accélérer la prévention
La prochaine étape consiste à réduire les barrières sociales. Lors d’un atelier tenu à Brazzaville, la sociologue Clarisse Mabiala a rappelé que « le regard des autres reste le principal obstacle ». Selon elle, la sensibilisation doit associer leaders communautaires, artistes et influenceurs proches des jeunes urbains.
Des campagnes mobiles proposeront, dès 2025, des dépistages anonymes dans les marchés, gares routières et campus. L’objectif est double : toucher ceux qui échappent aux structures classiques et normaliser le test, au même titre qu’un contrôle de tension ou de diabète.
Voix de terrain
Au Centre de santé intégré de Talangaï, l’infirmier-major Jonas Mavoungou voit déjà l’impact : « Quand le dépistage vient à la porte des habitants, les files s’allongent. Ceux qui découvrent leur séropositivité tôt démarrent le traitement en confiance et restent sous suivi ».
Pour la jeune bénévole Nadège Ondongo, engagée dans une ONG de Pointe-Noire, l’enjeu est également économique : « Un adulte sous traitement stable peut travailler, subvenir à sa famille, cotiser. Investir dans les antirétroviraux revient moins cher que gérer les complications tardives ».
Innovation et partenariats à renforcer
L’arrivée de traitements injectables à longue durée d’action, administrés tous les deux mois, pourrait changer la donne pour les patients ayant du mal avec la prise quotidienne. Le Congo participe déjà à des discussions régionales pour sécuriser ces nouvelles molécules via des achats groupés.
Les partenariats entre secteur public, entreprises et agences onusiennes se consolident. Un nouvel accord avec le Fonds mondial prévoit un cofinancement progressif jusqu’en 2027, garantissant le stock de médicaments et soutenant la formation de 1 200 agents de santé communautaires supplémentaires.
Le numérique vient compléter l’arsenal. Une plateforme pilote, développée par des ingénieurs congolais, envoie des rappels SMS pour la prise de comprimés et facilite la télésurveillance des effets secondaires. Les premiers tests, menés sur 2 000 patients, montrent une adhésion thérapeutique en hausse de 15 %.
Vers 2030 : l’espoir mesuré
L’Objectif Onusida d’éradiquer l’épidémie d’ici 2030 semble atteignable si les tendances actuelles se confirment. Toutefois, toute rupture de financement ou de volonté politique pourrait inverser la courbe. Les intervenants insistent donc sur la nécessité d’wp-signup.php la lutte dans la durée.
Le 1er décembre n’est pas une simple commémoration ; c’est un fil rouge qui relie chercheurs, soignants, décideurs et citoyens. Maintenir l’élan, protéger les plus vulnérables et innover sans relâche demeurent la seule voie pour qu’un jour, le VIH ne soit plus qu’un souvenir.
