Une rentrée mouvementée à Talangaï
Sous un soleil matinal, plusieurs centaines d’élèves scrutent les murs partiellement abattus du CEG Angola Libre, à Talangaï. Cartables en main, ils cherchent leurs noms sur des listes froissées, témoins d’une mutation précipitée vers d’autres établissements décidée pour sécuriser la poursuite des cours.
Le ballet des adolescents alterne sourires et inquiétudes. Certains brandissent des fiches d’affectation comme sésame vers un nouveau campus, d’autres avouent n’avoir reçu aucune indication officielle. Cette disparité alimente l’impression de vivre une rentrée bis, loin des repères familiers forgés depuis la sixième.
Sur le terrain, le directeur, Gervais Sangou, multiplie les rappels à la vigilance. « Nous avons orienté près de 5 200 élèves, les listes sont affichées depuis jeudi », insiste-t-il, invitant chacun à consulter régulièrement les avis placardés sur les grillages du collège et des sites d’accueil.
La décision de délocaliser découle des travaux de réhabilitation engagés sur les bâtiments, dont un mur latéral menaçait de s’effondrer. Le chantier, conduit sous l’œil attentif du ministère de l’Enseignement, répond aux impératifs de sécurité fixés par les autorités de Brazzaville.
Deux pôles d’accueil pour absorber le flux
Pour garantir la continuité pédagogique, deux structures ont été retenues: l’école primaire Kongo dia Moukouba et le collège Auguste Bintsindou, distants de moins de trois kilomètres. Le choix, validé en concertation avec les directeurs, vise à limiter les trajets quotidiens des familles.
La Société nationale des pétroles du Congo a apporté une aide décisive. En un week-end, ses équipes ont élevé quatre salles de classe modulaires à Kongo dia Moukouba. Ces structures en panneaux métalliques et toits en tôle offrent lumière, ventilation et tableaux neufs, gommant provisoirement le manque de places.
À Auguste Bintsindou, le manque d’espaces libres a conduit à l’aménagement d’un système de double vacation. Les élèves originaires de l’établissement occupent les salles le matin; ceux d’Angola Libre y prennent place l’après-midi. La mesure devrait durer le temps des travaux, estimé à un trimestre.
Entre espoir et désorientation sur le trottoir
Dieuveil Miamonika, 13 ans, patiente devant le portail blanchi à la chaux. « On nous a dit de venir pour sept heures, mais tout est bouclé », souffle le collégien de cinquième. Le surveillant finit par expliquer la rotation horaire instaurée la veille, au grand soulagement des parents.
Plus loin, Venacia Koléla confie n’avoir aperçu aucun tableau d’affectation. Avec une poignée de camarades, elle traverse les rues adjacentes en quête d’informations. « On nous a simplement ordonné de rejoindre le directeur à Kongo dia Moukouba pour mieux comprendre », explique l’adolescente, visiblement agitée.
Les responsables reconnaissent que la communication aurait pu être plus fluide. Ils rappellent toutefois que des réunions ont été menées avec les représentants d’associations de parents d’élèves et que des messages radios précisant les sites d’accueil ont été diffusés tout le week-end sur les ondes locales.
SNPC et État, un partenariat pour l’école
Le directeur général adjoint de la SNPC, présent lors d’une visite technique, se félicite de cette mobilisation. « Investir dans l’éducation constitue un devoir citoyen », souligne-t-il, rappelant que l’entreprise nationale consacre chaque année une part de ses retombées pétrolières à des projets sociaux structurants.
Les autorités éducatives, elles, saluent un geste complémentaire aux efforts budgétaires de l’État. Selon un cadre du ministère, la modernisation de l’offre scolaire à Talangaï figure parmi les priorités du Plan national de développement 2022-2026, piloté par le gouvernement congolais.
En attendant, la mairie d’arrondissement annonce un appui logistique: mise à disposition d’un bus pour transporter les écoliers vivant le plus loin, sécurisation des abords routiers aux heures de pointe et installation de points d’eau temporaires devant les classes modulaires.
Cap sur un nouveau complexe scolaire
Le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation a déjà validé la construction d’un établissement flambant neuf sur le site historique d’Angola Libre. Les premiers coups de pioche sont attendus dès la fin de la saison des pluies, après les travaux préparatoires.
Le futur complexe comprendra douze salles, deux laboratoires scientifiques, une bibliothèque connectée et un plateau sportif de proximité. L’architecture intégrera des matériaux biosourcés pour réduire la chaleur et la facture énergétique, conformément à la stratégie nationale de transition écologique.
Pour Luce Sita, parent d’élève, cette perspective rassure. « Nos enfants apprennent mieux dans des conditions décentes. Nous remercions les pouvoirs publics d’avoir anticipé les risques », dit-elle, espérant un retour dans les locaux d’origine dès la prochaine rentrée.
D’ici là, le directeur Gervais Sangou assure un suivi hebdomadaire des effectifs pour prévenir tout décrochage. Il rappelle que les bulletins du premier trimestre seront harmonisés entre les deux sites, preuve que, malgré les gravas, l’école congolaise maintient son cap sur la réussite.
Les élèves, parfois éparpillés, convergent peu à peu vers leurs nouvelles salles. Entre la poussière des engins et les craies fraîchement distribuées, ils expérimentent la résilience, confiants que les efforts conjoints des autorités et des partenaires porteront bientôt leurs fruits.
