Une tirade présidentielle contre le tiers-monde
À Washington, Donald Trump a de nouveau tonné contre l’immigration, promettant de « suspendre définitivement l’accueil depuis tous les pays du tiers-monde » et focalisant sa colère sur la Somalie. Ses déclarations de mardi relancent un débat brûlant aux États-Unis.
Devant son cabinet, le président républicain a martelé qu’il « n’en veut pas dans notre pays », visant les réfugiés somaliens accusés, selon lui, de ne rien apporter à la société américaine. « Leur pays est pourri, et nous ne voulons pas d’eux », a-t-il lancé sans nuance.
La Somalie au cœur du scandale du Minnesota
Le scandale du Minnesota, où plus d’un milliard de dollars auraient été détournés via de fausses factures de services sociaux fictifs, sert d’appui au président. La justice soupçonne des Américains d’origine somalienne, un argument que Trump brandit pour justifier son tour de vis.
Gel d’immigration étendu à dix-neuf pays
Quelques heures plus tôt, le ministère de la Sécurité intérieure confirmait la suspension d’immigration pour dix-neuf pays considérés à haut risque. La mesure gèle cartes vertes et naturalisations, prolongeant le décret de juin qui interdisait l’entrée aux ressortissants de douze nations majoritairement pauvres ou en conflit.
Afghanistan, Libye, Yémen ou encore République du Congo figuraient sur la première liste. Ils sont rejoints par Burundi, Cuba, Laos ou Turkménistan. Si le texte vise prioritairement les candidats à l’asile et à la résidence, ses contours restent flous et devraient être précisés dans les jours à venir.
Burundi, Cuba, Venezuela: la nouvelle liste noire
Selon le même document, sept nouveaux pays rejoignent la liste initiale : Burundi, Cuba, Laos, Sierra Leone, Togo, Turkménistan et Venezuela. Les demandes de carte verte et de naturalisation provenant de ces États sont désormais interrompues, prolongeant un gel qui concernera des milliers de dossiers.
Outre la Somalie, la mesure vise toujours l’Afghanistan, la Birmanie, le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, Haïti, l’Iran, la Libye, le Soudan et le Yémen. Autant de nations qualifiées de « haut risque », une catégorie élargie depuis le décret de juin.
Kristi Noem en première ligne du discours dur
Dans la foulée, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a repris le ton présidentiel. Sur X, elle a proposé « une interdiction totale pour les ressortissants de chaque pays qui a inondé la nation de meurtriers, de sangsues et d’accros aux aides sociales ».
Cette sortie musclée conforte la stratégie électorale de Donald Trump, qui mise sur un discours sécuritaire destiné à rassurer la base conservatrice. L’ancien chef d’État a régulièrement fait de l’immigration un marqueur, jouant sur la crainte d’une dilution culturelle et sur les tensions identitaires.
Réactions croisées au Congrès et dans la rue
Au Congrès, les démocrates dénoncent des propos « extrêmes » et pointent une rhétorique susceptible de nourrir les violences. La députée du Minnesota Ilhan Omar, directement visée, a répliqué que « les mots du président ne changeront pas la vérité des contributions des communautés somaliennes ».
Côté républicain, plusieurs élus approuvent la suspension d’immigration, arguant qu’elle protège les budgets publics et la sécurité. Des observateurs notent toutefois que les États-Unis comptent déjà des procédures de sélection strictes, et que la fraude présumée au Minnesota implique aussi des citoyens américains.
Dans sa charge, Donald Trump a également visé la députée Ilhan Omar, qu’il a qualifiée d’« ordure » avant de l’inviter à « retourner d’où elle vient ». L’élue somalo-américaine, régulièrement prise pour cible depuis son entrée au Congrès, dénonce un discours qui alimente les menaces contre sa communauté.
Perspective africaine sur le verrou américain
Pour de nombreux pays africains, la nouvelle orientation de Washington rappelle la vulnérabilité des accords de mobilité. Une source diplomatique congolaise souligne que « le durcissement américain peut encourager certains États à plaider pour des voies légales et multilatérales, plutôt que de dépendre d’un seul partenaire ».
Au-delà des frontières américaines, le message envoie un signal dissuasif. Des ONG internationales rappellent que la plupart des réfugiés somaliens se trouvent déjà en Afrique de l’Est et que les filières légales vers les États-Unis demeurent marginales. La dernière salve verbale risque d’alimenter la stigmatisation.
Vers un débat migratoire de longue durée
Le chef républicain a toujours fait de la lutte contre l’immigration illégale son cheval de bataille, rappelle son entourage. Les observateurs estiment que ses attaques répétées visent à mobiliser une majorité blanche inquiète de perdre son influence politique et culturelle, un ressort électoral que le parti exploite depuis 2016.
Selon des responsables démocrates, ces attaques racialisées détournent l’attention des dossiers économiques et sanitaires. Ils défendent le rôle social et entrepreneurial des diasporas, estimant que la fraude présumée au Minnesota ne doit pas justifier une sanction collective.
Au terme de cette journée tendue, la Maison-Blanche campe sur sa volonté de filtrer davantage les entrées, tandis que les opposants appellent à protéger l’esprit d’ouverture jadis revendiqué par le pays. Entre impératif sécuritaire et valeurs d’accueil, le débat promet de s’enflammer encore.
