Un bond numérique pour les entrepreneurs congolais
Sous les applaudissements de partenaires et de diplomates, la ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Jacqueline Lydia Mikolo, a dévoilé à Brazzaville une plateforme qui promet de transformer la création d’entreprises en un simple parcours digital, accessible partout.
Depuis le 5 décembre, les futurs chefs d’entreprise peuvent remplir, signer et valider leurs statuts sans franchir le seuil du guichet unique. Deux entrepreneurs ont immédiatement testé le dispositif et bouclé leurs démarches en quelques minutes, preuve de la maturité technique annoncée.
Des formalités simplifiées et sécurisées
« Le paysage entrepreneurial congolais entre dans une nouvelle ère », a insisté la ministre, soulignant que l’outil abolit les files d’attente, réduit les coûts et rend les délais plus prévisibles, autant d’arguments salués par les organisations professionnelles présentes.
Le service s’adosse à l’Agence congolaise pour la création des entreprises. Son directeur général, Dieumerci Kibangou, voit dans cette digitalisation une étape stratégique pour accroître le classement du pays dans les indicateurs internationaux et soutenir la compétitivité locale.
Un centre d’appel pour guider les porteurs d’idées
Couplé à la plateforme, un centre d’appel gratuit joignable au 1730 a été activé. Des opérateurs répondent aux questions sur les formes juridiques, la fiscalité ou la protection sociale, offrant un accompagnement qui manquait souvent aux primo-entrepreneurs.
L’objectif affiché est de rapprocher davantage l’administration des citoyens. « Nous voulons que personne ne renonce à un projet faute d’information », souligne un conseiller du ministère, rappelant que chaque appel est enregistré pour améliorer en continu la qualité de service.
Protection des données et confiance des usagers
Consciente des craintes liées au numérique, Jacqueline Lydia Mikolo a assuré que la confidentialité constitue « un impératif absolu ». Les serveurs sont hébergés localement et disposent de protocoles de chiffrement respectant les standards de la Commission nationale de protection des données.
Les utilisateurs reçoivent un identifiant personnel et un certificat électronique pour signer leurs documents. Cette innovation, encore rare en Afrique centrale, garantit la traçabilité des opérations et limite les falsifications, un point apprécié par les banques et les investisseurs institutionnels.
Un axe fort : l’inclusion numérique nationale
Initialement disponible en français, la plateforme sera prochainement déclinée en lingala, kituba, sango et anglais. Le ministère veut ainsi réduire la fracture linguistique et favoriser l’égalité d’accès, notamment pour les jeunes des zones périphériques.
Cette démarche rejoint la stratégie gouvernementale d’e-gouvernement, qui vise à dématérialiser 80 % des actes administratifs d’ici 2025. Les PME, qui représentent plus de 90 % du tissu économique congolais, sont placées au cœur de cette ambition inclusive.
Synergies avec la finance numérique
Les concepteurs prévoient d’intégrer prochainement le paiement des frais via portefeuille mobile et carte bancaire. Cette option, déjà testée auprès de deux opérateurs télécoms, permettra de finaliser la création d’entreprise sans passer par un guichet bancaire ou signature manuelle papier.
Premiers retours terrain et témoignages
Pour Clémence, créatrice d’une start-up agroalimentaire, « la rapidité est bluffante : j’ai économisé deux journées de transport ». Même enthousiasme chez Yves, consultant comptable, qui envisage déjà d’accompagner ses clients à distance pour boucler leurs statuts.
Les chambres de commerce, contactées après la cérémonie, saluent un outil susceptible de réduire l’informel. Elles estiment toutefois indispensable d’intensifier les formations numériques afin que les entrepreneurs ruraux maîtrisent la connexion, la numérisation des pièces et le paiement mobile.
Un pas de plus vers un climat des affaires dynamique
Brazzaville ambitionne de faire du numérique un catalyseur de croissance. En simplifiant l’acte de naissance de l’entreprise, le gouvernement espère encourager l’investissement national et attirer des capitaux étrangers, gages de création d’emplois et de diversification économique.
La ministre a profité du lancement pour remettre un trophée symbolique à l’entrepreneur ayant créé la 5 000ᵉ société enregistrée au Congo, signe que la culture de l’entreprise gagne du terrain et que les réformes portent déjà leurs fruits.
Les autorités rappellent que la plateforme et le 1730 résultent d’une collaboration inter-ministérielle, mobilisant Télécommunications, Finances et Justice. Cette synergie illustre la volonté politique de placer le service public au diapason des attentes d’une jeunesse connectée.
À court terme, des passerelles seront ouvertes avec la Caisse nationale de sécurité sociale et les centres fiscaux pour automatiser l’attribution des numéros uniques. Les développeurs planchent aussi sur un tableau de bord permettant aux décideurs de suivre les indicateurs en temps réel.
Experts et observateurs estiment que la clé du succès résidera dans la stabilité du réseau et la sensibilisation continue. Des sessions de vulgarisation sont déjà prévues dans les universités, les incubateurs et les maisons de jeunes, avec le soutien de partenaires internationaux.
En attendant, la première connexion se fait sans encombre et les encouragements se multiplient sur les réseaux sociaux. Pour beaucoup, créer son entreprise d’un clic n’est plus un rêve, mais la preuve concrète qu’un Congo numérique se construit pas à pas.
