Colère contenue devant l’atelier central
Lundi 4 décembre, la cour de l’atelier central de la Société des transports publics urbains, quartier Moungali à Brazzaville, a bruissé de slogans calmes mais déterminés. Une centaine d’agents, brassards verts au bras, ont lu une déclaration portée par le Collectif des syndicats de transporteurs du Congo.
Ils réclament en priorité le renouvellement d’un parc automobile vieillissant, composé d’autobus acquis pour la plupart il y a plus de dix ans. « Nous voulons offrir des bus sûrs à nos passagers et travailler dans la dignité », a résumé Florent Ondongo, porte-parole du collectif.
Moderniser la flotte, un enjeu économique
Selon la direction, la STPU exploite aujourd’hui environ 85 véhicules, mais moins de la moitié sort quotidiennement des dépôts en raison de pannes mécaniques ou d’un manque de pièces de rechange. Cette situation réduit la fréquence des dessertes et impacte les recettes.
Les syndicats estiment qu’un bus immobilisé coûte chaque jour près de 120 000 francs CFA en manque à gagner, sans compter l’impact sur les usagers contraints d’attendre ou de se tourner vers des taxis plus onéreux. Pour eux, investir rapidement générerait des retombées positives.
Cinq mois de salaires en attente
Autre grief majeur, le paiement des salaires. D’après le communiqué syndical, cinq mois restent dus malgré les efforts déjà consentis pour éponger des arriérés plus anciens. Certains conducteurs affirment n’avoir touché qu’une avance partielle depuis septembre.
La direction assure toutefois qu’un plan de trésorerie a été validé avec le ministère des Finances pour solder progressivement ces arriérés. « Les fonds sont programmés, nous attendons juste le décaissement », confie une source interne, prudente mais optimiste.
Loi 48-2024, un cadre attendu
Adoptée le 30 décembre 2024, la loi 48-2024 relève l’âge de départ à la retraite de 60 à 62 ans pour les travailleurs régis par le code du travail. Les agents de la STPU demandent son application, notamment pour recalculer leurs droits et sécuriser leurs pensions.
Le texte prévoit un dispositif de transition pour les salariés proches du seuil, avec une bonification des trimestres déjà accomplis. « Nous voulons simplement connaître notre situation exacte, afin de partir en toute sérénité le moment venu », souligne Mireille Mouyabi, contrôleuse depuis vingt-six ans.
Cotisations sociales et couverture santé
Les manifestants réclament également la clarification des cotisations versées à la Caisse nationale de sécurité sociale. Plusieurs d’entre eux disent avoir découvert des manques sur leurs relevés individuels, ce qui pourrait pénaliser le calcul futur des pensions.
Sur le volet médical, le règlement interne garantit la prise en charge des soins primaires et des accidents du travail. Les syndicats demandent une mise à jour immédiate de la carte d’assuré afin d’éviter des avances de frais devenues difficiles pour certains foyers.
Une enquête parlementaire sollicitée
En filigrane, les travailleurs pointent la gestion globale de la société depuis la reprise d’activité officielle le 11 août 2025, après une période de suspension liée à la pandémie. Ils appellent donc les députés à ouvrir une enquête parlementaire pour dresser un bilan objectif.
L’objectif d’un tel audit serait de repérer les goulots d’étranglement, de proposer des pistes de rationalisation budgétaire et d’identifier de nouveaux modèles de partenariat public-privé, déjà expérimentés dans d’autres capitales africaines, afin de consolider durablement le service.
Voix de la tutelle et perspectives
Contacté, le ministère en charge des Transports rappelle que le gouvernement a inscrit la modernisation du transport urbain parmi les priorités du Plan national de développement 2022-2026. Une enveloppe dédiée à l’acquisition de bus neufs figure dans la programmation budgétaire de l’exercice en cours.
« Il s’agit d’un processus par étapes. Les spécifications techniques et les modalités de financement sont déjà arbitrées », assure un conseiller du ministre qui confirme la tenue prochaine d’un appel d’offres international. Les représentants du personnel seront associés aux différentes phases.
Pour les usagers, l’enjeu est concret : réduire le temps d’attente, sécuriser les trajets et conserver un tarif social accessible. Dans les stations de Poto-Poto ou de Talangaï, on espère surtout voir plus de bus climatisés avant la prochaine saison des pluies.
Calendrier de dialogue social
Une rencontre bipartite devrait intervenir la semaine prochaine entre la direction générale, le bureau du CSTCC et l’Inspection du travail. Les parties doivent y discuter d’un chronogramme précis pour le paiement des salaires et la constitution d’un comité de suivi du renouvellement de flotte.
« Nous sommes ouverts au dialogue, mais nous avons besoin de signaux rapides », répète le délégué Florent Ondongo qui souligne la responsabilité partagée de tous les acteurs. Un nouvel assemblage de bus attend déjà au port de Pointe-Noire ; son dédouanement serait imminent.
L’opinion suit donc avec attention ce dossier au cœur de la mobilité urbaine. Entre exigences syndicales, contraintes budgétaires et volontarisme gouvernemental, les prochaines semaines s’annoncent décisives pour dessiner le futur visage du transport collectif brazzavillois.
