Un atelier national pour clarifier la vision
Dans la salle baignée de lumière du ministère à Mpila, une quarantaine d’acteurs touristiques, chefs de villages et entrepreneurs ont planché, le 5 décembre, sur le même objectif: faire du tourisme communautaire un levier durable pour l’économie des terroirs congolais.
La ministre de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des loisirs, Marie-France Lydie Hélène Pongault, a ouvert l’atelier en rappelant la vocation patrimoniale de cette approche qui « rend lisible la singularité culturelle de nos territoires ».
Pour la haute responsable, les communautés détiennent un « patrimoine vivant, un imaginaire, un savoir-faire et une mémoire » capables d’attirer les visiteurs tout en inspirant fierté et emplois aux habitants.
Devant l’assemblée, elle a insisté sur la « participation active des populations » afin de garantir l’authenticité des pratiques présentées aux touristes et d’éviter toute folklorisation artificielle.
Sous le regard des délégués venus de Pointe-Noire, de la Cuvette ou du Pool, le conseiller à l’Hôtellerie, Armand Pongault, a décrit un « modèle de développement social, économique et culturel » où chaque village devient une vitrine du Congo, terre de paix.
Des atouts culturels vivants à valoriser
Sur le terrain, plusieurs initiatives pilotes montrent déjà le potentiel. À Mâ Ndombe, les pêcheurs guident les visiteurs lors de sorties matinales sur le fleuve, tandis que les femmes transforment le manioc en foufou devant un public curieux et respectueux.
À Makoua, un circuit botanique, balisé avec l’aide du ministère de l’Environnement, permet d’observer les essences médicinales traditionnelles. Le projet génère des revenus complémentaires pour le comité villageois chargé de la surveillance de la forêt.
Ces expériences, régulièrement relayées sur les réseaux sociaux, stimulent un intérêt croissant des jeunes citadins de Brazzaville pour des escapades responsables, moins onéreuses que les séjours balnéaires à l’étranger.
Un cadre méthodologique en préparation
Le gouvernement, soucieux d’encadrer cette demande, veut harmoniser les prochaines démarches. L’atelier de décembre marque ainsi, selon la ministre, « l’amorce d’un cadre méthodologique cohérent pour l’ensemble du territoire national ».
Concrètement, des guides pratiques décriront bientôt les étapes de labellisation, la répartition des recettes, la formation des accueillants et les exigences environnementales. Chaque préfecture disposera d’un comité chargé de valider les projets sur base de critères communs.
Ce cadre national plaît aux tour-opérateurs locaux, souvent confrontés à une absence de standards. « Un référentiel clair rassurera nos partenaires étrangers et facilitera l’accès au financement », explique José Nzila, directeur d’une agence à Pointe-Noire.
Les bailleurs internationaux observent, eux aussi, cette dynamique. La Banque mondiale soutient déjà un programme d’amélioration des pistes rurales desservant les sites touristiques prioritaires, tandis que l’AFD étudie un guichet dédié aux hébergements écologiques.
Des bénéfices tangibles pour les communautés
Au-delà des infrastructures, la réussite passe par la montée en compétence des communautés. L’École hôtelière de Brazzaville, en partenariat avec l’Unesco, prépare une filière courte consacrée à l’accueil rural, ouverte aux candidats sans diplôme.
Bénédicte Mabiala, formatrice, résume l’enjeu: « Il ne suffit pas de savoir cuisiner le saka-saka; il faut aussi apprendre à fixer un prix juste, saluer dans plusieurs langues et présenter notre histoire sans déformation ».
Les retombées économiques, bien que modestes pour l’instant, motivent déjà les villages pilotes. À Onyanga, la location de cases traditionnelles rapporte environ cent mille francs CFA par mois, somme réinvestie dans la réparation du puits d’eau potable.
Dans la réserve de Tchimpounga, les communautés perçoivent une part des droits d’entrée versés par les visiteurs venus observer les chimpanzés. Cet apport finance les uniformes scolaires et réduit la pression sur la chasse de subsistance.
Les experts saluent un cercle vertueux. « Quand les habitants voient la valeur économique de la biodiversité, ils deviennent ses premiers gardiens », souligne le biologiste Richard Okouya, membre du Conseil national du tourisme.
L’élan numérique et la diaspora en renfort
D’ici deux ans, le ministère souhaite que chaque département dispose d’au moins trois sites communautaires référencés. Un calendrier précis sera présenté au premier trimestre, avec des étapes de suivi semestriel.
Pour Marie-France Pongault, « le tourisme communautaire n’est pas une mode, c’est l’avenir d’un développement respectueux de nos identités ». Elle affirme que les indicateurs sociaux guideront l’action autant que les données de fréquentation.
En attendant la prochaine saison touristique, les artisans peaufinent déjà leurs créations en raphia et les conteurs répètent les légendes qui feront voyager les visiteurs sans quitter la cour du village.
Les spécialistes du numérique encouragent les villages à raconter leur histoire en ligne. Une campagne en partenariat avec la plateforme nationale VisitCongo.rf mettra en avant des vidéos courtes filmées par les habitants eux-mêmes, diffusées sur TikTok et Facebook pour toucher la diaspora.
Selon l’analyste marketing Sylvie Malonga, « la diaspora constitue un relais d’influence majeur : lorsqu’un Congolais installé à Paris partage une expérience positive, il crédibilise la destination et génère des visites familiales, puis des flux touristiques classiques ».
