Opération de salubrité relancée à Brazzaville
À Brazzaville, l’image des trottoirs congestionnés par des étals et des charrettes semblait devenue une fatalité. En décembre, le ministre de l’Assainissement urbain, Juste Désiré Mondélé, a relancé une opération musclée de libération des espaces publics.
Accompagné de policiers, il a sillonné l’avenue de la Paix, l’avenue de l’OUA et le marché Bernard Kolélas, trois points désormais symboliques du combat contre l’occupation anarchique et la prolifération de kiosques sauvages.
Le geste se veut ferme mais pédagogique : montrer que la loi protège le bien commun tout en rappelant aux vendeurs les risques sanitaires et sécuritaires associés à des installations précaires au bord de la chaussée.
Artères libérées : premières réactions positives
Dans les quartiers populaires, le résultat ne s’est pas fait attendre : plusieurs artères se dégagent, la circulation redevient fluide et les piétons reprennent la place qu’ils avaient cédée aux échoppes.
« Nous remercions le ministre pour ses initiatives », confie Rostand Gomath, habitant de Poto-Poto, en observant un trottoir dégagé. « C’est aussi une question de sécurité. Un étal au ras du bitume reste exposé aux accidents », insiste-t-il.
À Bacongo, même satisfaction. Les riverains du marché Bernard Kolélas voient enfin la façade monumentale de l’édifice, longtemps masquée par des bâches colorées, réapparaître comme un rappel des efforts publics d’aménagement.
Pour les autorités municipales, cette embellie reste fragile. Les vendeurs ambulants, motivés par la proximité de la clientèle, reviennent parfois dès la tombée de la nuit, reconstituant progressivement les alignements illégaux.
Des défis économiques et réglementaires persistants
La persistance du phénomène s’explique d’abord par l’équation économique. Louer un étal couvert dans un marché domanial représente un coût que certains petits commerçants ne peuvent honorer régulièrement.
Le ministre Juste Désiré Mondélé en est conscient. « Il ne suffit pas de retirer une caisse mobile money ou un parasol, il faut offrir des alternatives viables », a-t-il rappelé lors de la dernière descente.
Dès juillet, son département avait initié une campagne de sensibilisation auprès des mairies d’arrondissements pour vulgariser la réglementation et encourager la réaffectation des plateaux de marché encore disponibles.
Les organisations de commerçants saluent la démarche mais réclament un accompagnement financier, notamment sous forme de microcrédits ou d’étalements de redevances, afin de faciliter la transition des vendeurs de rue vers les espaces formels.
Un accompagnement progressif pour les commerçants
Sur le terrain, quelques innovations sont déjà testées. À Poto-Poto, la mairie propose un tarif journalier modulable pour les étals du rez-de-chaussée, permettant aux détaillants occasionnels de ne payer que les jours d’activité.
Une brigade mixte, associant police municipale et représentants de marché, assure par ailleurs un contrôle régulier afin de prévenir les retours spontanés sur les trottoirs, plutôt que d’intervenir uniquement lors d’opérations coup de poing.
Le sociologue Jean-Patrick Malonga estime que la constance de la présence étatique comptera plus que la force. « Quand la règle est claire et appliquée chaque matin, l’habitude s’ancre », souligne-t-il.
À Bacongo, Bertrand Bakala partage le diagnostic : « Sans accompagnement nous allons tourner en rond. Il faut un suivi, des ténors du ministère aux chefs de marchés ». Ses propos illustrent l’attente d’une politique sur la durée.
Le ministère dit travailler à un fonds d’appui aux petites activités commerciales afin d’aider les vendeurs désirant rejoindre les halles à financer l’achat de tables métalliques et la mise aux normes d’hygiène.
Vers une occupation durable de l’espace public
Au-delà des questions d’ordre public, l’opération vise également à embellir la capitale à l’approche des grands événements culturels et sportifs programmés pour l’année prochaine, vitrine internationale du Congo.
Les urbanistes rappellent que des trottoirs libres améliorent aussi la résilience climatique : infiltration de l’eau de pluie, réduction d’embouteillages donc de pollution, accès facilité aux services de collecte des ordures.
Dans cette perspective, les façades dégagées autour du marché Bernard Kolélas serviront de test. Une campagne de verdissement y est annoncée, avec la plantation de jeunes arbres et l’installation de bancs publics résistants.
Le succès dépendra de la coordination entre l’État, la municipalité, les comités de marché et les transporteurs, afin d’éviter que les camions de livraison n’occupent l’espace libéré.
Un comité de suivi, placé sous l’autorité du préfet de Brazzaville, se réunit désormais chaque mois pour évaluer les indicateurs : nombre d’étals déplacés, taux d’occupation des marchés, accidents de circulation et satisfaction des riverains.
Les premiers chiffres partagés indiquent que l’occupation des halles de Poto-Poto a progressé de 18 % depuis octobre, tandis que la police signale une baisse de 12 % des accrochages véhicules-piétons sur les axes ciblés.
Pour les vendeurs ayant quitté le bitume, le changement n’est pas seulement esthétique. L’abri, l’électricité et la sécurité nocturne des marchés couverts leur permettent d’élargir l’offre de produits frais sans crainte de détérioration.
Pour wp-signup.php cette dynamique dans la durée, autorités et commerçants misent sur un dialogue permanent et une présence quotidienne sur le terrain, afin de faire du trottoir propre un réflexe partagé.
