Une session très attendue à Impfondo
La grande salle du Tribunal de grande instance d’Impfondo a vibré le 4 décembre, au moment où le président de la Cour d’appel de Ouesso a ouvert la nouvelle session criminelle. Dans la ville, chacun sait que ces audiences déterminent le quotidien de nombreuses familles.
Au programme, seize dossiers, dont des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention, plusieurs affaires de viol et un meurtre. L’avocat Me Gabriel Ngoua, visiblement concentré, promet que « chaque affaire sera examinée avec rigueur et humanité ».
Le préfet de la Likouala, Jean Pascal Koumba, ainsi que des responsables civils et militaires ont assisté à la cérémonie. Leur présence marque la volonté des autorités de renforcer la confiance envers la justice, considérée comme un pilier essentiel de la paix sociale.
Des dossiers sensibles au menu
Premières affaires inscrites, plusieurs cas de violences intrafamiliales rappellent que les zones forestières ne sont pas épargnées par les drames intimes. Les juges devront démêler des témoignages souvent contradictoires, recueillis dans des villages isolés où l’accès à la preuve reste délicat.
Deux dossiers de viol, impliquant des victimes mineures, seront examinés à huis clos, conformément à la loi. « La protection de l’enfance guide chaque décision », souligne l’avocat général Vaudrich Itoua Lawagna, saluant l’engagement du gouvernement en faveur des droits des plus vulnérables.
Plus médiatisé encore, un cas de meurtre survenu l’an passé à Epena mobilise l’opinion. Les enquêteurs ont produit un volumineux dossier scientifique, rare dans la région. L’audience testera la robustesse de ces expertises médico-légales, soutenues par le programme national de modernisation de la justice.
Six nouveaux jurés au cœur des débats
Avant d’ouvrir les débats, six citoyens, tirés au sort sur les listes électorales, ont prêté serment. Leurs voix compléteront celles des magistrats professionnels pour statuer. À chaque verdict, leur intime conviction doit se conjuguer avec le strict respect de la loi.
À Impfondo, beaucoup saluent ce « regard neuf ». Pour Marceline Bateka, agent de santé, « le fait que des gens ordinaires participent renforce l’équité ». La formation express dispensée par la Cour leur rappelle toutefois qu’ils ne sont pas là pour juger selon leur cœur seulement.
Réduire les retards judiciaires
Cette session, la troisième en deux ans après celles de 2023 et 2025, s’inscrit dans la stratégie nationale de désengorgement des tribunaux. Les autorités judiciaires soulignent que le nombre de dossiers en attente à Impfondo a chuté d’un tiers depuis le lancement de ce plan.
Les moyens logistiques ont suivi. Le ministère de la Justice a doté la Cour d’appel de Ouesso de matériels informatiques et de véhicules tout-terrain. Ces investissements facilitent le transport des détenus, le déplacement des magistrats et la numérisation des archives, limitant les pertes de dossiers.
Le parquet a par ailleurs obtenu la mise à disposition d’un médecin légiste basé à Brazzaville, capable de se déplacer sous 48 heures en cas de besoin. Cette mutualisation des compétences renforce l’efficacité des enquêtes complexes.
À en croire le greffier en chef, la prochaine étape consistera à installer un système de visioconférence. Il permettra d’entendre des témoins éloignés « sans les faire voyager plusieurs jours sur le fleuve Oubangui », précise-t-il, convaincu que la justice gagnera encore en célérité.
Un impact social immédiat
Dans les rues sableuses d’Impfondo, l’ouverture de la session alimente les causeries. Les familles des parties civiles espèrent tourner la page. Les commerçants, eux, voient un afflux de visiteurs venu assister aux audiences, synonyme de meilleures ventes de nourriture et de petits services.
Les associations locales de défense des droits humains rappellent le rôle exemplaire joué par l’État dans l’accès au procès. « Le transport gratuit des victimes et des témoins depuis les villages est un progrès concret », note Benoît Banzila, coordinateur d’une ONG de sensibilisation juridique.
Sur le parvis du tribunal, nous croisons Franck, parent d’accusé, qui confie sa sérénité : « Je veux que tout soit clair, que la peine soit juste. Même si c’est dur, la justice nous aide à nous reconstruire. » Son espoir résonne dans bien des foyers.
Perspectives d’une justice de proximité
La session d’Impfondo illustre la volonté nationale d’amener la justice au plus près des citoyens. Dans un département aux vastes marécages, tenir des audiences régulières relève parfois de l’exploit logistique. L’engagement des magistrats et des forces publiques démontre que la mission demeure prioritaire.
Le gouvernement a annoncé poursuivre le recrutement de greffiers et de magistrats au cours de l’année prochaine, tout en élargissant la formation continue. Des partenariats avec des universités permettent déjà aux étudiants congolais de suivre des modules de droit pénal appliqué aux réalités locales.
À l’heure où la session s’ouvre, l’enjeu dépasse le simple traitement des affaires. Il s’agit de consolider l’État de droit et de garantir la paix civile dans une région frontalière stratégique. Chaque verdict attendu à Impfondo portera donc, à sa façon, un message d’équité nationale.
