Six semaines d’inaugurations
Du complexe scolaire flambant neuf de Talangaï à l’hôtel cinq-étoiles qui domine les rives du fleuve, les ciseaux présidentiels n’ont guère eu le temps de refroidir. En six semaines, Denis Sassou Nguesso a inauguré ou lancé dix-sept chantiers, réaffirmant une marque de fabrique vieille de quarante ans aux yeux nationaux.
La séquence, ouverte le 24 octobre et close le 2 décembre 2025, intervient après une période de retenue budgétaire marquée par la pandémie et un ratio d’endettement supérieur à 90 % du PIB. Beaucoup y voient le signe que la machine investissement repart enfin sous le regard attentif des partenaires internationaux financiers.
Un agenda millimétré
Le marathon présidentiel commence dans le 6ᵉ arrondissement de Brazzaville, devant les élèves du Complexe scolaire de la Liberté. Trois mille places, des laboratoires modernes, un terrain de sport : l’établissement est présenté comme une réponse immédiate à la pression démographique de la capitale et au besoin de qualité.
Quatre jours plus tard, cap sur Pointe-Noire pour l’Institut national de biologie et de veille sanitaire. « Un outil qui renforce notre souveraineté face aux crises épidémiques », assure le ministre Gilbert Mokoki sous les applaudissements des étudiants en médecine, visiblement impatients d’y effectuer leurs stages dès la rentrée prochaine.
Routes, électricité, hôtels : le maillage s’étend
Dans la Cuvette-Ouest, la route neuve Boundji-Ewo file désormais 76 kilomètres sans nid-de-poule. Les camions de manioc gagnent une heure, les taxis-brousse économisent du carburant. Simultanément, la ville d’Ewo est enfin connectée au réseau national, libérant les ménages des coûteux groupes électrogènes individuels, une avancée saluée par les transporteurs.
Point d’orgue médiatique de la tournée, l’hôtel Kempinski, 192 chambres, spa et salles de conférence, attire déjà les curieux sur la corniche. Le directeur général voit dans cet investissement privé « un levier pour le tourisme d’affaires et la création de 350 emplois directs », sans peser sur le budget de l’État.
Éducation, santé : des signaux à la jeunesse
Les rubans coupés à Oyo, Dolisie ou Sibiti montrent une attention particulière portée à l’école et à l’hôpital. Le lycée général Antoine-Ndinga-Oba propose désormais un internat qui évite aux familles rurales des déplacements coûteux. À Sibiti, le nouvel hôpital général possède huit blocs opératoires équipés de dernière génération.
Pour le professeur en économie du développement Armand Ngampio, « investir dans le capital humain reste la meilleure façon de soutenir la croissance à long terme ». Selon lui, la multiplication des établissements secondaires modernes peut accroître de quatre points le taux de réussite au baccalauréat d’ici trois ans dans le pays.
Mécaniques financières diversifiées
Derrière chaque chantier, un montage particulier. Là, un prêt concessionnel de la Banque mondiale ; ici, un don de la Fondation SNPC ; plus loin, un partenariat public-privé avec des groupes chinois ou italiens. Ce panachage limite la pression sur la trésorerie tout en attirant l’expertise extérieure recherchée.
L’économiste Patrick Mbemba rappelle toutefois que l’efficacité dépendra de la maintenance. « Construire est une étape, entretenir sur vingt ans en est une autre », note-t-il, plaidant pour une ligne budgétaire dédiée aux réhabilitations afin d’éviter la dégradation prématurée observée sur certains ouvrages routiers des années 2000 dans tout le territoire national.
Un message politique sous-jacent
Si la présidence se refuse à parler de campagne avant l’heure, l’agenda serré rappelle que 2026 verra des élections locales clés. Les inaugurations offrent des images positives à diffuser dans les quartiers populaires, où les attentes en emplois et services publics restent élevées après les années difficiles récentes.
Dans les travées du Parlement, plusieurs députés de l’opposition reconnaissent pourtant l’utilité sociale des ouvrages. « Nous souhaitons seulement que la même célérité s’applique à l’entretien des routes rurales », glisse l’élu de Gamboma, tout en saluant la mise en service du réseau électrique dans sa circonscription dès ce mois.
Cap sur les prochains rubans
Le calendrier gouvernemental laisse déjà entrevoir l’ouverture des complexes scolaires de Bacongo et de Makélékélé, au sud de Brazzaville. Le lycée historique Pierre-Savorgnan-de-Brazza subit en parallèle un lifting, ses façades ocre retrouvant l’éclat d’origine grâce à une enveloppe spéciale du budget 2025, selon le ministère des Infrastructures scolaires.
Côté agriculture, l’Agri-hub Arturo Bellezza de Loudima, inauguré en juin, doit entamer dès janvier la phase de formation de deux cents jeunes agro-entrepreneurs. À N’Kayi, la Distillerie du Congo prévoit d’augmenter sa capacité de 20 % pour absorber la production locale de canne à sucre et créer plus d’emplois directs.
Une dynamique à consolider
Les économistes consultés s’accordent à dire que la reprise de l’investissement public doit rester compatible avec la trajectoire de désendettement négociée avec le FMI. La priorisation des chantiers à fort impact social, argumentent-ils, peut générer des gains de productivité suffisants pour stabiliser durablement les finances de l’État congolais.
En renouant avec un calendrier d’actions visibles, Denis Sassou Nguesso offre la vitrine d’un quinquennat résolument tourné vers le concret. Resteront, pour les prochains mois, à démontrer la qualité de l’exécution et la pérennité des services publics désormais attendus par les populations dans les villes mais aussi au cœur villages.
