Un rendez-vous artistique et citoyen
La parole rythmée prend rendez-vous avec la citoyenneté. Du 8 au 10 décembre, l’Espace Bana Moi, au cœur du premier arrondissement Makélékélé, accueille un festival de slam porté par le Centre d’actions pour le développement. Son ambition : faire vibrer Brazzaville autour des droits humains.
Devant la presse, le 5 décembre, Guerschom Gobouang, responsable des campagnes et plaidoyers du C.a.d, a présenté l’événement et son thème fédérateur « Nos droits, notre avenir, c’est maintenant ». Selon lui, la poésie urbaine peut devenir un « micro ouvert » au dialogue constructif.
Un festival primé qui change d’échelle
L’initiative n’est pas nouvelle : les soirées « Slam voix libres » parcourent depuis deux ans les quartiers sud. Cette fois, elles passent à la vitesse supérieure grâce au soutien de Civicus, qui a décerné au projet son Prix de l’innovation, encourageant ainsi une audience plus large.
Au programme, trois jours de joutes poétiques
Trois jours de joutes oratoires sont prévus. Lundi après-midi, douze slameurs sélectionnés lors d’un appel à candidatures entreront en compétition. Le jury, composé d’artistes confirmés et de pédagogues, récompensera la créativité, la qualité scénique et surtout la capacité à transmettre un message citoyen clair.
Le lendemain, place aux ateliers d’écriture. Lycéens, étudiants et curieux pourront apprendre à sculpter les mots pour défendre une idée, tout en travaillant la confiance en soi. « Écrire, c’est se connecter à ses droits ; déclamer, c’est les partager », résume la poétesse Orlène Massala.
Un village associatif pour sensibiliser en pratique
Au-delà des vers, un village associatif sera installé sur l’esplanade. Onze organisations y tiendront des stands dédiés à l’accès à la justice, la santé communautaire, l’entreprenariat féminin ou encore l’éducation inclusive. Conseils pratiques, brochures et rencontres avec juristes rythmeront ces espaces ouverts gratuitement au grand public.
Dialogue, sécurité et respect mutuel
Les organisateurs insistent : l’événement se veut un lieu d’expression respectueux, propice au débat apaisé. « Nous n’accusons personne, nous invitons chacun à écouter ce que racontent les jeunes », souligne Guerschom Gobouang. Le comité a d’ailleurs sollicité la mairie pour garantir la sécurité et l’encadrement logistique.
Si certains textes pointent « l’ensauvagement de l’État », la démarche reste avant tout artistique. La scène slam joue traditionnellement avec l’hyperbole et la métaphore pour susciter l’émotion. À Makélékélé, cette licence poétique sert surtout à rappeler l’importance du respect mutuel et de la responsabilité collective.
Des invités de marque pour hisser le niveau
Le festival bénéficie également du soutien d’artistes confirmés tels que Spoki, Ndome ou Norbert Dabira, habitués des scènes panafricaines. Leur présence vise à inspirer une nouvelle génération et à offrir au public de Brazzaville un plateau digne des plus grands rendez-vous culturels régionaux.
Une manne pour l’économie locale
Sur le plan économique, les organisateurs misent sur les retombées pour les petites entreprises du quartier : vendeurs de boissons, restaurateurs et artisans espèrent un flux accru de clients. L’Espace Bana Moi, récemment rénové, compte sur ce festival pour conforter sa place de carrefour culturel.
Une date symbolique et un rapport attendu
Le calendrier n’a pas été choisi au hasard. La date coïncide avec la Journée internationale des droits humains, célébrée chaque 10 décembre. Un moment symbolique, souligne le C.a.d, pour rappeler les engagements pris par la République du Congo dans divers instruments régionaux et internationaux.
Mardi soir, le C.a.d dévoilera également son rapport annuel. Le document, issu d’entretiens de terrain, dresse un panorama des défis rencontrés par différentes communautés. Les résultats seront d’abord partagés avec les participants, avant une mise en ligne publique destinée à encourager une réflexion constructive.
Makélékélé se met à l’heure du slam
Pour l’heure, l’équipe logistique s’active sur scène, entre montage de projecteurs et tests de micros. Les riverains observent cette effervescence avec curiosité. « Voir des jeunes transformer nos ruelles en forum créatif, c’est motivant », confie Maman Geneviève, commerçante installée depuis quinze ans au marché voisin.
Le déploiement d’affiches colorées dans les bus et sur les réseaux sociaux complète la mobilisation. Les organisateurs revendiquent déjà plus de cinq cents inscriptions gratuites via une plateforme numérique, signe que le public brazzavillois, friand de contenus culturels, répond largement à l’appel.
Vers une tournée nationale
À terme, le C.a.d souhaite faire tourner le concept dans d’autres villes, Pointe-Noire ou Dolisie, afin d’encourager l’expression poétique comme vecteur d’engagement civique national. Plusieurs partenaires institutionnels et privés étudient déjà l’idée, séduits par la portée pédagogique et la jeunesse du projet.
Partenariats et héritage pédagogique
D’ici là, l’Espace Bana Moi s’apprête à vibrer au son des mots et des percussions légères. Brazzaville dispose là d’une occasion rare de conjuguer loisirs, apprentissages et cohésion sociale. Le slam, porté par une nouvelle garde talentueuse, promet trois soirées aussi festives qu’utiles.
Le directeur de l’Espace Bana Moi, Désiré Matoko, salue l’initiative. « La culture ramène la paix dans nos quartiers », dit-il, rappelant que l’établissement a été réhabilité grâce à un partenariat public-privé visant précisément à promouvoir des projets socio-éducatifs.
À l’issue du festival, un recueil des textes lauréats sera imprimé puis mis à disposition des bibliothèques scolaires. Les organisateurs espèrent ainsi prolonger l’écho des messages entendus sur scène et susciter, chez les plus jeunes, le goût d’une citoyenneté active.
