Un enjeu de santé publique majeur
Au Congo, la lutte contre le diabète ne se mène plus seulement dans les centres de santé. Depuis le 4 décembre, elle s’invite à bord des taxis verts et blancs de Brazzaville grâce au concours Taxi Bomoyi, lancé par l’association Marcher Courir pour la Cause.
Cette maladie chronique gagne du terrain selon les chiffres du ministère de la Santé, qui recense une prévalence autour de cinq pour cent chez l’adulte urbain. Les dépenses de soin pèsent lourd et la prévention apparaît désormais comme la corde la plus solide pour freiner la vague.
D’après l’Organisation mondiale de la santé, près de quatre mille décès annuels sont liés aux complications du diabète dans le pays. La maladie, souvent silencieuse, est diagnostiquée tard. Les campagnes de dépistage gratuites organisées en novembre ont révélé que beaucoup d’usagers ignorent leur propre taux de glycémie.
Des chauffeurs formés et motivés
Plutôt que d’afficher de simples affiches, la MCPLC transforme les chauffeurs en ambassadeurs. À chaque trajet, ils évoquent causes, symptômes et gestes barrières, tout en invitant leurs passagers à pratiquer une activité physique régulière et à surveiller sucre et tension.
« Quand on parle entre deux feux rouges, les passagers écoutent », sourit Jean Serge, conducteur depuis quinze ans. Selon lui, la formation express reçue à la station TotalEnergies du Centre sportif l’a aidé à trouver les mots simples pour expliquer une pathologie souvent jugée abstraite.
TotalEnergies, un partenaire engagé
L’entreprise appuie l’opération dans le cadre de sa politique de responsabilité sociétale. Cinq stations, réparties du Château d’Eau à Mazala, servent de points relais où les taximen s’inscrivent, refont le plein à prix réduit et reçoivent autocollants, flyers et kits de sensibilisation.
TotalEnergies a aussi distribué vingt cartes carburant créditées de vingt litres d’essence ou vingt-cinq de gasoil. « Un coup de pouce concret qui récompense l’engagement », note Rodrigue Dinga Mbomi, président de l’association, persuadé que la gratuité partielle du plein motivera les plus hésitants.
Une mécanique simple et interactive
Le dispositif repose sur un numéro unique. À la fin du voyage, le passager envoie un SMS notant la clarté des explications reçues. Chaque message vaut un point. Les données agrégées, auditées par sept enquêteurs indépendants, établiront le classement final publié le soir du réveillon.
Les chauffeurs gagnants recevront des bons carburant supplémentaires, des kits d’entretien et surtout une mise en lumière médiatique. Pour la MCPLC, l’émulation dépasse la récompense. Il s’agit d’installer durablement un réflexe de conversation santé qui, à terme, deviendra aussi naturel que demander la destination.
Mobilisation sur tout Brazzaville
Sept enquêteurs sillonnent actuellement les grands carrefours. Chacun doit convaincre dix chauffeurs par jour, de Madibou à Kintélé. L’objectif affiché est de recruter cinq cents taximen avant le 24 décembre, afin que la campagne couvre autant les grandes artères que les quartiers périphériques.
Au-delà de Brazzaville, la MCPLC espère essaimer vers Pointe-Noire et Dolisie lors d’une seconde phase en 2024. L’idée est de bâtir un réseau national d’acteurs de proximité pour relayer les messages du Programme national de lutte contre le diabète sans mobiliser de budgets lourds.
Des passagers devenus acteurs
Dans la file d’attente de la station Loutassi, Mireille, secrétaire, raconte avoir découvert grâce à son chauffeur la différence entre diabète de type un et de type deux. Elle a aussitôt envoyé le fameux SMS, ravie d’avoir appris quelque chose d’utile pendant son trajet matinal.
L’association table sur cet effet boule de neige. Chaque passager informé devient un relai potentiel dans son foyer, son bureau ou son cercle amical. En trois semaines, plusieurs milliers de conversations pourraient ainsi irriguer la ville, créant une conscience collective sans recourir à de coûteux spots télévisés.
Et après le 24 décembre ?
Le concours s’achève la veille de Noël, mais la MCPLC prépare déjà l’étape suivante. Les meilleurs taximen seront invités à des ateliers de perfectionnement avec des infirmières diabétologues pour approfondir leurs connaissances et devenir mentors de nouveaux chauffeurs.
Parallèlement, l’association veut négocier avec les compagnies de téléphonie pour que les SMS d’évaluation restent gratuits toute l’année, ouvrant la voie à une plateforme pérenne de suivi. « Notre ambition est de faire des taxis des sentinelles de la santé urbaine », insiste Rodrigue Dinga Mbomi.
Les autorités sanitaires observent l’expérience avec intérêt. Un responsable du district de Brazzaville confie que si les taux de glycémie contrôlés dans les campagnes de dépistage mobiles baissent en 2024, le modèle Taxi Bomoyi pourrait être intégré au plan national de prévention non transmissible.
Pour l’heure, l’idée séduit car elle repose sur des ressources existantes et valorise une profession parfois critiquée. « Nous montrons qu’un taxi n’est pas seulement un moyen de transport, c’est aussi un lieu de conversation utile », résume Jean Serge en refermant sa portière.
À quelques jours des fêtes, lorsque les embouteillages grossissent, chaque feu rouge devient l’occasion d’un rappel discret sur l’alimentation ou la marche rapide. Et si c’était finalement dans l’habitacle d’un taxi que se jouait, en partie, la santé de la ville ?
