Brazzaville accueille la 35e commission africaine
Durant quatre jours, du 2 au 5 décembre 2025, le centre de conférences de Brazzaville a réuni les délégations de l’Angola, du Tchad, du Sénégal, de l’Éthiopie et de la République du Congo. Objectif : dresser le bilan continental de la lutte contre la poliomyélite et actualiser la stratégie régionale.
La capitale congolaise, ville siège de l’Organisation mondiale de la santé pour l’Afrique, a ainsi offert un terrain neutre et symbolique. Pour de nombreux participants, la tenue de cette 35e réunion dans la cité des Trois Rivières traduisait « la reconnaissance des efforts constants du Congo » selon un diplomate sanitaire angolais.
Des avancées saluées par l’OMS
Le secrétariat de la Commission a ouvert les travaux en soulignant le maintien, depuis plusieurs années, d’un statut exempt de poliovirus sauvage dans la région. « Les indicateurs poursuivent leur progression, preuve qu’un système solide peut résister aux crises », a rappelé la docteure Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.
Dans la plupart des districts sanitaires concernés, la détection précoce des paralysies flasques aiguës dépasse désormais le seuil de performance recommandé. Les laboratoires, appuyés par le réseau mondial de surveillance, publient leurs analyses dans des délais inférieurs à quatorze jours, ce qui renforce la rapidité de la riposte.
Variants vaccinaux : le défi prioritaire
Malgré l’absence de poliovirus sauvage, les variants dérivés de la souche vaccinale continuent de circuler sporadiquement. L’Angola et le Tchad ont rapporté, en 2024, quelques flambées limitées de type 2 rapidement contenues. Pour l’OMS, ces épisodes rappellent que l’immunisation doit rester élevée jusqu’à l’interruption définitive de la transmission.
Les experts ont insisté sur la nécessité d’introduire plus largement le nouveau vaccin sérotype 2 à virus inactivé, jugé plus sûr en contexte de faible couverture. La mise à disposition de doses supplémentaires et la formation des agents vaccinateurs figurent désormais en tête des recommandations adressées aux gouvernements.
Coopération régionale renforcée
De nombreux intervenants ont salué la fluidité des échanges transfrontaliers entre services de santé. Les équipes congolaises et angolaises multiplient les points de contrôle vaccinal le long du corridor Pointe-Noire/Cabinda, tandis que le Congo et le Tchad synchronisent leurs journées nationales de vaccination pour couvrir les populations nomades.
Cette solidarité sanitaire a été présentée comme un modèle. « La polio ignore les frontières, notre réponse aussi », a résumé le professeur Abdoulaye Diallo du comité sénégalais de certification. Les participants entendent capitaliser sur ces acquis pour d’autres programmes, notamment la lutte contre la rougeole.
Les engagements du Congo pour 2026
Pays hôte, la République du Congo a exposé un plan triennal articulé autour de la surveillance communautaire, de l’introduction des nouvelles formulations vaccinales et d’un financement pérenne. L’État mobilisera des ressources domestiques supplémentaires afin de sécuriser la chaîne du froid dans 98 % des centres de santé d’ici fin 2026.
Depuis l’épidémie meurtrière de 2010, aucune circulation indigène n’a été détectée. Le docteur Donatien Moukassa, directeur de cabinet du ministre de la Santé et de la Population, a rappelé que « le vrai risque serait de relâcher l’attention ». Il a confirmé l’adoption rapide des résolutions issues de la commission.
Paroles d’experts et de communautés
Au-delà des statistiques, la réunion a donné la parole aux acteurs de terrain. Angélique Ngoma, infirmière de périphérie à Madingou, a décrit « le rôle décisif des leaders religieux pour convaincre les parents encore hésitants ». Dans les marchés, des relais bénévoles vérifient désormais les carnets de vaccination des jeunes enfants.
Le docteur Tesfaye Bekele, épidémiologiste éthiopien, a souligné l’importance du numérique : « Les alertes polio envoyées par SMS aux chefs de village réduisent le délai de notification de deux semaines à deux jours ». Ce partage d’expériences illustre la créativité des équipes africaines face aux défis logistiques.
Prochaines étapes et feuille de route
Avant la clôture, la commission a validé une matrice d’actions précises : intensifier la couverture vaccinale dans 35 districts à risque, certifier au moins trois nouveaux pays libres de variants vaccinaux et renforcer la formation de 1 200 techniciens de laboratoire d’ici décembre 2026.
Le rapport final sera transmis aux ministères de la Santé des cinq pays et présenté à l’Assemblée mondiale de la Santé en mai 2026. Les délégués ont quitté Brazzaville convaincus qu’« une Afrique sans polio est à portée de main si nous gardons le cap », selon la formule de la docteure Moeti.
