Accueil solennel à l’ambassade d’Algérie
Sous les lambris feutrés de la chancellerie algérienne à Brazzaville, l’ambassadeur Azeddine Riache a accueilli, le week-end dernier, huit jeunes Congolais récemment admis en master à l’École nationale supérieure de la sécurité sociale d’Alger. Les parents et quelques anciens boursiers avaient fait le déplacement.
Dans une atmosphère chaleureuse, le diplomate a rappelé que cette rencontre symbolise « la confiance mutuelle entre deux peuples frères ». Aux côtés de lui, Brell Martial Mbourangon, secrétaire général de l’Association des anciens stagiaires et étudiants congolais en Algérie, a souligné la valeur d’un tel parrainage.
Avant la remise officielle des lettres de bourse, chaque futur lauréat s’est présenté, esquissant ses ambitions. Safiatou, diplômée de l’Université Marien-Ngouabi, a déclaré vouloir « comprendre les rouages contributifs pour élargir la couverture maladie à tous les travailleurs informels ». Les applaudissements ont scellé cet engagement.
Une opportunité académique convoitée
L’École nationale supérieure de la sécurité sociale d’Alger, créée en 2015, s’est hissée parmi les institutions maghrébines les plus sélectives. Elle forme chaque année des gestionnaires, juristes et économistes capables de piloter régimes de retraite, assurances maladies et politiques d’inclusion pour les couches vulnérables.
Le programme de master, d’une durée de deux ans, mêle cours théoriques pointus et stages immersifs au sein de la Caisse nationale des assurances sociales algérienne. Selon le prospectus officiel, près de 90 % des diplômés obtiennent un poste de responsabilité dans les six mois suivant la sortie.
Pour le Congo-Brazzaville, l’opportunité est stratégique. La Caisse nationale de sécurité sociale modernise ses systèmes d’information et prévoit d’étendre ses antennes départementales. Des cadres maîtrisant actuariat, digitalisation et gestion du risque social seront indispensables, expliquait récemment la direction générale lors d’un point budgétaire.
La promotion congolaise bénéficiera d’un cours optionnel de langue arabe afin de faciliter l’intégration sur le campus de Ben Aknoun. Un tuteur linguistique sera dédié aux francophones. Une immersion culturelle qui, selon le rectorat, favorise « la compréhension des régimes de solidarité dans leur diversité ».
Des relations bilatérales dynamiques
Depuis 1964, année de l’établissement des liens diplomatiques, Alger et Brazzaville entretiennent une coopération régulière, allant de l’hydrocarbure à l’enseignement supérieur. La bourse annoncée cet été par le ministère algérien du Travail s’inscrit dans cette tradition de solidarité Sud-Sud saluée par l’Union africaine.
« L’Algérie partage volontiers son savoir-faire car nos défis sociaux sont semblables », a rappelé l’ambassadeur Riache. Il a cité l’accès aux soins, le vieillissement démographique et la couverture des travailleurs indépendants comme chantiers communs que pourraient, demain, co-construire experts algériens et congolais.
Au-delà des mots, l’Agence algérienne de coopération internationale prend en charge frais de scolarité, hébergement et allocation mensuelle, tandis que le ministère congolais de l’Enseignement supérieur finance les billets d’avion. Une répartition qui témoigne, selon Brell Martial Mbourangon, d’« un partenariat équilibré et pérenne ».
En marge des études, les étudiants pourront participer aux Journées africaines de la sécurité sociale, colloque annuel qu’Alger accueille depuis 2019. Cette tribune rassemble directeurs de caisses, chercheurs et syndicats. Y présenter un mémoire de fin d’études ouvre souvent la porte à des stages rémunérés continentaux.
Engagement et responsabilités des lauréats
Face aux étudiants, Azeddine Riache a insisté sur la discipline académique et le sens de la représentation. « Vous êtes désormais des ambassadeurs de votre pays », a-t-il lancé avant de remettre le drapeau tricolore à la déléguée de promotion. Les jeunes ont promis d’entretenir cette image d’excellence.
La plupart envisagent déjà leur retour. Michel, économiste de 24 ans, compte participer au déploiement du fichier biométrique des assurés dès 2026. D’autres songent à créer un cabinet-conseil pour les mutuelles communautaires, un segment encore embryonnaire mais soutenu par les autorités de santé publique.
Les anciens boursiers, dont certains dirigent aujourd’hui des divisions à la CNSS, serviront de mentors virtuels. Un groupe WhatsApp a été créé pour répondre aux questions pratiques, de l’inscription aux options de recherche. Cette chaîne intergénérationnelle illustre l’importance accordée à la transmission du savoir.
Perspectives pour la sécurité sociale congolaise
D’après les projections officielles, moins d’un actif congolais sur quatre cotise actuellement à un régime de protection formel. Le gouvernement veut relever ce taux à 50 % d’ici 2030, objectif inscrit dans le Plan national de développement. Les compétences acquises en Algérie devraient accélérer cette trajectoire.
La digitalisation figure parmi les piliers du chantier. Les futurs diplômés apprendront à paramétrer plateformes de télé-déclaration et à fiabiliser les bases de données contributives. « La mutualisation de l’expertise algérienne permettra un saut qualitatif dans la gestion des droits des assurés », assure un cadre de la CNSS.
Au sortir de la cérémonie, un léger buffet saveur couscous et saka-saka a réuni convives et officiels. Entre deux éclats de rires, l’ambassadeur a glissé un dernier conseil : « Profitez de chaque minute, l’avenir du Congo se bâtit aussi dans les amphithéâtres d’Alger ». Un message applaudi.
Le départ du groupe est prévu ce vendredi, à 22 h 30, sur le vol régulier Pointe-Noire-Alger. Familles et officiels se retrouveront à Maya-Maya pour un dernier adieu chargé d’émotion.
