Des boursiers prêts à décoller vers Alger
À l’aube, dans le hall de l’aéroport Maya-Maya, vingt visages mêlaient enthousiasme et retenue. Ces jeunes titulaires de licence s’apprêtaient à quitter Brazzaville pour Alger, direction l’École nationale supérieure de la sécurité sociale, l’une des vitrines de l’enseignement maghrébin.
La veille, l’ambassadeur d’Algérie au Congo, Azeddine Riache, avait réuni les boursiers autour d’un buffet simple mais chaleureux. « Vous portez les couleurs de deux nations amies », leur a-t-il rappelé, insistant sur la discipline et la curiosité, qualités jugées indispensables pour réussir dans une école d’excellence.
Une coopération académique en plein essor
Cette promotion marque la première édition d’un programme de master entièrement financé par l’État algérien pour de jeunes Congolais. Elle symbolise l’élargissement d’une coopération qui s’était longtemps exprimée dans l’ingénierie pétrolière ou la formation militaire, et qui touche désormais des domaines sociaux stratégiques.
« L’Algérie partage son expertise avec un pays frère », souligne Brell Martial Mbourangon, secrétaire général de l’Association des anciens stagiaires congolais en Algérie. À l’entendre, la mutualisation des savoirs constitue le socle d’un partenariat durable, fondé sur la solidarité panafricaine.
L’École nationale supérieure de la sécurité sociale, une référence
Créée en 1964, l’EN3S d’Alger forme chaque année les cadres qui pilotent la protection sociale algérienne. Ses programmes articulent droit, gestion des ressources humaines et statistiques de risques. Ses laboratoires mènent des recherches reconnues sur la soutenabilité des retraites et l’extension de la couverture sanitaire.
Pour les Congolais, intégrer cet établissement revient à accéder à un incubateur de compétences rares sur le continent. « Nous mettrons à profit chaque module afin de revenir outillés », promet Ghislaine Itoua, major de la promotion et licenciée en économie.
Des attentes élevées pour les futurs cadres congolais
Au Congo, la Caisse nationale de sécurité sociale modernise ses systèmes d’information et diversifie ses prestations, suivant les orientations du ministère en charge du Travail. Les diplômés d’Alger sont appelés à renforcer cette transition numérique et à proposer des mécanismes de protection adaptés aux travailleurs informels.
Le directeur de cabinet du ministère, venu saluer les boursiers, a insisté sur l’importance d’un retour impératif au pays. « Nous comptons sur vous pour concevoir des solutions qui protègent chaque famille congolaise, du fonctionnaire au pêcheur de la Sangha », a-t-il déclaré.
Un pont de connaissances entre Brazzaville et Alger
Durant leur séjour, les étudiants suivront un tutorat bilingue, alternant cours magistraux et stages dans les agences algériennes. Les meilleurs pourront même présenter leurs recherches lors du colloque annuel de l’Union africaine de la sécurité sociale, prévu à Alger l’an prochain.
Pour Saliha Mokdad, directrice des relations internationales de l’école, la présence congolaise ouvrira la voie à des échanges professoraux et à la co-production d’articles scientifiques. « Nous voulons créer un réseau qui dépasse le cadre des bourses et favorise l’innovation africaine », souligne-t-elle.
Des témoignages empreints d’espoir
Assise près de sa valise, Grâce Mbemba confie qu’elle est la première de sa famille à voyager hors du pays. « Je reviens avec un master ou je ne reviens pas », lance-t-elle, sourire déterminé. À ses côtés, Boris Koumou rêve déjà d’un doctorat.
Les parents, restés derrière la barrière de sécurité, applaudissent leur départ. « Notre jeunesse est talentueuse ; il fallait une passerelle. Cette bourse arrive au bon moment », estime Léonie, mère d’un boursier, consciente des sacrifices consentis pour des études longues.
Une dynamique vertueuse pour la jeunesse congolaise
Le Programme national de bourses extérieures a déjà permis à plus de 1 500 étudiants de se former à l’international en dix ans. Selon la direction des bourses, 82 % des bénéficiaires sont revenus exercer au Congo, un taux jugé satisfaisant par les autorités.
L’accord avec l’Algérie ajoute une filière stratégique qui manquait à l’offre de formation nationale. Les universités congolaises envisagent, à terme, des parcours co-diplômants en protection sociale pour capitaliser sur l’expertise acquise par ces nouveaux ambassadeurs académiques.
Perspectives d’avenir et responsabilité collective
Si l’horizon professionnel se dégage pour ces vingt étudiants, chaque intervenant a rappelé la nécessité de rester ancrés dans les réalités locales. La sécurité sociale, ont-ils répété, n’est pas un concept importé clé en main : elle se construit en tenant compte des caractéristiques économiques et culturelles du pays.
« Votre succès sera mesuré à l’impact réel sur le bien-être de vos concitoyens », a résumé l’ambassadeur Riache, concluant la cérémonie dans une salve d’applaudissements nourris. C’est donc chargés de promesses et de devoirs que les boursiers ont franchi la passerelle, inaugurant un nouveau chapitre de la coopération Congo-Algérie.
