Première pierre posée à Pointe-Noire
Le 8 décembre, sous un ciel ensoleillé, la pelleteuse a symboliquement mordu la terre du premier arrondissement Emery Patrice Lumumba, à Pointe-Noire. Sylvestre Lempoua, secrétaire général de la préfecture, a scellé la capsule commémorative en compagnie d’élus municipaux et de bénévoles enthousiastes.
Cette cérémonie lançait officiellement la construction d’un orphelinat moderne assorti d’un dispensaire. Le projet, piloté par l’Association Paris Pointe-Noire, bénéficie d’un terrain municipal de 1300 m2, dont 200 m2 abriteront les bâtiments principaux voués à accueillir des enfants privés de soutien familial.
Un complexe pensé pour les enfants et le personnel
Le plan architectural retient un bloc administratif au rez-de-chaussée, tandis que les dortoirs occuperont l’étage afin de préserver l’intimité des pensionnaires. À quelques mètres, un dispensaire permettra des consultations de proximité et un suivi médical régulier, gage de bien-être et de prévention sanitaire.
Un bâtiment séparé de 83 m2 logera les infirmiers, trois chambres y étant prévues pour les gardes de nuit. Les bénévoles ont également réservé 85 m2 à une salle de sport, convaincus que l’activité physique participe à l’équilibre émotionnel des jeunes résidents.
Une mobilisation portée par l’artiste Niska
Le rappeur franco-congolais Niska, parrain de l’APP, a salué « la concrétisation d’un rêve d’enfance ». Déjà investi dans plusieurs actions solidaires, l’artiste juge ce chantier emblématique des nouvelles synergies diasporiques : « Ce projet est le premier d’une longue série », a-t-il promis.
Selon l’entourage de l’interprète de “Commando”, des collectes de fonds ont été menées à Paris et à Évry, mobilisant fans, entrepreneurs et sportifs. Les sommes récoltées serviront à l’achat de matériel pédagogique, de lits superposés homologués et d’équipements informatiques pour faciliter l’apprentissage numérique.
Un partenariat municipal stratégique
Maître Mourad Battikh, porte-parole pro bono de l’association, rappelle que la municipalité a non seulement cédé le terrain, mais veillera aussi à la viabilisation du site. « Madame le maire a voulu un emplacement central pour mieux intégrer l’orphelinat à la vie de quartier », souligne-t-il.
Evelyne Tchitchelle, maire de Pointe-Noire, voit dans cette initiative un levier d’aménagement urbain. Elle estime que les nouvelles infrastructures attireront d’autres services sociaux et dynamiseront les alentours. Son équipe planche déjà sur l’amélioration de l’éclairage public et l’élargissement de la voirie menant au site.
La diplomatie française valorise la protection de l’enfance
Présente sur le site, Anne Boulo, consule générale de France, a rappelé que la protection juridique des mineurs figure au rang des priorités diplomatiques. Elle salue la coopération « exemplaire » avec les autorités congolaises, qui garantit un encadrement conforme au régime de protection nationale des enfants.
Le consulat annonce déjà des ateliers de formation destinés au personnel encadrant, en partenariat avec des associations locales. Objectif : familiariser les éducateurs aux conventions internationales et aux procédures d’état civil, afin d’assurer une traçabilité irréprochable du parcours de chaque enfant accueilli et au suivi psychologique individualisé.
Un impact social attendu pour la cité portuaire
À Pointe-Noire, près d’un millier d’enfants restent aujourd’hui sans soutien familial stable, selon la Direction départementale des affaires sociales. L’arrivée d’un orphelinat capacitaire devrait soulager les structures existantes, souvent saturées, et réduire les situations d’errance qui fragilisent la cohésion communautaire.
Le dispensaire intégré, doté d’une pharmacie de base, assurera des consultations ouvertes au voisinage. Les autorités sanitaires voient dans cette offre de soins de proximité un moyen de décongestionner les centres de santé du district et de promouvoir des campagnes de vaccination régulières.
Pour les riverains, l’initiative est aussi synonyme d’emplois. Une cinquantaine de postes seront créés durant la phase de construction, auxquels s’ajouteront infirmiers, éducateurs et cuisiniers une fois le site opérationnel. L’entreprise congolaise Ngoma BTP, adjudicataire, promet de privilégier la main-d’œuvre locale.
APP, un pont humanitaire durable
Fondée en 2020, l’Association Paris Pointe-Noire revendique une méthodologie participative. Ses dirigeants consultent systématiquement les chefs de quartier et les services techniques avant d’engager un projet. « Nous voulons des infrastructures qui appartiennent aux habitants : notre rôle est de connecter ressources et besoins », explique leur chargé de mission.
Après l’orphelinat, l’APP projette de rénover des cantines scolaires et d’installer des fontaines publiques dans les zones les plus exposées à la sécheresse saisonnière. Les membres comptent s’appuyer sur les retours d’expérience du chantier actuel pour affiner les futures feuilles de route.
D’ici là, les bénévoles poursuivent les collectes de fournitures et ont lancé une campagne « Un livre, un avenir » pour approvisionner la bibliothèque interne. Les réseaux sociaux servent de caisse de résonance, tandis que plusieurs influenceurs locaux relaient l’initiative auprès des jeunes connectés.
Les travaux devraient s’achever dans douze mois, sous réserve de conditions météorologiques favorables. Une inauguration officielle rassemblera autorités, partenaires français et mécènes. Pour la capitale économique, le compte à rebours est enclenché, nourrissant l’espoir d’un meilleur avenir pour les enfants sans parents et de nouvelles histoires à écrire.
À plus long terme, la préfecture espère que cet orphelinat devienne un modèle reproductible dans d’autres départements. En conjuguant efforts publics, engagement citoyen et partenariats internationaux, Pointe-Noire illustre la capacité du Congo à innover pour renforcer leur filet social.
