Brazzaville rassemble experts et communautés
Brazzaville a vibré le 9 décembre 2025 au rythme de la 2e Journée scientifique sur le VIH, organisée par le Programme national de lutte contre le sida. Sous le haut patronage du ministre de la Santé et de la Population, l’événement a réuni un large éventail d’acteurs.
Professionnels de santé, chercheurs, décideurs, représentants d’organisations internationales, associations communautaires et personnes vivant avec le virus ont partagé expériences et recommandations autour du thème « Sida : acquis, défis et perspectives pour son élimination », reflet d’une ambition nationale assumée.
En ouvrant les travaux, le conseiller du ministre, Dr Jean-Claude Moboussé, a salué « l’engagement exemplaire des équipes de terrain ». Il a rappelé que les progrès enregistrés découlent d’une « volonté politique constante » et de partenariats techniques et financiers solides au service des Congolais.
Des données 2024 qui appellent à redoubler d’efforts
Les données épidémiologiques présentées fixent la prévalence nationale à 3,2 % chez les 15-49 ans en 2024, soit environ 120 000 personnes vivant avec le VIH. L’épidémie est dite généralisée, avec néanmoins des foyers intenses dans certains groupes clés comme les professionnels du sexe ou les personnes détenues.
La transmission mère-enfant, le dépistage tardif et le suivi biologique irrégulier restent des nœuds critiques. Les inégalités territoriales se font sentir ; le nord rural accède moins facilement aux tests et aux traitements que les grands centres urbains, confirmant la nécessité d’une réponse différenciée.
Pourtant, le pays engrange aussi des succès : de plus en plus de patients reçoivent une trithérapie, et la charge virale indétectable devient un indicateur suivi de près. « Nous avons gagné des batailles, pas encore la guerre », a résumé un participant du CHU de Brazzaville.
Le budget national consacré au VIH a été maintenu malgré un contexte économique exigeant. Les ressources domestiques financent désormais l’achat de 60 % des antirétroviraux, preuve d’une appropriation progressive. Les participants ont salué cette orientation, tout en plaidant pour un relèvement constant des allocations dédiées.
Recherche et innovations thérapeutiques
La directrice exécutive du PNLS, Dre Cécile Mapapa Miakassissa, a consacré une large partie de son exposé à la recherche et aux innovations thérapeutiques. Selon elle, « l’éradication est possible si nous capitalisons toutes les avancées scientifiques et garantissons leur accès équitable ».
Elle a mis en lumière la prophylaxie pré-exposition. La PrEP orale est désormais distribuée gratuitement dans les centres habilités. Un plaidoyer est en cours auprès des partenaires pour introduire la forme injectable, appréciée pour sa simplicité et sa discrétion, notamment chez les jeunes femmes.
Autre priorité : le développement d’outils de diagnostic rapide de troisième génération, capables de détecter précocement les infections aiguës. « Moins de quinze minutes pour un résultat fiable, c’est un tournant dans la réduction des transmissions », a expliqué la spécialiste face à un public très attentif.
Mobilisation sociale et outils numériques
Les interventions communautaires ont occupé une place centrale. Les ONG présentes ont rappelé que la stigmatisation et la discrimination restent les principales causes de retard au dépistage. « Ne pas être jugé, c’est déjà se soigner », a témoigné Mireille B., membre d’un réseau de femmes séropositives.
Les associations, soutenues par le PNLS, multiplient des campagnes mobiles dans les quartiers populaires de Brazzaville et Pointe-Noire. Elles proposent dépistage, écoute psychologique et orientation vers les structures de soins, un modèle qui sera progressivement étendu aux chefs-lieux départementaux.
Un effort particulier est demandé aux leaders communautaires et religieux pour porter un discours inclusif. « La lutte contre le VIH n’est pas seulement médicale, elle est aussi sociale et culturelle », a rappelé le Dr Moboussé, invoquant l’esprit de solidarité qui caractérise la société congolaise.
La révolution numérique soutient également l’effort. Une application mobile pilote, développée par des étudiants de l’Université Marien-Ngouabi, permet déjà de rappeler les prises de traitement et de géolocaliser le centre de dépistage le plus proche. Les premiers retours indiquent une meilleure observance chez les utilisateurs.
Vers 2030, bâtir une génération sans sida
Symbole de cette continuité, le Dr Pierre Mpélé, premier directeur du PNLS lors de sa création en 1995, a honoré de sa présence la Journée scientifique. Il a salué « le chemin parcouru » et encouragé la jeune génération à « oser l’innovation pour dépasser nos résultats ».
Les perspectives tracées pour 2026-2030 misent sur l’alignement avec la stratégie mondiale 95-95-95 : 95 % des personnes vivant avec le VIH dépistées, 95 % sous traitement, 95 % avec charge virale supprimée. Le Conseil national de lutte contre le sida doit prochainement valider une feuille de route actualisée.
Un comité de suivi réunissant médecins, statisticiens et représentants communautaires rendra un rapport semestriel public afin de mesurer l’avancement des indicateurs clés.
En clôturant la rencontre, Dre Mapapa Miakassissa a réaffirmé l’engagement du gouvernement et de ses partenaires : « Nous continuerons à investir dans l’humain et dans la science. Chaque vie sauvée rapproche le Congo de l’objectif d’une génération sans sida ». Rendez-vous est déjà pris pour la troisième édition.
