Quinzaine des droits humains : un appel fort à Brazzaville
Brazzaville, 10 décembre. Dans la grande salle de la délégation de l’Union européenne, responsables ministériels, associations de terrain et partenaires techniques ont clos la Quinzaine des droits humains par un débat consacré aux enfants des rues, symbole d’une vulnérabilité encore d’actualité dans la capitale congolaise.
À l’issue de ces échanges, tous ont signé une déclaration appelant à des financements durables pour consolider les centres d’accueil, les programmes d’éducation accélérée et les dispositifs de réinsertion. « Les moyens doivent suivre l’ambition », a résumé une responsable de la Direction générale des affaires sociales.
Cadre légal solide, mise en œuvre perfectible
Le Congo s’est doté depuis 2022 d’une Stratégie nationale de protection de l’enfant et dispose d’un Code de l’enfant aligné sur la Convention relative aux droits de l’enfant. Les participants ont salué cette base juridique qu’ils jugent « robuste et moderne ».
Toutefois, plusieurs intervenants ont noté que la traduction budgétaire de ces textes reste inégale selon les départements. Certains centres d’hébergement fonctionnent grâce aux subventions de l’État, d’autres reposent encore largement sur des dons ponctuels, compliquant la planification de long terme.
« Un budget stable permet de recruter des éducateurs qualifiés et de suivre chaque enfant dans la durée », a rappelé le sociologue Joseph Mabiala, spécialiste des questions juvéniles. Selon lui, la continuité constitue le premier facteur de réussite des parcours de sortie de rue.
Financement pérenne : la clé d’un suivi efficace
Les organisations présentes ont plaidé pour l’établissement d’un fonds dédié, alimenté par le budget national et appuyé par les partenaires. L’idée est d’offrir une visibilité pluriannuelle aux structures afin d’éviter les ruptures qui fragilisent les enfants déjà en situation précaire.
Pour le ministère des Affaires sociales, des consultations intersectorielles sont engagées. Un cadre de performance avec indicateurs communs doit être finalisé début 2026, afin de guider l’allocation des ressources et mesurer l’impact de chaque franc investi.
Cette approche par résultats séduit les bailleurs. « Un mécanisme transparent encourage les contributions extérieures », observe Chantal Pélissier, cheffe de projet à Expertise France. Elle souligne que la stabilité financière renforce la confiance des familles qui hésitent parfois à confier leur enfant aux centres.
Formation et insertion, rempart contre la marginalisation
Au-delà de l’hébergement, la Quinzaine des droits humains a mis en avant la formation professionnelle comme levier d’autonomie. Des ateliers de soudure, de couture ou d’informatique déjà pilotés à Pointe-Noire montrent, selon leurs promoteurs, une baisse des retours à la rue.
Le service public de l’emploi étudie la création de passerelles entre ces ateliers et les entreprises locales. L’objectif est de transformer les stages en contrats réels, soutenus par des incitations fiscales. « Investir sur les compétences, c’est prévenir la délinquance », explique le directeur régional de l’ONEMO.
Les participants ont aussi insisté sur l’importance du suivi psychologique. Les traumatismes traversés par les enfants de la rue peuvent freiner leur insertion. La mutualisation des cabinets de psychologues au sein des centres d’apprentissage est donc envisagée, avec un cofinancement public-privé.
Union européenne et Congo : un partenariat actif
Chargé d’affaires de l’Union européenne, Torben Nilsson a rappelé que les droits humains demeurent « au cœur » de l’action extérieure européenne. Il a confirmé le maintien du programme d’appui aux radios communautaires et aux ONG spécialisées dans l’enfance jusqu’en 2027.
Le diplomate a par ailleurs salué la participation active du Congo à l’Examen périodique universel de janvier 2024. Sur 215 recommandations, Brazzaville en a accepté 194, démontrant, selon lui, « une volonté claire d’avancer ». Les efforts sur la protection de l’enfance figurent parmi les engagements prioritaires.
L’Union européenne finance actuellement trois projets pilotes de réinsertion dans les quartiers Talangaï et Makelekele. Chaque initiative associe une mairie d’arrondissement, une association locale et une entreprise. Les premiers résultats, publiés en novembre, font état de 120 jeunes réinsérés en six mois.
Une coordination renforcée attendue en 2026
Les intervenants ont souligné le rôle clé du Comité national des droits de l’enfant, appelé à devenir le carrefour de toutes les données. La production régulière de rapports alternatifs fondés sur des chiffres fiables devrait aider à mieux orienter les budgets.
À Brazzaville comme à Dolisie, les observatoires locaux de la jeunesse testeront dès février un nouveau logiciel de suivi partagé. Chaque enfant disposera d’un dossier électronique sécurisé, consultable par les travailleurs sociaux autorisés, afin d’éviter les ruptures entre provinces.
Les représentants de la société civile ont exprimé leur confiance. « Les engagements pris aujourd’hui dessinent une politique d’inclusion ambitieuse », estime Mireille Okemba, présidente de l’association Arc-en-ciel. Elle veille toutefois à ce que « la voix des jeunes reste au centre du dispositif ».
La Quinzaine s’est achevée par un concert solidaire et la promesse d’un rendez-vous semestriel pour évaluer les avancées. Les partenaires entendent prouver que, soutenue par des financements pérennes, la solidarité congolaise peut transformer le destin des enfants les plus vulnérables.
Implication des collectivités locales
Les mairies de Brazzaville et Pointe-Noire réfléchissent à inclure dans leurs budgets participatifs une ligne consacrée aux enfants en rupture familiale. Les élus estiment que cette démarche renforcera le contrôle citoyen et complétera l’action de l’État.
Selon le maire de l’arrondissement Mfilou, un premier projet de réhabilitation d’un foyer va démarrer en mars, financé à 60 % sur les ressources municipales. « Nous voulons montrer qu’un engagement local concret est possible », a-t-il déclaré devant la presse.
