Un rapport qui alerte sur l’ampleur des VBG
Dans la salle comble d’un hôtel brazzavillois, l’association Kaani assistance a dévoilé son rapport « Visibiliser et documenter les violences faites aux femmes ». Le document, fruit d’enquêtes de terrain, met en lumière des témoignages souvent tus et des chiffres jusque-là dispersés.
Selon l’autrice principale, Mme Luce Bénédicte Gangue, plus de 60 % des cas recensés en 2023 concernent des femmes de moins de trente ans. « Ces données ne représentent que la partie visible de l’iceberg », prévient-elle, insistant sur l’urgence de consolider les informations.
Ainsi, le rapport recommande un mécanisme national capable de générer des statistiques fiables et continues, outils indispensables aux stratégies publiques. La proposition converge avec les orientations gouvernementales en faveur d’une meilleure planification des actions sociales et sanitaires.
Un registre national pour harmoniser les chiffres
Le mécanisme imaginé reposerait sur un registre numérique unique, alimenté par les hôpitaux, commissariats, tribunaux et organisations de la société civile. Chacun transmettrait, selon un protocole sécurisé, des données anonymisées permettant de suivre l’évolution des violences dans chaque département.
« Nous voulons éviter que les survivantes racontent plusieurs fois leur histoire et qu’aucune structure ne sache ce qu’a déjà été fait », explique Mme Gangue. Elle plaide pour une interconnexion des plateformes existantes, évitant ainsi doubles saisies et pertes d’informations sensibles.
Le ministère de la Promotion de la femme et de l’Intégration de la femme au développement étudie déjà le concept. « Un tel outil faciliterait la mobilisation des ressources et la reddition de comptes », confirme une conseillère technique, soulignant le partenariat possible avec l’Agence nationale de l’informatique.
Des centres sécurisés pour un accueil digne
La seconde grande recommandation concerne l’ouverture d’espaces d’écoute et d’hébergement intégrés, là où les victimes pourront être soignées, protégées et conseillées sans délai. L’idée est d’éviter le renvoi de service en service, étape vécue comme un second traumatisme.
À Brazzaville, un premier centre pilote est en cours d’identification. Il regrouperait soins médicaux, assistance psychologique, médiation familiale et appui juridique. « La confidentialité et la sécurité physique seront le socle de ces structures », promet une cadre sanitaire associée au projet.
Le rapport insiste sur la nécessité de doter ces lieux d’un budget pérenne. Les auteurs estiment qu’un financement stable prévient les ruptures de prise en charge et maintient la motivation du personnel, souvent confronté à des récits éprouvants.
Professionnaliser la prise en charge
L’amélioration des compétences constitue l’autre pilier. Kaani assistance propose un cursus de formation continue destiné aux policiers, médecins, magistrats et travailleurs sociaux. Modules sur l’écoute active, les procédures de collecte de preuve ou la gestion du stress figurent dans le programme.
« Un personnel formé rassure la victime et renforce la qualité des dossiers transmis aux juges », souligne Me Armelle Itoua, avocate spécialisée. D’après elle, nombre de plaintes s’effondrent faute d’éléments correctement consignés, d’où l’importance d’outils standardisés évoqués dans le rapport.
Le gouvernement encourage déjà les stages croisés entre services sociaux et forces de l’ordre. Cette démarche vise à créer une culture commune de respect des droits et à accélérer le temps de réponse. Les partenaires techniques pourraient apporter un appui logistique et pédagogique.
Prévenir en impliquant les communautés
Au-delà de la réponse, la prévention reste capitale. Les auteures recommandent des campagnes régulières dans les écoles, marchés et médias locaux, valorisant des modèles masculins positifs et rappelant les sanctions prévues par la loi. L’objectif est de faire évoluer les normes sociales.
A Mfilou, quartier populaire de la capitale, un groupe de jeunes volontaires anime déjà des causeries-débats. « Lorsque les hommes comprennent qu’aider une femme n’entame pas leur prestige, la violence recule », témoigne Ludovic, animateur communautaire formé par Kaani assistance.
Les leaders traditionnels, présentés comme relais incontournables, seront sollicités. « Un chef de quartier qui condamne publiquement les coups portés à une épouse change plus vite les mentalités que n’importe quelle affiche », observe la sociologue Clarisse Moukoko, associée au groupe de recherche.
Feuille de route et engagements officiels
À l’issue de la présentation, un comité restreint a été mis sur pied pour affiner la feuille de route. Il devra proposer, d’ici six mois, un cadre réglementaire pour le registre national et un chiffrage du coût des centres sécurisés.
Le représentant du ministère de la Santé s’est félicité de la démarche participative : « Nous avancerons main dans la main avec la société civile ». Il a rappelé la priorité donnée par les autorités à la protection des groupes vulnérables, conformément au Plan national de développement.
Pour Mme Gangue, l’essentiel reste la volonté collective : « Les chiffres ne frapperont les consciences que s’ils sont diffusés largement et suivis d’actions concrètes ». Le rapport servira désormais de base au plaidoyer, tandis que les consultations techniques se poursuivent.
Les observateurs présents, y compris des partenaires étrangers, ont salué la concordance entre les recommandations du rapport et les engagements internationaux ratifiés par la République du Congo, tels que la Convention de Maputo et les Objectifs de développement durable relatifs à l’égalité des sexes.
