Un fonds d’appui inédit pour les médias congolais
Le nouveau président du Conseil supérieur de la liberté de communication, Médard Milandou, a choisi la grande salle du régulateur pour dévoiler un dispositif inédit : un fonds d’appui à la presse adossé à la redevance audiovisuelle, destiné à soulager rédactions publiques comme privées dans un contexte tendu.
Devant directeurs de publication, reporters et techniciens, le successeur d’André-Michel Muhindo a détaillé l’architecture du CSLC renouvelé : un bureau exécutif de trois membres épaulé par huit hauts-conseillers, présidents ou rapporteurs de commissions, tous chargés de veiller à l’équilibre du paysage médiatique national et local dans les mois prochains.
Des critères d’attribution en préparation
Première mesure phare, le fonds spécial sera géré par une commission ad hoc incluant représentants du ministère de la Communication et organisations professionnelles, afin de définir critères, priorités et calendrier, assure le président, soucieux d’une répartition « égalitaire » des aides entre titres privés et médias publics sur tout le territoire national entier uniquement.
Concrètement, une partie de la redevance payée par les ménages sur les factures d’électricité sera fléchée vers le fonds, donnant aux radios locales, télévisions régionales et journaux numériques des moyens supplémentaires pour moderniser studios, imprimeries, équipements de reportage et formations continues auprès d’organismes spécialisés nationaux ou étrangers agréés.
Un souffle financier pour des rédactions fragilisées
Pour Médard Milandou, ce soutien financier constitue « un pas décisif vers la viabilité économique des rédactions », souvent fragilisées par la baisse des recettes publicitaires et le coût des technologies numériques, sans pour autant remettre en cause l’indépendance éditoriale, martèle-t-il sous les applaudissements nourris de la salle présente assemblée.
La carte de presse fait peau neuve
Deuxième annonce saluée, la relance de la campagne de délivrance de la carte de presse devrait faciliter l’accès des reporters aux sources, commissariats, tribunaux, stades ou meetings, surtout à l’approche de l’élection présidentielle prévue dans trois mois, où la demande d’informations fiables s’annonce particulièrement forte auprès du public.
Le secrétaire général du CSLC précise que les dossiers de demande pourront être déposés dès la semaine prochaine, accompagnés d’un certificat d’employeur ou d’une attestation pour les indépendants, d’un extrait de casier judiciaire et de deux photos, « procédure simplifiée » censée réduire les délais à moins d’un mois ouvrable.
Sécuriser le travail de terrain
Sur la scène politique comme dans les quartiers populaires de Brazzaville, les journalistes espèrent que cette pièce d’identité professionnelle mettra fin aux suspicions, contribuera à leur sécurité et renforcera la confiance du public dans un contexte où prolifèrent rumeurs et fausses informations sur les réseaux sociaux locaux émergents.
Encadrer l’essor des médias en ligne
En toile de fond, le régulateur suit de près l’essor fulgurant des journaux en ligne, webradios et plateformes vidéo, estime qu’ils méritent une attention « particulière » pour favoriser pluralisme et responsabilité, sans freiner l’innovation numérique qui séduit une jeunesse connectée et avide de formats mobiles à faible débit local.
Un groupe de travail élargi aux associations de presse planche déjà sur une charte de bonnes pratiques, inspirée de l’expérience béninoise, afin d’encadrer la publication de contenus sensibles, la modération des commentaires et la lutte contre la désinformation, tout en préservant la liberté d’expression en ligne au Congo.
Élargir la dynamique à l’économie locale
Pour l’économiste des médias Cédric Niangui, invité de la rencontre, « l’arrivée d’un financement pérenne, même modeste, peut stimuler l’emploi, dynamiser les fournisseurs locaux et favoriser la transition vers le numérique, à condition d’un contrôle rigoureux et transparent », un avis applaudi par plusieurs directeurs de rédaction présents ce jour.
Dans les couloirs, certains reporters expriment toutefois la crainte que les petits médias ruraux ne soient oubliés ; le président répond que la grille de répartition tiendra compte de la diffusion de l’ancienneté et des programmes d’intérêt local, afin de « ne laisser personne au bord de la route ».
Calendrier et appels à contributions
Le ministère de la Communication, par la voix du directeur de cabinet, se dit prêt à accompagner le CSLC dans la mise en place des textes réglementaires et l’ouverture d’un compte dédié au Trésor public, étape indispensable pour que les premiers décaissements interviennent dès le prochain trimestre budgétaire.
À Pointe-Noire, les syndicats de journalistes saluent une « volonté claire de professionnalisation », rappellent toutefois la nécessité de former les gestionnaires des médias à l’élaboration de business plans solides, faute de quoi le fonds risquerait de se transformer en simple subvention de trésorerie ponctuelle selon leurs dernières études interne.
Pour l’heure, les professionnels sont invités à formuler leurs contributions écrites avant la fin du mois, qu’il s’agisse de suggestions techniques, d’exemples étrangers ou de propositions de contrôle citoyen, afin d’aboutir à un dispositif consensuel et durable, souligne le vice-président du Conseil présent lors de la rencontre publique.
Un secteur prêt à relever le défi
Dans un éditorial commun, plusieurs titres rappellent que la liberté d’informer demeure un pilier de la démocratie congolaise et voient dans ces annonces un signal d’encouragement pour une presse éthique, innovante et proche des citoyens, tout en invitant les journalistes à rester rigoureux et responsables dans leurs contenus.
