Le concept Sport pour tous gagne du terrain
Au retour du Festival international de sport pour tous, organisé fin novembre 2025 à Abidjan, l’ancien député et dirigeant sportif José Cyr Ebina a hérité d’une mission ambitieuse : installer au Congo une fédération dédiée au sport loisir, à la randonnée et au bien-être collectif.
Cette future structure placera la santé, l’inclusion et le plaisir avant la performance. Elle s’adressera aux enfants, aux seniors, aux salariés comme aux étudiants, en ville comme dans les villages, avec l’idée simple que bouger régulièrement est un droit accessible à tous.
Une mission confiée à un visage familier du sport congolais
Ancien président de la Fédération congolaise d’athlétisme et marathonien passionné, José Cyr Ebina connaît les rouages de la gouvernance sportive. « Nous voulons démocratiser la pratique, pas multiplier les podiums », explique-t-il, soulignant que la marche constitue « un médicament gratuit ».
Sa nomination fait suite à un accord obtenu auprès du ministère des Sports, qui encouragera l’initiative par des facilités administratives et l’accès aux infrastructures existantes. Le projet reste porté par des bénévoles et s’appuiera sur les associations de quartiers actives.
Un calendrier en trois étapes clés
D’ici mars, un comité de préfiguration rassemblera médecins, éducateurs, collectivités locales et entreprises pour définir les statuts. Avant l’été, une tournée sillonnera Brazzaville, Pointe-Noire et les chefs-lieux pour tester des séances gratuites de marche et de gym douce.
La fédération devrait être officiellement portée sur les fonts baptismaux au dernier trimestre 2026, date symbolique qui coïncidera avec le cinquantième anniversaire de l’adhésion du Congo à l’Organisation internationale du sport pour tous, rappelant la continuité des engagements du pays en matière de santé publique.
Le sport-santé, un enjeu continental
La Confédération africaine de sport pour tous, fondée en 2023, recense déjà 26 pays ayant enclenché un modèle fédéral similaire. Son slogan « Bougeons l’Afrique » met l’accent sur la prévention des maladies non transmissibles, responsables de quatre décès sur dix en Afrique subsaharienne.
À Abidjan, lors du festival qui a servi de déclencheur, les délégations ont partagé leurs bonnes pratiques : parcours urbains sécurisés, challenges inter-entreprises, applications mobiles pour mesurer les pas quotidiens. Ces idées seront adaptées aux réalités congolaises, où la chaleur impose des horaires plus matinaux.
Santé publique et cohésion sociale
Les médecins de l’Institut national de la jeunesse et des sports rappellent que trente minutes d’activité modérée réduisent de 40 % le risque d’hypertension. Au-delà des chiffres, la pratique collective renforce les liens de voisinage et facilite la transmission des conseils nutritionnels simples.
Le professeur Georges Obami, cardiologue, salue la démarche : « Nous dépensons trop dans le curatif. Promouvoir la marche et le stretching revient bien moins cher qu’un séjour en réanimation. » Selon lui, chaque franc investi dans le mouvement en économise dix en soins hospitaliers.
Des attentes fortes sur le terrain
À Mfilou, quartier populaire de Brazzaville, Lydie, aide-soignante de 28 ans, rêve de séances matinales encadrées. « Nous marchons déjà pour aller au travail, mais en groupe c’est plus motivant », confie-t-elle, espérant du matériel simple comme tapis et élastiques basiques.
À Pointe-Noire, plusieurs entreprises pétrolières ont signalé leur intérêt pour sponsoriser des parcours corporatifs. Les ressources humaines y voient un moyen de réduire l’absentéisme. « Moins de lombalgies, plus de productivité », résume un cadre, convaincu que le label fédéral apportera crédibilité et encadrement professionnel supplémentaire durable.
Partenaires institutionnels et financement
La Direction générale des Sports réfléchit à mobiliser le Fonds national pour la promotion de la jeunesse afin de subventionner le matériel de base. Les communes pourraient, quant à elles, mettre stades en accès libre deux soirs par semaine pour les séances collectives.
Les premiers budgets seront modestes : entre 30 et 50 millions FCFA, principalement destinés à la formation des éducateurs. « L’important est de planter la graine », insiste José Cyr Ebina, qui compte sur le mécénat privé pour financer, plus tard, des parcours balisés permanents dans tout pays.
Et après la création ?
Une fois la fédération officiellement reconnue, un réseau de clubs territoriaux verra le jour. Ils remettront des carnets d’activité aux adhérents, sur le modèle des carnets de vaccination, afin de suivre la progression. De petites compétitions conviviales récompenseront la régularité plutôt que la vitesse purement.
Les organisateurs envisagent également un festival annuel itinérant, qui alternera entre les villes afin de valoriser les spécificités régionales : plages de sable à Pointe-Noire, collines verdoyantes autour de Dolisie, rives du fleuve à Brazzaville. L’objectif est de créer une émulation positive durable.
Un élan soutenu par les autorités
Le ministère des Sports rappelle que cette initiative s’insère dans le Plan national de développement 2022-2026, qui fait de la promotion d’un mode de vie actif un axe prioritaire. « Le sport n’est pas qu’un spectacle », insiste un conseiller, « c’est aussi une politique préventive » solide.
Avec la perspective de la fédération, le Congo réaffirme son attachement aux valeurs d’intégration et de solidarité continentales. Pour José Cyr Ebina, « chaque pas supplémentaire est une victoire contre la sédentarité ». Reste désormais à transformer l’essai, baskets aux pieds, ensemble collectivement et durablement.
