Un diagnostic lucide du football congolais
La salle de conférence de la Fédération congolaise de football a vibré le 12 décembre lorsque l’association KF Brazza a déroulé son plan détaillé pour relancer les Diables rouges et dynamiser les compétitions nationales, de la Ligue 1 au football féminin.
Aux côtés de Jules Marie Nguesso, Yan Mavoungou et Leo Goma Taty, le président de l’association a dressé un diagnostic franc : talents individuels solides, infrastructures perfectibles, repérage tardif des binationaux et faible rentabilité des championnats, autant de freins à la performance collective.
L’étude, mûrie pendant dix-huit mois, s’articule autour de quatre axes majeurs et ambitionne une montée en puissance progressive sur cinq à dix ans, avec en ligne de mire une qualification régulière aux grandes compétitions continentales et un championnat domestique financièrement attractif.
Quatre axes stratégiques pour les Diables rouges
Premier pilier : remettre les sélections nationales au sommet. KF Brazza recommande un calendrier de stages avant chaque fenêtre internationale, la stabilisation du staff technique et une passerelle claire entre équipes jeunes et A pour fluidifier la progression des talents locaux.
« Un joueur ne doit plus découvrir la sélection trente-six heures avant un match, insiste Jules Marie Nguesso. Anticiper, c’est déjà gagner ». Le message, applaudi par la salle, traduit la volonté d’installer une culture de la préparation minutieuse.
Le second axe se penche sur les championnats Ligue 1 et Ligue 2. L’association propose un format calendrier resserré, des droits TV collectifs et un cahier des charges des clubs plus exigeant afin d’accroître la visibilité, attirer des annonceurs et renforcer l’intérêt du public.
Le troisième volet concerne le football féminin, présenté comme un gisement de croissance inexploité. KF Brazza souhaite professionnaliser les encadrements, instaurer des tournois régionaux et valoriser les meilleures joueuses à travers un dispositif de bourses scolaires et sportives.
Enfin, un chapitre entier est consacré à la monétisation : marketing commun des clubs, billetterie dématérialisée, partenariats avec les opérateurs télécoms et exploitation d’une application mobile pour élargir la base de supporters et multiplier les sources de revenus.
Objectif CAN 2027 et mobilisation générale
KF Brazza s’est également fixé un objectif court terme : franchir le « plafond de verre » dès les éliminatoires de la CAN 2027, prévues en mars prochain. L’idée est de transformer chaque regroupement en séminaire tactique de haut niveau, mêlant analyses vidéo et données de performance.
La réussite du projet suppose, selon ses initiateurs, une mobilisation collective. « Si chacun met un peu d’eau dans son vin, la mise en œuvre sera simple », a rappelé Yan Mavoungou, réaffirmant la volonté de travailler de façon complémentaire avec le ministère des Sports et la Fecofoot.
Le président de la Fecofoot, Jean Guy Blaise Mayolas, a salué « une démarche structurée » tout en soulignant le rôle incontournable de l’État dans la marche vers le professionnalisme. Sans subvention publique, a-t-il prévenu, difficile de sécuriser les investissements indispensables à une ligue durablement compétitive.
Concrètement, l’instance fédérale souhaite un mécanisme de cofinancement : l’appui budgétaire étatique couvrirait la logistique et la formation, quand les sponsors privés dynamiseraient la communication et la technologie. Cette combinaison doit, selon Mayolas, « créer un cercle vertueux au bénéfice des clubs et des supporters ».
Professionnalisation et retombées économiques
Le projet arrive dans un contexte où plusieurs pays africains investissent massivement dans leurs ligues, cherchant à retenir les jeunes talents sur le continent. Pour le Congo-Brazzaville, l’enjeu dépasse le sport : il s’agit aussi de valoriser l’image nationale et de stimuler l’économie locale.
Des précédents existent. En 2017, la Fondation pour le développement du sport en Afrique avait signé un partenariat de cinq ans avec la Fecofoot, assorti d’engagements étatiques. Les retards enregistrés servent aujourd’hui de rappel : la continuité institutionnelle reste le meilleur allié de la performance sportive.
Les experts voient cependant dans la méthode KF Brazza une différence : la structure s’appuie sur des indicateurs mesurables et un calendrier précis. Un audit annuel indépendant devrait, d’après le document, publier un tableau de bord détaillant finances, affluences, progression technique et retombées économiques.
Autre innovation avancée : la création d’un centre numérique de scouting partagé entre clubs, destiné à détecter plus tôt les jeunes talents des quartiers de Brazzaville, Pointe-Noire ou Owando, mais aussi ceux issus de la diaspora en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.
Place des femmes et calendrier opérationnel
Le football congolais féminin bénéficie aussi d’une attention renforcée. Le projet prévoit la rénovation de terrains scolaires, la diffusion télévisée de la future Ligue féminine et des sessions de formation d’entraîneures, afin que les futures générations trouvent un cadre d’épanouissement similaire à celui des garçons.
À l’issue de la présentation, un comité mixte Fecofoot-ministère a été annoncé pour étudier la déclinaison opérationnelle. Signe d’un optimisme partagé, la première réunion technique est attendue début janvier, avec l’ambition affichée d’entamer rapidement les chantiers prioritaires.
L’espoir renaît chez les supporters
Pour beaucoup de supporters croisés à la sortie, l’annonce redonne espoir. « Si le projet est suivi, notre équipe pourra rivaliser avec les voisins et ramener enfin une CAN à Brazzaville », sourit Franck, maçon de Talangaï, déjà prêt à reprendre son abonnement.
