Brazzaville : le CsLC face aux rédactions
Réunis dans un salon de l’Olympic Palace, vendredi 12 décembre 2025, des journalistes de Brazzaville ont écouté le président du Conseil supérieur de la liberté de la communication, Médard Milandou Nsonga, délivrer un message décisif pour la profession.
À trois mois de l’ouverture officielle de la campagne pour la présidentielle de mars 2026, le patron du régulateur a appelé à « la responsabilité et l’esprit républicain », estimant que l’actualité électorale teste la solidité éthique des rédactions.
Cette prise de parole intervient alors que les dernières statistiques du CsLC dénombrent plus de 250 médias enregistrés, dont 70 % numériques, un paysage foisonnant qui exige, selon l’orateur, « une vigilance proportionnelle à la liberté conquise ».
Rôle institutionnel du CsLC
Devant un auditoire attentif, Médard Milandou Nsonga a rappelé que le CsLC, créé par la loi organique de 2001, veille à l’application des textes garantissant simultanément la liberté d’expression et la protection des citoyens contre les dérives médiatiques.
Il a présenté le nouveau bureau de l’institution : onze membres, issus du monde des médias, du barreau et de la société civile, dont deux excusés ce jour-là, « gage d’un pluralisme assumé », a-t-il indiqué.
Élections 2026 : directives attendues
Le régulateur prévoit de publier en janvier des lignes directrices spécifiques pour encadrer la couverture de la campagne : temps d’antenne équilibré, vérification des chiffres et obligation d’identification des sources seront au cœur du document.
« Il ne s’agit pas de restreindre, mais de responsabiliser », a précisé le président, rappelant que la presse est un partenaire institutionnel dont l’apport au débat public doit rimer avec exactitude et équilibre.
Carte de presse relancée
Autre annonce phare : la relance de la campagne d’attribution de la carte professionnelle, gelée pendant la pandémie. Les reporters accrédités disposeront d’un laissez-passer unique pour accéder aux meetings, centres de dépouillement et points presse officiels.
Le document, biométrique et infalsifiable, sera délivré après vérification des diplômes, preuves de publications et respect du code de déontologie. Une plateforme en ligne, actuellement en phase de test, centralisera les demandes et réduira les délais.
Fausses nouvelles : vigilance renforcée
La question des fausses nouvelles a suscité un consensus. « Certains contenus prônent la haine et manipulent l’opinion ; leurs auteurs ne sont pas des journalistes », a martelé le président, évoquant la viralité des réseaux sociaux.
Le CsLC va renforcer la veille numérique avec les observatoires locaux et les opérateurs télécoms, pour signaler puis sanctionner les publications mensongères les plus nuisibles à la cohésion nationale.
Parallèlement, une campagne d’éducation aux médias sera lancée dans les lycées et universités de Brazzaville et Pointe-Noire, pour aider les jeunes internautes à déceler les titres racoleurs et à vérifier les photos manipulées.
Le ministère chargé de la Jeunesse devrait, de son côté, soutenir des ateliers interactifs où blogueurs, étudiants et journalistes débattront des bonnes pratiques de vérification, une collaboration inédite saluée par plusieurs ONG de défense de la presse.
Fonds d’appui aux médias
Le président a également évoqué le futur fonds d’appui aux organes de presse, souhaité par les associations professionnelles. Une concertation tripartite avec le ministère de la Communication et les éditeurs permettra d’arrêter des critères équitables et inclusifs.
L’objectif affiché est de soutenir la modernisation des rédactions, notamment l’équipement audiovisuel, la connexion haut débit et la formation continue, sans jamais interférer dans la ligne éditoriale des bénéficiaires, a assuré Médard Milandou Nsonga.
Continuité du dialogue territorial
La rencontre de Brazzaville prolonge celle du 15 octobre à Pointe-Noire, où la même équipe avait déjà échangé avec les radios privées et les correspondants de presse. Le CsLC veut maintenir un fil permanent avec les territoires.
Si, cette fois, aucune séance de questions-réponses n’a eu lieu, les membres du conseil ont promis de revenir rapidement vers les rédactions pour détailler les textes d’application et recueillir leurs suggestions techniques.
Perspectives à court terme
Les prochaines semaines seront consacrées à la finalisation du guide électoral, au calibrage de la carte de presse et à l’installation d’un observatoire des contenus numériques, trois chantiers considérés comme structurants par le régulateur.
Les représentants d’organes présents saluent une démarche jugée inclusive. « Nous partageons l’exigence de rigueur », confie Arlette Ibata, rédactrice en chef d’un quotidien local, tout en espérant que les médias recevront des indications claires, loin de toute ambiguïté.
Dans les couloirs, plusieurs jeunes reporters rappellent cependant la nécessité d’un soutien matériel rapide, soulignant que sans connexion fiable il reste difficile de croiser les sources et de diffuser des formats multimédias de qualité.
Le CsLC assure que les conclusions de la concertation sur le fonds d’appui seront rendues publiques avant le premier tour, de façon à rassurer les éditeurs et encourager la production d’enquêtes fouillées sur le processus électoral.
En quittant l’hôtel, les invités ont partagé un verre de convivialité. Le temps d’un apéritif, journalistes et régulateur ont fait le pari d’un dialogue durable, convaincus que l’information de qualité reste l’un des piliers de la paix sociale.
