Un nouveau bastion pour la lutte contre le VIH
Brazzaville a désormais un nouveau symbole de la riposte contre le VIH. Lundi 15 décembre, le ministre de la Santé et de la Population, Jean Rosaire Ibara, a officiellement remis les clés du siège rénové du Programme national de lutte contre le sida.
Situé dans l’enceinte de l’ancien Centre de puériculture Lucienne Édouard Renard, le bâtiment affiche une allure moderne tout en préservant l’histoire d’un site longtemps dédié au soin.
Un chantier conduit en un temps record
Géré par le PNUD avec l’appui financier du Fonds mondial, le projet a transformé l’ancien centre orthopédique en cinq mois, de juin à décembre 2025, malgré des contraintes techniques et une météo peu clémente.
Le coût total des travaux s’élève à 383 416 000 FCFA, mobilisant entreprises locales, ingénieurs congolais et fournisseurs de matériaux certifiés, selon le ministère.
Un bâtiment pensé pour le bien-être et l’écologie
La nouvelle structure offre 23 pièces fonctionnelles : bureaux lumineux, salle de réunion connectée, archives sécurisées et espaces de reprographie. Chaque zone répond aux normes internationales en matière d’accessibilité et de sécurité incendie.
Des panneaux solaires alimentent l’éclairage, un système de récupération d’eau de pluie assure l’entretien des jardins, et la ventilation naturelle limite l’usage de climatisation, réduisant ainsi la facture énergétique.
Un réseau logistique renforcé jusque dans les districts
Au-delà de la capitale, vingt entrepôts de districts ont déjà été rénovés ou le seront dans les prochaines semaines, pour sécuriser l’acheminement des antirétroviraux et des tests dans les quinze départements.
Ce maillage logistique, salué par l’OMS, doit réduire les ruptures de stock et rapprocher les traitements des patients les plus éloignés, selon le docteur Vincent Dossou Sodjinou, représentant résident de l’organisation.
Des partenaires mobilisés jusqu’en 2030
Lors de la cérémonie de remise, la représentante du PNUD, Madame Adama-Dian Barry, a rappelé l’objectif fixé par l’ONU : mettre fin à l’épidémie de VIH d’ici 2030 grâce à des infrastructures solides et un engagement collectif renforcé.
Nous ne laisserons personne de côté, a-t-elle insisté, soulignant la contribution technique et financière du Fonds mondial et la détermination des autorités congolaises.
La directrice du PNLS, docteure Cécile Mapapa Miakassissa, a exprimé sa gratitude : ce siège reflète la volonté nationale de disposer d’un cadre institutionnel à la hauteur des enjeux sanitaires actuels.
Un appel à la gestion rigoureuse
Le ministre Jean Rosaire Ibara a salué un pas supplémentaire vers un État efficace, capable de répondre aux attentes légitimes des populations en matière de santé publique.
Il a exhorté les équipes du programme à gérer l’infrastructure avec rigueur, multiplier les campagnes de sensibilisation et publier des indicateurs mesurables pour suivre les progrès.
À terme, le nouveau siège doit devenir un centre de référence pour la coordination, la formation et la recherche opérationnelle, afin de consolider les acquis et accélérer la réponse nationale.
Le ministère prévoit aussi des évaluations trimestrielles et des audits environnementaux pour garantir la durabilité des équipements installés.
Un impact social attendu
Selon le Conseil national de lutte contre le sida, plus de 105 000 personnes vivent avec le VIH en République du Congo et 65 % d’entre elles reçoivent déjà un traitement antirétroviral.
Le nouveau siège doit faciliter la planification des stocks, la distribution des tests de dépistage et l’organisation d’actions communautaires afin d’élever ce taux de couverture à 95 % dans les prochaines années.
Pour Brice, bénévole d’une association de Brazzaville, l’infrastructure représente « un message d’espoir » pour les personnes vivant avec le virus, en donnant une visibilité positive à la cause.
La place du Congo dans la riposte régionale
Le siège réhabilité s’inscrit aussi dans une dynamique régionale. L’Afrique centrale cherche à harmoniser ses protocoles et le Congo entend y contribuer en partageant ses données et ses bonnes pratiques.
La docteure Mapapa Miakassissa parle d’un « modèle réplicable » : l’architecture, la gouvernance et le financement pourraient inspirer les pays voisins désireux de consolider leur propre coordination nationale.
Déjà, des équipes gabonaises et camerounaises ont sollicité des visites techniques pour étudier l’intégration des énergies renouvelables et des logiciels de suivi utilisés à Brazzaville.
Des perspectives numériques pour le suivi des patients
L’immeuble modernisé embarque un réseau fibres-optique haut débit connecté au serveur central du ministère, permettant l’enregistrement en temps réel des données cliniques et la géolocalisation des stocks de médicaments.
Un tableau de bord numérique regroupe déjà les indicateurs clés : nombre de nouveaux cas dépistés, proportion de charges virales contrôlées, délais de livraison des traitements.
Selon un ingénieur du service informatique, la plateforme pourrait à terme être ouverte aux associations de patients, favorisant la remontée d’alertes et l’ajustement rapide des campagnes.
Engagement citoyen et avenir de la lutte
La remise du siège intervient quelques jours après la Journée mondiale de lutte contre le sida, rappelant que la réponse ne dépend pas seulement des institutions mais aussi de la mobilisation citoyenne.
Des collectifs de jeunes prévoient déjà des concerts de sensibilisation et des dépistages gratuits dans les quartiers périphériques pendant les fêtes de fin d’année.
« Notre génération veut atteindre l’objectif 95-95-95 avant 2030 », affirme Grâce, étudiante en santé publique, convaincue que le nouveau siège donnera l’impulsion nécessaire.
