Un atelier stratégique à Pointe-Noire
Réunis le 15 décembre dans une salle spacieuse du centre-ville de Pointe-Noire, responsables d’administrations, délégués d’entreprises extractives et représentants d’ONG ont planché pendant plusieurs heures sur les rapports 2021 et 2022 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, mieux connue sous l’acronyme ITIE.
L’atelier, présidé par Christian Mounzéo, vice-président de l’ITIE Congo, voulait aller au-delà d’une simple présentation technique : il visait à s’assurer que chaque maillon – administration, entreprise, société civile – s’approprie réellement la démarche et puisse relayer ses enseignements auprès du grand public.
Pourquoi la transparence extractive compte
« La part du pétrole dans le budget national reste déterminante », a rappelé l’orateur en ouverture, insistant sur le fait que la transparence des revenus constitue un gage de confiance pour les partenaires financiers comme pour les citoyens ordinaires désireux de comprendre la destination des ressources naturelles.
Au-delà de l’or noir, l’ITIE Congo intègre désormais les revenus miniers, gaziers et, depuis peu, forestiers, une évolution soulignée par Brice Makosso, membre du comité national, qui y voit la preuve que le pays élargit continuellement le périmètre de sa politique de divulgation.
Les points saillants des rapports 2021-2022
Les deux rapports restitués condensent chiffres de production, paiements des entreprises à l’État, réceptions effectives du Trésor et écarts éventuels nécessitant réconciliation ; autant de données qui, mises bout à bout, offrent une photographie précise des flux financiers observés durant les exercices 2021 et 2022.
Selon les intervenants, le volet capacitaire de l’atelier se veut tout aussi important : comprendre la méthodologie ITIE, savoir lire un tableau de paiements, maîtriser les définitions comptables adoptées et identifier les interlocuteurs responsables accélère la diffusion d’une culture de la reddition de comptes au sein des services publics.
Voix et attentes de la société civile
Interrogé à la pause, Franck Loufoua-Bessi, porte-voix de la société civile, a salué le respect des engagements de transparence actés par le Congo, tout en plaidant pour une communication « sur la nature exacte de chaque paiement » afin que la population suive l’évolution des montants.
Il a également exprimé le souhait de voir s’accélérer le calendrier : « Notre objectif est qu’en 2025 nous puissions déjà reparler, en détail, de la réconciliation des données de l’exercice 2023 », a-t-il précisé, devant un auditoire attentif.
Pour Christian Mounzéo, cette ambition est réaliste si chaque partie prenante conserve la même dynamique que celle observée ces dernières années, marquées par la publication à temps des rapports et la montée en compétences progressive des équipes impliquées dans la collecte et la vérification des chiffres.
Vers une information plus accessible
Les débats ont également porté sur la façon d’améliorer la diffusion des informations en ligne, qu’il s’agisse de tableaux interactifs, de vidéos explicatives ou de fiches thématiques vulgarisées, afin de toucher un public plus jeune, habitué aux réseaux sociaux et aux messageries instantanées.
D’autres participants ont souligné l’importance de rapprocher les chiffres budgétaires des réalités locales, par exemple en organisant des séances d’explication dans les quartiers périphériques ou les villages côtiers, là où l’impact social des projets extractifs se mesure au quotidien.
Cap sur Dolisie et Nkayi
Après Pointe-Noire, la caravane de la restitution poursuivra sa route vers Dolisie puis Nkayi, deux villes appelées à accueillir le même format d’échanges pour garantir une couverture géographique équilibrée et permettre aux administrations déconcentrées de s’imprégner directement des conclusions.
Les organisateurs n’ont pas caché qu’ils comptaient, lors de ces escales, recueillir des retours d’expérience susceptibles d’enrichir les futures versions du rapport, notamment sur la lisibilité des tableaux ou l’intégration d’indicateurs environnementaux, sujets de plus en plus évoqués par les communautés riveraines.
Vers une gouvernance toujours plus ouverte
Si l’ITIE a pour mission de mettre l’information à la portée des citoyens, l’ambition finale demeure la même : encourager des réformes pérennes dans la gouvernance des ressources naturelles, afin que leur exploitation se traduise par des services publics renforcés et une amélioration tangible du quotidien.
Depuis l’adoption du label ITIE, le Congo a multiplié les initiatives visant à concilier attractivité pour les investisseurs et exigences de redevabilité, une ligne d’action présentée comme complémentaire des orientations du Plan national de développement et des objectifs de transformation économique.
Les participants de Pointe-Noire estiment que la publication régulière des rapports augmente la crédibilité du pays auprès des institutions financières, facilite la mobilisation de capitaux pour de nouveaux projets industriels et rassure les communautés quant au suivi des engagements sociaux pris par les opérateurs.
Le rendez-vous, clôturé en fin d’après-midi, s’est achevé sur une note consensuelle : poursuivre l’effort collectif, partager les bonnes pratiques et maintenir l’esprit de dialogue qui a caractérisé la rencontre, dans l’espoir que le prochain atelier dresse un bilan encore plus exhaustif et accessible.
Dans les couloirs, plusieurs jeunes cadres venus des raffineries voisines ont confié que la transparence inspire aussi des pratiques internes plus rigoureuses, particulièrement dans la traçabilité des factures et le reporting environnemental, deux domaines où les standards internationaux évoluent rapidement.
