Planification lancée
Réunis du 12 au 17 décembre à Brazzaville, les chefs d’état-major, commandants de zone et experts civils ont jeté les bases de la participation sécuritaire de la Force publique à la présidentielle de 2026. Le général de brigade François Ossele juge la feuille de route « globalement validée ».
Selon lui, cette conférence initiale lance un cycle de planification articulé sur trois niveaux, du stratégique au territorial, afin d’assurer une réponse préventive et réactive face aux risques identifiés, qu’il s’agisse de défis logistiques, de mobilisation citoyenne ou de sécurité transfrontalière.
Coordination stratégique
Le travail abattu a surtout permis de clarifier les responsabilités de chaque structure opérationnelle. Les forces armées, la gendarmerie et la police sont désormais dotées d’un canevas commun pour l’anticipation, la collecte d’informations et l’intervention rapide en cas d’incident autour des bureaux de vote.
Sur le plan technique, un tableau d’alerte gradué sera mis en place dans tous les départements. Cet outil, déjà éprouvé lors des derniers scrutins locaux, doit permettre d’évaluer la situation en temps réel et d’activer progressivement les renforts si nécessaire.
Le général de division Guy Blanchard Okoï, chef d’état-major des FAC, a salué cette harmonisation. « Notre devoir est d’offrir la même qualité de protection à Makoua qu’à Pointe-Noire, dans le respect de la loi et de nos concitoyens », a-t-il rappelé.
Vote anticipé décisif
Autre point crucial : le vote anticipé des militaires, gendarmes et policiers. Depuis 2016, ce dispositif permet à la Force publique de remplir son devoir citoyen tout en demeurant disponible le jour J pour sécuriser la population civile et les matériels électoraux.
Pour 2026, la Commission nationale électorale indépendante envisage d’ouvrir plus de 300 centres de vote dédiés. Les commandants de zone devront veiller à une communication interne soutenue, afin que chaque agent connaisse la localisation exacte de son bureau et les horaires à respecter.
« La participation massive est notre meilleure démonstration de discipline », a insisté le général Okoï. Il a rappelé que les résultats du vote anticipé servent souvent de thermomètre social ; un déroulement fluide renforce la confiance des électeurs et crédibilise l’ensemble du processus.
Frontières sous surveillance
Le contrôle des frontières demeure un volet sensible. Conformément aux orientations du président de la République, chef suprême des armées, les patrouilles terrestres, fluviales et aériennes seront renforcées dès le lancement de la campagne, avec un accent particulier sur les axes Nord et Plateau.
L’objectif est double : empêcher toute circulation illégale d’armes et garantir la libre circulation des biens de première nécessité. Les équipes du génie militaire ont déjà procédé à un état des pistes afin d’éviter que des problèmes d’accessibilité ne retardent le déploiement des urnes.
Dans les zones frontalières, des formations mixtes associant forces régulières, douaniers et acteurs locaux seront instituées. Cette approche collaborative s’est révélée efficace lors des opérations humanitaires post-inondations en 2022, rappellent les officiers présents à la conférence.
Feuille de route 2024-2025
Les travaux vont se poursuivre dès le premier trimestre 2024 avec une conférence de validation. Y seront examinés la cartographie des centres sensibles, le plan sanitaire pour les personnels engagés et la stratégie de communication nationale, afin d’assurer une synergie complète entre forces de défense et autorités civiles.
Un exercice grandeur nature est aussi programmé en 2025. Pendant 48 heures, un scénario simulera des incidents multiples : panne d’électricité, afflux massif d’électeurs, intempéries soudaines. Les différents corps seront évalués sur leur capacité à maintenir l’ordre et la transparence du scrutin.
Mur cyber-sécurité contre la désinformation
Parallèlement, un volet cyber-sécurité sera intégré. Les spécialistes de la Direction générale de la surveillance du territoire coopéreront avec les opérateurs télécoms pour détecter d’éventuelles campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux et protéger les serveurs hébergeant la base de données électorale.
Regards extérieurs
Pour le sociologue Jean-Bruno Moungounga, spécialiste des dynamiques électorales, la démarche est salutaire. « La prévention réduit la perception de risque et encourage la participation. Quand l’arsenal sécuritaire est pensé en amont, cela évite les improvisations qui nourrissent les rumeurs », estime-t-il.
Même son de cloche chez Chantal Ndinga, présidente d’un collectif d’observateurs citoyens : elle souligne le caractère rassurant de la collaboration entre Force publique et organisations civiles. « Le partage d’informations et l’accès aux sites de vote favorisent la transparence que nous appelons de nos vœux ».
Maintenir la dynamique
À 30 mois du scrutin, le cadre se précise donc. Les forces de sécurité affirment leur disponibilité, la CNEI affine son calendrier, et les organisations de la société civile saluent la démarche. Reste à maintenir cet élan jusqu’à la proclamation des résultats définitifs.
En clôturant la conférence, le général Okoï a résumé l’esprit qui guidera les prochains mois : « Nous œuvrons pour que chaque voix compte, dans la paix et la confiance. Notre engagement n’est pas seulement militaire, il est citoyen ».
