Brazzaville valide son plan santé 2026-2030
Devant un amphithéâtre comble au ministère de la Santé, Brazzaville a officialisé le 16 décembre 2025 la validation du Plan national de développement des ressources humaines pour la santé 2026-2030. Le texte, attendu depuis trois ans, promet de renforcer durablement le vivier de soignants congolais.
Présidé par le ministre Jean-Rosaire Ibara, aux côtés de collègues de l’Enseignement supérieur et du Numérique, l’événement a rassemblé syndicats, ordres professionnels, universités et partenaires techniques dont l’OMS, représentée par le Dr Vincent Dossou Sodjinou. Chacun a salué une décision qualifiée de ‘moment charnière’.
Une élaboration collective plébiscitée
La feuille de route provient d’ateliers régionaux ayant mobilisé directions départementales, hôpitaux publics et privés ainsi que la société civile. Les statistiques de l’Observatoire national de la santé ont permis d’établir un diagnostic commun, base des prévisions de besoins.
« L’implication des provinces a permis d’éviter un plan conçu depuis les bureaux de Brazzaville », souligne la Dr Mireille Mabiala, cheffe de service à Pointe-Noire. Cette démarche ascendante a, selon elle, favorisé l’adhésion des personnels et donné plus de crédibilité aux projections de besoins.
Quatre défis majeurs identifiés
Le document retient quatre priorités : accroître les effectifs, corriger les déséquilibres géographiques, renforcer les compétences et améliorer la gouvernance. Actuellement, le Congo affiche 1,2 médecin pour 10 000 habitants, loin du seuil de 4,45 recommandé par l’OMS, avec un fort déficit en zones rurales.
Les projections indiquent la nécessité de 18 000 recrues supplémentaires d’ici 2030 pour accompagner la croissance démographique et les pathologies émergentes. Or 60 % des soignants exercent aujourd’hui à Brazzaville et Pointe-Noire, d’où l’urgence d’un dispositif d’affectation incitatif.
Miser sur la formation des soignants
Premier levier, la formation initiale s’agrandit. Les facultés de médecine de Brazzaville et Pointe-Noire passeront de 300 à 500 places en 2027, tandis que trois instituts paramédicaux doubleront leurs promotions grâce à des partenariats public-privé.
Côté formation continue, le PNDRHS instaure un crédit annuel de compétences pour chaque agent, avec des modules e-learning et des stages pratiques. « La pandémie a montré notre besoin d’actualisation rapide des savoirs », rappelle le Pr Antoine Kimbembe, doyen de la faculté des sciences de la santé.
Carrière et motivation au cœur du dispositif
Un nouveau référentiel de carrière, défini avec la Fonction publique, crée des passerelles entre clinique, gestion et recherche. Les promotions s’appuieront sur des évaluations transparentes, une revendication ancienne des syndicats qui dénonçaient des progressions basées sur l’ancienneté plutôt que sur la performance.
Le volet motivation comporte une indemnité d’implantation pour les zones difficiles, l’accès prioritaire au logement social et un programme national d’excellence permettant de financer un master ou un doctorat à l’étranger pour les cadres supérieurs. L’objectif est de fidéliser les talents tout en alimentant la recherche nationale.
Gouvernance et digitalisation, duo d’avenir
Pour piloter le programme, un Observatoire national des ressources humaines verra le jour en 2026. Il centralisera les données de recrutement, mobilité et formation et fournira aux décideurs des indicateurs en temps réel pour orienter les budgets.
Le plan parie aussi sur des dossiers du personnel numérisés et la signature électronique pour fluidifier les affectations. « Moins de papier, plus de temps pour les patients », résume Ingrid Diallo, directrice des ressources humaines, déjà pilote de la démarche dans deux hôpitaux.
Coordination intersectorielle et financement
Parce que la santé dépend aussi de l’emploi public, de la formation et des infrastructures numériques, le gouvernement prévoit un comité interministériel chargé de suivre l’avancement du PNDRHS. Il inclura les ministères de la Fonction publique, de l’Enseignement supérieur, des Finances et de l’Économie numérique.
Le coût total, estimé à 2 % du PIB sur cinq ans, sera couvert par le budget national, les collectivités et les partenaires internationaux. Le ministère des Finances juge l’effort soutenable grâce à la reprise économique et à des mécanismes de financement innovants.
Cap sur la couverture sanitaire universelle
En validant le PNDRHS, le Congo se rapproche de l’objectif présidentiel d’une couverture sanitaire universelle effective à l’horizon 2030. L’amélioration de l’offre de soins passera par des personnels qualifiés capables de prendre en charge les maladies chroniques, les urgences et la prévention communautaire jusque dans les villages.
Le Dr Vincent Dossou Sodjinou rappelle que le pays s’inscrit dans la Déclaration de Windhoek et la Stratégie mondiale 2016-2030 de l’OMS. « L’accès à un soignant compétent à moins d’une heure de marche est une promesse réaliste si ce plan est appliqué sans relâche », insiste-t-il.
Pour les citoyens croisés à l’hôpital de Talangaï, l’espoir est palpable. « Nous voulons des infirmiers qui restent, pas qui partent à l’étranger », confie Clémentine Oba, mère de deux enfants asthmatiques. La réussite du PNDRHS sera jugée à la qualité des soins ressentie au quotidien.
Le ministre Jean-Rosaire Ibara conclut : « Investir dans les ressources humaines pour la santé, c’est investir dans la vie et dans la dignité de chaque Congolais ». Les prochains mois verront la traduction du plan en feuilles de route départementales, première marche vers ce défi collectif.
