Un diplôme panafricain pour la relève congolaise
De retour à Brazzaville depuis mi-décembre, la réalisatrice-productrice Armel Luyzo Mboumba savoure un accomplissement rare : elle vient d’obtenir au Maroc le Parcours panafricain des producteurs, un master exécutif qui ambitionne de placer les professionnels africains au cœur des chaînes internationales.
Pour la jeune responsable de La Forge Production, la formation représente bien plus qu’un diplôme. « C’est un moment de recentrage et de transformation », confie-t-elle en déroulant un carnet où s’entassent notes de cours, budgets fictifs et conseils de mentors reconnus.
Le Parcours, piloté par l’Organisation internationale de la Francophonie, Canal+ University et l’ESAV Marrakech, dure neuf mois. Il alterne modules en ligne et sessions intensives sur le campus marocain, abordant développement, droits, financement, production exécutive et diffusion, le tout évalué en continu.
Neuf mois de formation intensive au Maroc
Armel explique avoir découvert une méthode rigoureuse pour transformer une idée en dossier compétitif. Plan de financement, note d’intention, présentation de personnages : chaque exercice était disséqué, parfois devant des producteurs de festivals majeurs comme Durban ou Marrakech, invités pour des masterclasses.
Au-delà des contenus techniques, la dimension humaine a marqué la réalisatrice. « Nous venions de dix pays, avec des réalités économiques différentes. Apprendre ensemble a créé une solidarité précieuse », souligne-t-elle. Ce réseau, tissé lors de travaux collectifs, devient aujourd’hui un atout pour coproduire.
Première Congolaise diplômée : un signal fort
Le diplôme confère également un statut inédit : elle est la première Congolaise à porter ce titre. « Cela place un phare sur les talents féminins de Brazzaville », analyse la critique de cinéma Clarisse Mabika, qui voit émerger une nouvelle génération de productrices engagées.
Dans la capitale, La Forge Production occupe déjà un espace de coworking dédié à l’image. L’enjeu, maintenant, consiste à structurer la société pour répondre aux standards internationaux. Armel prépare des contrats types, formalise un manuel qualité et prévoit un comité de lecture interne.
Des projets et des partenariats en gestation
Parallèlement, deux projets avancent. Le premier, un long-métrage de fiction situé entre Dolisie et Pointe-Noire, a obtenu un développement au Fonds de soutien francophone. Le second, un documentaire sur les bâtisseurs de la rive droite du fleuve Congo, cherche partenaires techniques.
La réalisatrice compte défendre ces œuvres devant des commissions d’aide auxquelles le PPP l’a préparée. Elle s’entraîne à pitcher en trois minutes, à justifier chaque ligne budgétaire et à négocier un pourcentage juste pour la postproduction, disciplines parfois redoutées par les jeunes créateurs.
L’État congolais affiche, depuis quelques années, une volonté de soutenir l’économie culturelle. Des appels à projets et un futur fonds d’avance sur recettes figurent dans les textes. Armel se dit prête à dialoguer avec les ministères compétents pour faire converger ambitions privées et stratégies publiques.
Partager, structurer, rayonner depuis Brazzaville
Le critique Guy Moukassa rappelle toutefois que la formation de producteurs doit s’accompagner de circuits de distribution en salle. « Sans écrans, nos films restent invisibles », souligne-t-il. Un point sur lequel Armel veut mobiliser les exploitants, notamment dans les départements à forte jeunesse.
L’expérience marocaine a également nourri une réflexion sur la durabilité. Déplacements compensés en carbone, éclairages LED, recyclage des décors : autant de gestes vus pendant le master que la productrice veut adapter au contexte local, en collaboration avec des associations environnementales.
Sur le plan personnel, la Briéveté du programme a été vécue comme un sas. « J’ai pu prendre du recul sur ma pratique documentaire, parfois militante, et trouver un langage universel », raconte-t-elle, citant l’influence des mentors venus du Québec, du Sénégal ou de France durant les sessions mixtes.
À Brazzaville, elle envisage désormais d’animer des ateliers ouverts aux étudiants en audiovisuel de l’Université Marien-Ngouabi et aux collectifs de quartiers. Objectif : partager les outils reçus, mais aussi détecter des histoires enracinées dans le quotidien urbain, susceptibles de parler au monde.
Le PPP devrait repartir en 2024 avec une nouvelle cohorte. Luyzo Mboumba se dit disponible pour intervenir comme intervenante ponctuelle. « Transmettre, c’est prolonger l’aventure », sourit-elle, estimant que l’avenir du cinéma congolais passera par un maillage d’expériences solidaires.
Vers un écosystème cinéma durable
Pour l’heure, la productrice se replonge dans la post-production d’un court métrage tourné l’an dernier à Makélékélé. Chaque décision est relue à la lumière du master : devis sécurisés, contrats en règle, plan de festivalisation précis. « Je sens la différence », assure-t-elle.
Entre ambitions personnelles et enjeux collectifs, le parcours d’Armel Luyzo Mboumba illustre la montée en puissance de femmes créatrices au Congo-Brazzaville. Soutenue par ses pairs et encouragée par un cadre public en construction, elle veut démontrer qu’un récit national peut aussi se tourner en plans larges et lumineux.
À l’horizon, l’inauguration annoncée du futur Centre national du film, avenue de la Base, pourrait offrir un nouvel écrin aux producteurs formés. Armel espère y projeter son prochain film, symbole d’un secteur qui se structure pas à pas.
