L’art floral, filière en plein essor à Brazzaville
Au cœur de Bacongo, les bouquets rivalisent de couleurs. Ce décor symbolise l’intérêt grandissant des Brazzavillois pour la décoration florale, poussant le secteur artisanal à se structurer. Les 54 nouveaux diplômés portent désormais l’espoir d’une offre locale capable de satisfaire mariages, conférences et célébrations familiales.
Selon les chiffres avancés lors de la cérémonie, les prestations florales représentent un segment en forte progression dans la capitale. Les consommateurs recherchent des créations originales, respectueuses des saisons et adaptées à des budgets variés, ouvrant des perspectives concrètes pour de jeunes entrepreneurs motivés.
Un partenariat public-privé au service de l’emploi
L’initiative est copilotée par le Fonds d’impulsion de garantie et d’accompagnement et la société Déco Évents. Ce duo illustre la nouvelle dynamique qui associe acteurs publics et privés pour former rapidement des jeunes, tout en sécurisant leur accès au marché par un accompagnement financier ciblé.
« Un jeune formé, une entreprise créée, un emploi garanti », a rappelé le directeur interdépartemental Brazzaville-Pool du Figa, Luc Christian Mpara, soulignant la volonté gouvernementale d’ouvrir des brèches porteuses d’opportunités et de promouvoir les métiers émergents du vaste secteur de l’artisanat.
Des compétences immédiatement mobilisables
Durant plusieurs semaines, les apprenants ont alterné cours théoriques et ateliers pratiques. L’objectif affiché par la formatrice Flavelle Vouanza Moundelé consistait à rendre chaque participant autonome sur l’ensemble de la chaîne, de la sélection des fleurs à la mise en scène finale d’un lieu de réception.
Les stagiaires ont appris à créer des arches, centres de table, compositions suspendues et bouquets personnalisés. La pédagogie, axée sur l’expérimentation, a favorisé la confiance en soi, la créativité et le sens du détail, qualités essentielles pour séduire une clientèle de plus en plus exigeante.
Micro-crédit, accélérateur d’auto-emploi
À l’issue de la formation, un fonds global de 16 500 000 FCFA est mis à disposition des lauréats. Réparti selon la solidité des projets, il financera l’achat de matériel, la location d’espaces de travail ou la création de plateformes numériques, répondant aux aspirations diverses des nouveaux artisans.
Le Figa garantit ces prêts afin de réduire le risque pour les établissements financiers. Cette facilité de trésorerie constitue un levier essentiel pour transformer la compétence acquise en activité génératrice de revenus pérennes sur un marché local jugé prometteur par les observateurs.
Paroles de lauréats pleins d’élan
Vêtue de sa vareuse noire barrée du logo Figa, Sandra, 23 ans, confie vouloir aménager son garage familial en atelier. « Je vise trois mariages par mois. Si j’atteins cet objectif, je pourrai employer une assistante d’ici un an », projette-t-elle avec assurance.
À ses côtés, Fabrice, 28 ans, a déjà réservé son nom de domaine. Il s’imagine proposer des formations courtes en ligne pour élargir sa clientèle. « Le digital permet d’exposer son travail au-delà des frontières de la ville », explique-t-il, smartphone à la main.
Tous saluent la qualité de l’encadrement et l’esprit de cohésion né durant la formation. Plusieurs envisagent de mutualiser l’achat d’un camion frigorifique pour assurer la fraîcheur des fleurs sous les températures élevées de la saison chaude.
Le rôle structurant des institutions
En inscrivant les lauréats au répertoire de l’Agence nationale de l’artisanat, le Figa leur ouvre l’accès aux marchés publics et aux espaces d’exposition officiels. Cette reconnaissance constitue un gage de sérieux pour les clients et renforce la professionnalisation d’un métier parfois exercé de façon informelle.
La ministre en charge des PME et de l’artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo, avait lancé en février une stratégie de valorisation de la filière florale. L’aboutissement de cette promotion se mesure aujourd’hui à travers des artisans certifiés, prêts à innover et à contribuer à la diversification économique nationale.
Des perspectives de croissance durables
Les professionnels anticipent une hausse des événements corporate et familiaux dans la capitale, dopée par la reprise des activités culturelles et sportives. Les décorateurs floraux pourront ainsi étendre leur savoir-faire au-delà des mariages, vers les lancements de produits, festivals ou foires.
Le développement de circuits horticoles locaux, encouragé par la demande, pourrait réduire les importations de fleurs et susciter de nouvelles vocations agricoles. Le ministère de l’Agriculture étudie déjà l’option de parcelles pilotes autour de Kintélé pour approvisionner les artisans en variétés adaptées au climat.
Enfin, la tendance internationale vers des décorations écologiques ouvre une niche supplémentaire. Plusieurs lauréats envisagent des offres basées sur le recyclage de contenants et la promotion de fleurs séchées, alignant leurs pratiques sur les attentes d’une clientèle sensible à la durabilité.
