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    Accueil»Culture»Des trésors ancestraux enflamment l’amphi de Brazzaville
    Culture

    Des trésors ancestraux enflamment l’amphi de Brazzaville

    Par Yves Mabiala19 décembre 20255 Mins de Lecture
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    Un auditorium transformé en salle des trésors

    Le 16 décembre, le Musée national a quitté ses murs pour investir l’auditorium de l’université Marien-Ngouabi, à Brazzaville, transformé l’espace d’un après-midi en salle des trésors pour la deuxième édition de l’opération « Le musée national à la rencontre de son public universitaire ».

    Autour de la scène, une centaine d’étudiants de l’École africaine de développement découvraient en images haute définition et en modélisations 3D les pièces collectées lors de quatre missions menées entre 2012 et 2014, puis relancées en 2023 dans les districts d’Itoumbi et Mbomo.

    Une immersion dans l’art utilitaire congolais

    Les artefacts présentés dialoguent avec le quotidien : soupières aux flancs gravés, bracelets de cuivre sertis de motifs géométriques, couteaux d’apparat destinés aux notables ou encore masques en raphia, autant d’objets qui démontrent la créativité technique et esthétique des peuples du Congo-Brazzaville.

    Pour le professeur d’anthropologie Jean-Marc Ebina, invité à commenter chaque pièce, « ces ustensiles racontent la vie sociale, les hiérarchies, mais aussi l’ingéniosité d’artisans capables de fondre le cuivre dans des fours d’argile rudimentaires sans perdre un gramme de matière première ».

    Certains étudiants découvraient également la dimension monétaire de ces biens : tel couteau pouvait servir de dot, tel grelot devenait un moyen de règlement pour le bétail, rappelant que les systèmes d’échange précoloniaux reposaient souvent sur la valeur symbolique plus que sur le poids du métal.

    Relier passé et futur sur les bancs de l’université

    « Connaître d’où l’on vient pour savoir où l’on va », a martelé le directeur du musée, Marcel Ipari, rappelant que la jeunesse représente plus de la moitié de la population nationale et qu’elle doit pouvoir s’appuyer sur ce patrimoine pour bâtir les industries créatives de demain.

    La rencontre a aussi permis d’aborder l’aspect environnemental : l’argile extraite des berges, le bois choisi en fonction de sa densité ou le raphia récolté dans les marais montrent une parfaite connaissance des écosystèmes, sans laquelle aucune œuvre n’aurait pu voir le jour.

    Pour Mireille Nkouka, étudiante en économie, « comprendre l’usage du couteau de culture ou de la louche cérémonielle donne des idées pour créer des objets touristiques qui respectent les codes tout en parlant au marché contemporain ». Une trentaine d’autres étudiants ont partagé ce regard prospectif.

    Des partenariats pédagogiques déjà en gestation

    Face à cet enthousiasme, le directeur de cabinet du ministère de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des loisirs, Lis Pascal Moussodji Nziengui, a détaillé la feuille de route gouvernementale, qui comprend des projets de recherche conjoints entre conservateurs et universitaires dès le premier semestre 2026.

    Ces collaborations devraient déboucher sur l’intégration de collections dans les cours, la création de travaux pratiques in situ et l’accueil d’étudiants en stage au musée, le tout afin de fertiliser la réflexion sur le design, l’histoire et la gestion durable du patrimoine.

    « En amenant ces trésors à l’université, nous les offrons à la curiosité, à l’analyse et à l’inspiration des jeunes générations », a résumé Lis Pascal Moussodji Nziengui, assurant que les budgets nécessaires à la conservation et à la diffusion numérique seront inscrits dans le prochain plan triennal.

    Pour appuyer la démarche, plusieurs entreprises du secteur touristique ont déjà proposé de sponsoriser des hackathons étudiants visant à concevoir des applications mobiles capables de raconter, en réalité augmentée, l’histoire des masques ou des bracelets exposés.

    Vers un musée national nouvelle génération

    Le ministère a par ailleurs confirmé la construction, à Mpila, d’un bâtiment muséal de dernière génération, doté de réserves climatisées, d’ateliers de restauration et d’un auditorium interactif. L’ouverture est envisagée pour 2028, après la finalisation des études techniques et l’appel d’offres international.

    En parallèle, plus de 5 000 pièces font l’objet d’une numérisation haute résolution, accompagnée de fiches trilingues, afin de permettre un accès universel aux chercheurs, à la diaspora et aux curieux, depuis un simple smartphone, où qu’ils se trouvent.

    Le travail de terrain se poursuit aussi : de nouvelles campagnes de collecte sont programmées pour le Niari et la Cuvette afin de compléter les séries d’herminettes et de gongs étudiées lors de la session brazzavilloise, confirmant la dynamique nationale enclenchée depuis l’an dernier.

    À l’issue de l’atelier, un questionnaire a été remis aux participants ; 92 % disent vouloir visiter physiquement le musée dans l’année et 87 % affirment envisager un projet académique ou entrepreneurial lié aux arts et traditions congolais.

    Pour le sociologue Antoine Okouba, ces chiffres prouvent « qu’une action culturelle ciblée peut changer la manière dont la jeunesse perçoit son histoire et son potentiel économique », ajoutant que des indicateurs similaires ont été relevés dans d’autres pays d’Afrique centrale après des initiatives voisines.

    En attendant l’ouverture du futur complexe de Mpila, le Musée national prévoit déjà une troisième escale universitaire au campus de Pointe-Noire au printemps prochain, histoire de consolider le lien, objet par objet, entre la mémoire des villages et l’énergie créative des villes.

    Lis Pascal Moussodji Nziengui Marcel Ipari Mpila Musée national Patrimoine congolais
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