Validation historique à Brazzaville
Coup d’accélérateur pour la modernisation de l’agriculture congolaise : dix-sept prototypes de métiers viennent d’être entérinés à Brazzaville lors d’un atelier soutenu par le Projet de développement intégré des chaines de valeurs agricoles, Prodivac.
Réunis le 17 décembre, formateurs, experts du Bureau international du travail et partenaires financiers ont passé au crible la nomenclature proposée, avant de la valider à l’unanimité dans une ambiance à la fois studieuse et enthousiaste.
La coordonnatrice du BIT au Congo, Gloria-Oket-Ondako, salue « une étape clé pour aligner la formation professionnelle sur les besoins réels du marché ». Elle rappelle que les fiches métiers serviront de socle aux futurs référentiels pédagogiques.
Au total, cinq métiers relèvent de la production végétale, cinq de la production animale, trois de la pêche-aquaculture, trois de la forêt-culture-chasse et un des activités connexes, tableau jugé représentatif de la diversité rurale congolaise.
Un référentiel attendu par les centres de formation
Dans les lycées techniques de Boundji, Sibiti ou Owando, les enseignants disent attendre ce référentiel depuis longtemps pour harmoniser leurs modules et faciliter la mobilité des apprenants entre établissements.
« Nous avions jusque-là des programmes parfois disparates, reconnaît un formateur de Dolisie. Désormais, nous disposerons d’un langage commun qui clarifie les compétences à transmettre et les critères d’évaluation ».
Le ministère de l’Enseignement technique envisage, une fois la nomenclature publiée au journal officiel, d’actualiser les curricula et de lancer des sessions de recyclage pour près de deux cents instructeurs.
Co-construction avec les partenaires internationaux
L’atelier s’inscrit dans l’assistance technique mobilisée par le BIT dans le cadre du Prodivac, financée en partie par la Banque africaine de développement, représentée à Brazzaville par l’économiste pays Olivier Degny.
« Félicitations pour cette avancée, lance-t-il. Transformons désormais les idées en résultats mesurables ». Son institution promet de poursuivre l’appui, notamment pour l’équipement de fermes-écoles et l’animation de formations pratiques.
Des organismes de la coopération française et la FAO participaient également aux discussions, apportant leur expertise en agroécologie et en gestion durable des ressources.
Des débouchés attendus pour la jeunesse rurale
Au-delà des salles de classe, la nomenclature vise à sécuriser les parcours professionnels des jeunes, objectif central du Plan national de développement 2022-2026 qui parie sur l’agriculture comme moteur de diversification économique.
D’après les projections officielles, la création de chaînes de valeur performantes pourrait générer, d’ici trois ans, plus de vingt mille emplois directs et indirects, notamment dans la transformation et la logistique agricoles.
Dans la cuvette, Arlette, 27 ans, rêve déjà d’ouvrir un atelier de fabrication de provendes : « Si le métier d’opératrice en nutrition animale est reconnu, je pourrai décrocher un financement plus facilement ».
Un comité ad hoc pour assurer le suivi
Le directeur de cabinet du ministère de l’Agriculture, Pascal Robin Ongoka, rappelle qu’un comité ad hoc suit désormais chaque étape, du test grandeur nature des fiches jusqu’à leur diffusion dans les départements.
« Nous sommes maître d’ouvrage du Prodivac et suivons avec intérêt cette assistance du BIT, qui commence déjà à porter des fruits », souligne-t-il, confiant dans la capacité collective à respecter le calendrier.
Le comité devra également veiller à l’adaptation des fiches aux réalités locales, par exemple l’introduction de modules spécifiques au manioc, première culture vivrière du pays, ou à l’agroforesterie en milieu périurbain.
Agriculture et ODD2, même combat
La validation intervient alors que la communauté internationale intensifie ses efforts pour l’objectif de développement durable numéro deux, qui consiste à éliminer la faim et toutes les formes de malnutrition.
Au Congo, près d’un ménage sur cinq reste exposé à l’insécurité alimentaire saisonnière, selon la dernière enquête par grappes à indicateurs multiples ; d’où l’importance d’étoffer les compétences des producteurs et des transformateurs.
La nomenclature adoptée ouvre la voie à des formations ancrées dans les réalités climatiques et économiques du pays, notamment la gestion raisonnée de l’eau, la valorisation des sous-produits et la prévention des zoonoses.
Prochaines étapes du chantier Prodivac
Selon le calendrier provisoire, les centres pilotes de Loudima et Imboulou testeront dès mars prochain trois des dix-sept métiers, avec des cohortes d’apprenants encadrés par des formateurs certifiés.
Parallèlement, un groupe de travail planche sur un système d’accréditation qui permettra aux professionnels en activité de faire reconnaître leurs acquis, y compris les agricultrices souvent formées sur le tas.
Une campagne d’information radio et réseaux sociaux accompagnera le déploiement pour sensibiliser parents et collégiens à ces nouvelles carrières, perçues jusqu’ici comme pénibles mais aujourd’hui porteuses d’innovation et de revenus stables.
Analystes et partenaires voient dans cette dynamique une occasion de renforcer la sécurité alimentaire nationale tout en réduisant la facture des importations, estimée à plus de 500 milliards de francs CFA par an.
Si le programme tient ses promesses, les dix-sept métiers validés aujourd’hui pourraient bien devenir dix-sept passerelles vers une agriculture congolaise inclusive, compétitive et durable, en phase avec les ambitions du Chef de l’État.
À terme, le Prodivac ambitionne d’exporter cette méthodologie vers les pays voisins, consolidant ainsi le positionnement du Congo comme hub régional de formation agricole spécialisée.
