Visite d’Antoine Ngonda à la résidence présidentielle
Samedi 20 décembre 2025, Brazzaville s’est soudain animée lorsqu’Antoine Ngonda, émissaire du président de la RDC Félix-Antoine Tshisekedi, a franchi les grilles de la résidence du Plateau. Le président Denis Sassou N’Guesso l’y attendait pour un entretien confidentiel, centré sur la coopération entre les deux Congo.
Selon une source diplomatique, l’émissaire est venu « faire l’état des lieux des accords signés à Washington entre Kinshasa et Kigali ». Dans le salon aux boiseries sombres, le climat était studieux : chaque article de ce texte États-Unis, RDC, Rwanda a été relu ligne par ligne.
Des accords Washington RDC-Rwanda décryptés
Paraphés en décembre 2025 sous la médiation américaine, les accords prévoient un cessez-le-feu immédiat dans l’Est de la RDC, le désarmement des groupes M23 et FDLR, ainsi qu’un retrait progressif des troupes rwandaises. Ils ouvrent aussi un volet économique sur les minerais stratégiques.
Washington s’est engagé à accompagner le processus par un dispositif de vérification et par des investissements dans les infrastructures régionales. Le président américain Donald Trump a qualifié l’initiative de « grand miracle » devant la presse, signalant la place centrale que veulent occuper les États-Unis en Afrique centrale.
À Washington, Félix Tshisekedi et Paul Kagame sont restés mesurés, conscients que les armes n’ont pas totalement cessé autour de Goma. Aucun échange de poignées de main n’a été capté, détail qui rappelle la fragilité d’un texte encore à l’épreuve du terrain.
Le rôle de médiation du Congo
Brazzaville suit de près chaque avancée du dossier. « Notre priorité est la stabilité régionale, gage de développement pour tous », a rappelé le ministre congolais des Affaires étrangères Jean-Claude Gakosso, joint par téléphone. Denis Sassou N’Guesso se positionne ainsi comme facilitateur discret mais écouté.
Déjà en 2013, le chef de l’État congolais avait accueilli les pourparlers de Kampala sur le même conflit. L’expérience acquise et la confiance tissée au fil des années confèrent aujourd’hui à Brazzaville un rôle d’intermédiaire crédible face aux attentes des chancelleries occidentales et africaines.
Pour Antoine Ngonda, la visite à Brazzaville vise aussi à « harmoniser nos positions avant la prochaine réunion de suivi ». Aucune date n’a filtré, mais plusieurs sources évoquent la fin janvier, possiblement à Addis-Abeba en marge d’un sommet de l’Union africaine.
Enjeux sécuritaires et économiques
Sur le plan sécuritaire, l’objectif immédiat est la protection des civils dans le Nord-Kivu. Les diplomates envisagent un corridor humanitaire supervisé par la Monusco et observé par une mission conjointe UA-CEEAC. Le Congo-Brazzaville pourrait y dépêcher des officiers de liaison pour renforcer la confiance.
Les enjeux économiques, eux, se mesurent en tonnes de coltan, de cuivre et de cobalt. Le partenariat conclu avec les États-Unis prévoit des standards transparents de traçabilité, condition exigée par les grandes firmes technologiques. Kinshasa espère ainsi doubler ses recettes minières d’ici trois ans.
Pour Brazzaville, l’ouverture d’un marché régional stabilisé est une opportunité. Les ports de Pointe-Noire et de Matadi pourraient devenir les principaux hubs d’exportation, créant des emplois et des recettes douanières. « La paix est toujours plus rentable que la guerre », confie un économiste local.
Prochaines étapes et attentes
Dans les jours à venir, les équipes techniques congolaises analyseront les annexes sécuritaires du texte de Washington. Il s’agira notamment de préciser la chronologie du désarmement, la cartographie des sites de cantonnement et le mécanisme de règlement rapide des incidents éventuels.
Un comité conjoint RDC-Rwanda-États-Unis devrait se réunir chaque trimestre. Brazzaville, sans être signataire, y aura statut d’observateur privilégié. Ce positionnement offre au Congo la possibilité de défendre ses intérêts stratégiques tout en consolidant son image de pôle de stabilité sous-régional.
D’ici là, le président Denis Sassou N’Guesso poursuivra ses consultations téléphoniques avec ses homologues de la sous-région. Son entourage assure qu’il « reste disponible pour tout appui logistique ou politique ». Une main tendue appréciée à Kinshasa comme à Kigali, selon plusieurs sources proches des dossiers.
À l’issue de l’audience, aucun communiqué officiel n’a été diffusé, signe qu’un travail patient se poursuit loin des caméras. Mais le simple fait qu’Antoine Ngonda ait traversé le fleuve Congo souligne l’importance accordée par Félix Tshisekedi au rôle de médiation de Brazzaville.
Sur place, les habitants de la capitale congolaise saluent la démarche. « S’il y a la paix de l’autre côté, nos marchés respireront mieux », résume Martine, commerçante au Grand Marché. Entre l’espoir populaire et la prudence diplomatique, Brazzaville continue d’avancer sur un fil exigeant.
Le rendez-vous de ce samedi confirme la volonté de Denis Sassou N’Guesso de peser dans les dossiers régionaux. Si le calendrier fixera rapidement la solidité des accords, la diplomatie du Congo-Brazzaville s’installe déjà comme un maillon incontournable du dispositif voulu à Washington.
Les prochains mois diront si le « miracle » vanté par Donald Trump se matérialise sur le terrain. Brazzaville, en tout cas, s’est préparée à accompagner chacune des étapes, persuadée qu’une paix durable dans les Grands Lacs consolidera également la prospérité des deux rives du fleuve.
