Brazzaville se met en mouvement
Sous un soleil doux, des rangs de tee-shirts rouges et blancs ont envahi dimanche l’avenue de la Paix, reliant la place de la Liberté au quartier Mpila. La marche, rythmée par tambours et chants, ouvrait la semaine du 6e congrès ordinaire du Parti congolais du travail.
À l’initiative de l’Organisation des femmes du Congo et de la Force montante congolaise, l’événement a réuni plusieurs centaines de militantes et de militants, décidés à illustrer leur « adhésion totale » aux orientations du parti avant les assises prévues du 27 au 30 décembre.
Au-delà du geste symbolique, la marche offrait une photographie de la majorité sociologique du pays, majoritairement jeune et féminine, dont le parti espère tirer l’énergie pour conforter ses priorités économiques et sociales exposées lors des sessions préparatoires.
Jeunesse mobilisée pour l’employabilité
Premier à prendre la parole devant le siège du PCT, le premier secrétaire de la FMC, Osdet Vadim Mvouba, a rappelé que « la jeunesse demeure l’acteur stratégique de la République ». Il a lancé un appel officiel à la candidature du président Denis Sassou Nguesso.
Il a plaidé pour un renforcement de l’orientation professionnelle, citant l’élargissement des filières techniques, la facilitation des stages et l’appui à l’auto-emploi dans le numérique et l’agro-transformation.
De nombreux jeunes interrogés expliquent voir dans le congrès une « rampe d’accélération » pour ces propositions. Rodi Mavoungou, étudiant en génie civil, espère par exemple « des partenariats concrets avec les entreprises nationales pour valider nos compétences autrement que sur les bancs ».
La voix des femmes entre continuité et innovation
À son tour, la secrétaire exécutive de l’OFC, Inès Nefer Bertille Voumbo Yalo Ingani, a remis un mémorandum dressant les attentes des militantes en matière de santé communautaire, d’entrepreneuriat et de protection sociale, domaines jugés essentiels pour « préserver les acquis et préparer l’avenir ».
Le document met en avant la nécessité d’élargir l’accès des femmes au crédit, d’intensifier les campagnes de dépistage des cancers féminins et de promouvoir des réseaux de mentorat capables de faire émerger une nouvelle génération de responsables locales.
« Nous voulons être des actrices de premier plan, pas seulement des spectatrices », résume Yvette Mabika, micro-entrepreneuse à Talangaï. Son vœu est que le congrès aboutisse à un calendrier précis d’actions, avec des indicateurs mesurables pour suivre l’efficacité des futurs programmes.
Le secrétariat général à l’écoute
Face aux doléances, le secrétaire général Pierre Moussa s’est voulu réceptif. Il a salué « une mobilisation exemplaire » avant d’assurer qu’il transmettra fidèlement les recommandations au président du comité central. Les applaudissements nourris ont ponctué cette déclaration, témoignant d’une confiance assumée.
Pierre Moussa a aussi insisté sur la dimension sportive, rappelant l’importance d’un esprit sain pour « bâtir un militantisme endurant ». Un clin d’œil aux objectifs de santé publique que les unions souhaitent voir renforcés.
Dans les couloirs du siège, plusieurs conseillers ont indiqué que les contributions seraient intégrées aux rapports des commissions, lesquelles planchent déjà sur les résolutions économiques, culturelles ou sécuritaires appelées à structurer la feuille de route du parti pour les cinq prochaines années.
Un congrès attendu pour affiner les priorités nationales
Fixé du 27 au 30 décembre, le 6e congrès ordinaire examinera les rapports d’activité, renouvellera certaines instances et précisera les orientations relatives à la diversification économique, à la modernisation des infrastructures et au renforcement du tissu social.
Les observateurs politiques estiment que la préparation minutieuse de l’événement vise à consolider les avancées réalisées, notamment dans les secteurs de l’énergie ou de l’agriculture, tout en proposant des ajustements pour répondre aux défis de la conjoncture internationale.
« Le congrès n’est pas qu’un rendez-vous interne, c’est un échange avec la nation », analyse le politologue Serge Boukadia. Selon lui, l’accent mis sur la jeunesse et les femmes prépare un débat élargi sur la compétitivité.
Cap sur la formation et l’emploi durable
Les propositions entendues dimanche s’inscrivent dans la continuité du Plan national de développement, qui retient la formation professionnelle et l’employabilité comme leviers de la croissance inclusive. Le congrès pourrait ainsi préciser les mécanismes de suivi budgétaire nécessaires à la mise en œuvre.
Des intervenants ont prôné la création d’incubateurs régionaux pour accompagner les start-up, en complément du Fonds d’appui à l’employabilité des jeunes, afin de développer des chaînes de valeur locales et réduire la dépendance aux importations.
En filigrane, la volonté partagée est de traduire la mobilisation populaire en résultats tangibles, mesurables d’ici le prochain congrès. Pour les participantes, « chaque pas couru aujourd’hui devra devenir un poste créé ou une classe rénovée demain », résume la militante Clarisse Ngoma.
L’énergie dégagée par la marche laisse présager un congrès animé, où les questions de proximité, de pouvoir d’achat et d’écologie se mêleront aux enjeux de gouvernance. Les unions entendent faire entendre leur voix jusqu’à l’ouverture.
D’ici là, l’OFC et la FMC prévoient d’autres actions de sensibilisation dans les quartiers périphériques pour maintenir l’élan. « Un parti fort, c’est d’abord une base mobilisée et informée », rappelle Pierre Moussa.
